Amélie Nothomb ressuscite l’assassin pour Tuer le Père

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Tuer le Père, ou comment Amélie Nothomb change la donne et se boit comme du petit lait. Une rentrée littéraire sans Amélie Nothomb, c'est un peu comme le club sandwich qui n'aurait aucune garniture. Pas logique, fade et sans humour à part celui d'un rire jaune qui sera servi par une plâtrée d'autofictions sans saveur. Car malgré les griefs décennaux que l’on pourrait avoir contre l'icône belge, force est de constater que celle-ci, plus que partie du paysage en cette période de gavage de pages, en constitue la partie la plus fine et élaborée. À la manière d'un trou normand, l'Amélie rafraîchit les palais après des tranches lourdingues d'Eliette Abécassis et avant les bêtises tantôt trop crues tantôt trop sucrées de Marie Darieussecq.

Image de Qu’en est-il alors de la cuvée Nothomb 2011 ? Aussi ponctuelle qu’un beaujolais, elle provoque toujours chez le sommelier averti un a priori acide dans l’estomac. Mais une Bouche ou un Nez se doit toujours d’être régulièrement mis en contact avec tout type de saveurs, même celles dont l’idée fait faire la grimace. C’est donc avec un soupir mi-résigné, mi-courageux que l’on ouvrira Tuer le père en s’attendant à un énième pan de la biographie en 30 volumes de la dame aux chapeaux, des noms à dormir debout, des mots sortant d’un dictionnaire de l’Académie poussiéreux et surtout une fin bâclée caractéristique.

Surprise, puisque la seule poussière ici est celle, si fine, du désert du Nevada. Loin des fioritures métaphoriques de ses opus extrêmes orientaux, l’histoire se passe ici au premier degré, suivant l’évolution de Joe durant son apprentissage de magicien auprès du meilleur de sa profession. Naviguant entre les brillantes Las Vegas et Reno et le soleil noir du festival de Burning Man, ce roman mêle le clair et l’obscur d’une représentation de cabaret. La scène et l’envers du décor, le prestige du tour et le truc que l’on cherche savoir depuis si longtemps… L’auteure nous dit tout, mais cette fois, les seules fioritures sont celles, assumées, du spectacle. Toujours aussi facile et rapide à lire, Amélie Nothomb n’en néglige pas pour autant la subtilité en signant un premier western moderne comme une partie de poker. Le bluff le plus magistral étant celui subit par le lecteur. Celui-ci a beau savoir que c’est chez Albin Michel que l’on décide du nouveau Nothomb parmi les « quelques » 3 ou 4 romans écrits durant l’année ; ce nouveau style plus épuré, plus simple, cette nouvelle Amélie a un goût de tour de passe-passe.

Celle-ci avouait récemment « tuer le père » « veut dire quelque chose pour moi aussi. Les parents placent des espoirs en nous, qui font qu’on perd de notre liberté. Devenir adulte, c’est tuer cet espoir placé en nous, se débarrasser de l’emprise paternelle. Une étape que toute personne doit franchir ». Peut être que le meurtre en question ici est plus celui de ce passé visiblement lourd à porter pour l’écrivain et la renaissance d’une auteure qui assume à présent son statut d’auteur de best-seller divertissant. On ne s’était pas autant amusé depuis Hygiène de l’assassin.

Loin des déceptions des années précédentes, Amélie Nothomb ne nous laissera pas cette saison sur notre soif, mais étanchera suffisamment celle de la rentrée littéraire pour ne pas avoir envie ou besoin d’aller boire ailleurs.

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En savoir +

Tuer le Père est le 20e livre d’Amélie Nothomb paru en août 2011 chez Albin Michel. Il s’agit d’une nouvelle formatée en roman par l’éditeur.

162 pages.

Site Albin Michel : http://www.albin-michel.fr/Tuer-le-p-egrave-re-EAN=9782226229755

A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

3 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 7 septembre 2011
    Zoro Astre a écrit :

    La rentrée littéraire est bien trop souvent l’occasion pour les grosses maisons d’édition de mettre en avant les romans (meme les plus bâclés) de leurs auteur(e)s vedettes.

    Merci à Mellisandre L. pour cette critique sans concession.
    Si Amélie Nothomb arrive à renouer avec le style qui fit le succès de son premier roman, il y a fort à parier que la dame s’est enfin libérée du carcan intellectuel d’Albin Michel.
    Reste à voir si la cavale de la dame aux chapeaux se poursuivra.

  2. 2
    le Jeudi 8 septembre 2011
    Mélissandre L. a écrit :

    Il y a fort à parier que non malheureusement… Enfin lire le nothomb c’est comme décorer le sapin, on échappe pas aux traditions mêmes celles qui ont perdu tout leur sens. Donc je suppose qu’on verra bien l’année prochaine..

  3. 3
    le Jeudi 15 décembre 2011
    AK a écrit :

    Ce livre ressemble à un épisode de Malcolm, le meilleur d’ailleurs. Il y perd à 16 ans sa virginité, avec une femme plus âgée, lors de cette fête du Burning man. J’ai bien aimé ce dernier opus, tout en restant sur ma faim sur la fin, il manque une cinquantaine de pages. A offrir à un joueur de poker ou à un fan de magie. Nothomb ne devient pas une littérature de gare, plutôt d’aéroport, je l’ai lue lors d’un court voyage en avion. Ce n’est pas aussi bon que ses débuts (mon préféré étant son second Le sabotage amoureux, pour moi personne n’a aussi bien décrit l’univers si cruel des petites filles que Nothomb), mais c’est tout de même toujours de bon niveau.

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