Los Angeles, scène 3 – Bret Easton Ellis

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This Year's Novel : une chronique fictive de Suite(s) Impériale(s), le nouveau roman de Bret Easton Ellis.

Le 16 septembre 2010 paraît en France Imperial Bedrooms, traduit par Suite(s) Impériale(s), 6ème roman de Bret Easton Ellis. L’histoire qui va suivre raconte le périple créatif d’un jeune scénariste, Spike Aloysius, chargé d’adapter le roman pour un studio d’Hollywood. Les faits de cette chronique fictive se déroulent sur quatre semaines, du 22 novembre au 20 décembre 2012 et se situent dans la ville de Los Angeles.


Welcome to the Working Week

Les gens ont plus peur de vivre que de mourir. Une fille sous acide me chuchote ça à l’oreille alors que je récupère ma valise. Qu’est-ce que je fous ici ? Là où j’étais, je ne dois pas revenir. Du moins, c’est ce que mon agent m’a ordonné hier soir au téléphone. « Ici », c’est Los Angeles. Et « là », c’est New York. La voiture censée venir me chercher à la sortie du Terminal 7 de LAX est en retard. Mes yeux fixent l’asphalte pour ne pas être aveuglés par le soleil. La veille, j’étais encore dans mon appartement à l’intersection de la 56e Rue et de Park Avenue, quand la sonnerie de mon iPhone s’est jointe à Beyond Belief d’Elvis Costello. Je ne voulais pas répondre. Je n’aurais pas dû répondre, mais à ce moment précis, ça me semblait comme la chose à faire.

« Spike, je suis ton agent, je veux ton bien, demain, aller simple pour Los Angeles. Tout est prévu. » dit Geoff Emerick sans respirer.

« Aller simple ? »

« La Fox cherche un scénariste pour adapter Imperial Bedrooms de Bret Easton Ellis, et je t’ai vendu comme j’aurais vendu ma mère. Les producteurs veulent un premier jet du script pour le 20 décembre. Demain t’es à L.A et tu commences l’écriture. »

« Ouais mais je travaille déjà sur mon roman et puis un mois seulement… ? »

« Écoute je vais être direct, tu n’as pas réussi à pondre un seul bon manuscrit. Scénariste, c’est ton plan B et aussi ta meilleure chance, ne fous pas tout en l’air où tu finiras chroniqueur littéraire et tu sais ce que ça veut dire. » Le pire c’est qu’il a raison, et je le paye pour avoir raison. « Ne reviens pas à New York sans avoir fini ce script. Et puis cette ville c’est pour les riches et les touristes, et tu n’es ni l’un ni l’autre. »

La voiture me dépose à l’hôtel sur Sunset, le glamour du diaporama New Yorkais me manque déjà. Si j’étais de retour à NYC, je me sentirais bien dans ma peau. Je m’enferme dans la salle de bains pour y appeler un certain Oswald, un dealer recommandé par mon agent. Soi-disant que la drogue m’aidera à m’immerger dans l’écriture. Le mec revient de Palm Springs, on pourra se voir dans la soirée. Je raccroche et je m’allonge sur le lit, une canette de Coke Zéro dans la main et Bret Easton Ellis dans la tête.

Imperial Bedrooms. Je me souviens de tout ce battage médiatique, à quel point il avait éclipsé les autres livres de la rentrée littéraire 2010. Il n’y en avait que pour Ellis. C’est ce qui arrive en général quand votre nom est écrit en 100 fois plus gros que le titre sur la couverture de votre roman. Je me rappelle de Less Than Zero et de sa pathétique adaptation cinématographique, une des pires jamais faites. Les producteurs ont eu peur de dépeindre le nihilisme du roman, ils voulaient donner du sens à la jeunesse et surtout prévenir des dangers de la drogue. Robert Downey Jr. était trop bien pour ce navet. À moi de ne pas sombrer dans le même piège. Et de savoir capter l’essence, le propos de cette suite « impériale ». Dans Less Than Zero, il est question de voir le pire : sinon pourquoi acheter un snuff ou orchestrer le viol collectif d’une gamine de douze ans ? Pourquoi voir notre meilleur ami se prostituer sous nos yeux ? Au Paradis, ce qu’on veut voir c’est tout simplement l’Enfer. La monotonie de la narration intensifie les évènements sordides teintés d’une introspection latente, d’un questionnement vain. Entre MTV et une chaine religieuse, le vide traverse l’existence comme un fleuve traverse une ville. Désormais, les yeux des protagonistes sont figés sur l’écran de leur iPhone. Et le mien vibre.

Oswald m’attend dans le hall. J’enfile un autre t-shirt et descends. En bas, je n’ai aucune peine à le reconnaître. Jeune, blond et extrêmement bronzé, il fredonne la nouvelle chanson de Warpaint. Il semble tout droit sorti de Less Than Zero. Le roman, pas le film. Il tient un livre dans la main qu’il tapote contre sa cuisse au rythme de la chanson, j’identifie Maria avec et sans rien de Joan Didion.

« Spike ? » J’acquiesce sans rien dire. « Ça roule mec ? » lance-t-il.

« Bof. »

« Jet-lagué ? T’inquiètes, ça ira mieux après notre petite transaction. Geoff m’a dit que tu travaillais sur un scénario ? »

« Ouais, Imperial Bedrooms. » je réponds en regardant les gens qui traversent le hall, les yeux rivés sur leur portable.

« Bret Easton Ellis. Cool, vraiment cool. Tu vois, pour moi, ce mec, du haut de ses vingt ans de l’époque, il avait accompli ce qu’on n’espérait plus : le tableau d’un nihilisme générationnel. Carrément. Chaque chapitre de Less Than Zero est comme un coup de pinceau chirurgical, dosé et minimaliste. Mais ce qu’avait accompli ce jeune étudiant américain le dépassait complètement quand on y repense. »

« C’est-à-dire ? » je demande, maintenant intrigué.

« Eh bien, Ellis a offert l’illusion que n’importe quel quidam peut s’improviser écrivain tant qu’il peut aligner deux mots et raconter une décadence à base de coke et de sexe. Mais la période MTV est passée et dépassée, c’est naze aujourd’hui, aujourd’hui c’est Internet, Facebook, etc. sur un écran d’iPhone ou BlackBerry. Côté littéraire, maintenant la mode, ce sont les vampires et les sorciers si tu vois ce que je veux dire. »

« Tu es le dealer le plus intelligent que j’ai jamais rencontré. »

« Je suis juste un peu défoncé et ça m’arrive de lire parfois. Mais intelligent, n’exagérons rien. »

« Non je crois que tu l’es. En fait, j’en suis même sûr. »

« Je n’ai pas lu Imperial Bedrooms par contre. Ça raconte quoi en bref ? »

« En gros, Clay est devenu scénariste à New York, il revient à L.A pour le casting d’un film pour lequel il est également producteur. Et bien sûr il est amené à recroiser, qu’il le veuille ou non, ses anciens amis. Il tombe sous le charme d’une mauvaise actrice qui veut à tout prix un rôle dans son film. Les choses se compliquent. Ajoute à ça le fait qu’il soit surveillé et qu’il reçoive des SMS mystérieux… Les gens se manipulent les uns les autres alors qu’ils étaient amis dans un passé pas si lointain. Clay est dépassé par les évènements, mais fait tout pour garder la tête hors de l’eau avec un narcissisme insoupçonnable, un second rôle se voulant premier rôle en somme ! »

« Ça change d’atmosphère ! Bon, et si nous parlions business maintenant ? On monte dans ta chambre. »

Oswald m’a filé deux petits sachets blancs. Il a très vite deviné que je n’avais jamais pris de cocaïne de ma vie. Il a souri et m’a fait un prix. Bienvenue à L.A. mec ! Bienvenue à Ellis Island en d’autres termes.

The Land of Give and Take

Je décide d’accepter l’invitation du producteur de la Fox, un certain Philip Marlowe. Il organise une fête dans sa villa sur Mulholland et aimerait me rencontrer pour parler du script. Je veux faire très bonne impression alors j’entame un des sachets d’Oswald, pour évacuer la tension. Sur place, bien entendu, je ne connais personne. Je dilue mon ennui dans du champagne. Une main se pose sur mon épaule.

« Spike Aloysius. Je suis heureux de vous voir ici ce soir ! Geoff Emerick m’a dit le plus grand bien de vous et de votre plume. Philip Marlowe, je suis le producteur. » La main de l’homme, la quarantaine bien entamée, glisse jusqu’à la mienne pour la serrer vigoureusement.

« Enchanté, mais comment… »

« … Je vous ai reconnu ? Et bien sans vouloir vous vexer, vous êtes très pâle à côté de mes autres invités, mon esprit de déduction est infaillible Spike, je peux vous appeler Spike ? »

J’acquiesce sans rien dire.

« Je vous conseillerai un excellent établissement spécialiste des bains d’U.V. Et si nous parlions du script ? Déjà, que pensez-vous du livre, Spike ? »

« Eh bien, l’entrée en matière est impeccable, galvanisée par l’élan métalittéraire initié par Lunar Park. Ellis offre une vérité fictionnelle où il devient difficile de détecter la frontière entre réalité et fiction. »

« C’est exactement ça ! On détecte comme une schizophrénie littéraire typiquement Ellisienne. »

« Par contre, c’est assez frustrant de jouer sur une double réalité pour l’abandonner presque aussitôt. Quant à l’ensemble, on détecte aisément le vide existentiel de Less Than Zero, la paranoïa de Patrick Bateman, le complot Glamoramien, la confrontation réalité/fiction de Lunar Park, le tout dans une sauce très Raymond Chandler. L’intrigue se perd dans les dédales de sa propre complexité. Un roman hollywoodien moderne contenant le bagage littéraire des vingt-cinq dernières années de son auteur, ce dernier en pilotage automatique. »

« Je vois que vous connaissez l’univers d’Ellis. Bret a toujours su ajuster son style à chacun de ses livres. C’est sa force. Il s’efface derrière ses personnages et c’est la réalité authentique qui en ressort, nous sommes face aux personnages, l’auteur n’est plus dans la pièce. Il agit dans l’ombre. Il vous faudra faire de même surtout que Bret a refusé de participer à l’écriture du scénario. »

« Pas étonnant. Quoiqu’il en soit, ça sera simple, contrairement à Less Than Zero, Imperial Bedrooms est plus narratif que descriptif, il y a ici une intrigue même si celle-ci est en arrière-plan, le côté polar est davantage un décor pour la psychologie des personnages. De même, Clay, qui était surtout spectateur il y a vingt-cinq ans, devient ici actif. En quelque sorte. » Je fais mon possible pour me montrer rassurant. Mais c’est surtout moi que j’essaye de rassurer.

« Sinon, je compte sur vous pour amoindrir la violence extrême du livre que je juge un peu gratuite et hors de propos… » Il dit ça avec une certaine condescendance avant de plonger ses lèvres dans son gin tonic sans me quitter des yeux.

Le propos. Quel est le propos d’Imperial Bedrooms ? Cette question me hante depuis que j’ai quitté New York. Marlowe continue de parler. Je ne l’écoute plus. Je me souviens m’être ensuite dirigé vers les toilettes pour faire ce que ferait Bret ou Clay dans un tel moment. Me faire une ligne.

Living in Paradise

Le lendemain, en descente de coke, je suis assis à la terrasse d’un café. Je feuillette le livre d’Ellis qui ne me quitte jamais. La serveuse vient prendre ma commande. La fille à côté de ma table est plongée dans la lecture de son roman. Je me penche vers elle afin de lui demander l’heure. Elle lève les yeux, me dévisage puis son regard se pose sur Imperial Bedrooms. Son regard se noircit. Et puis sans rien dire, elle part. Je ne comprends pas avant de réaliser qu’elle lisait L’Attrape-cœurs de J.D Salinger, mort en janvier 2010, il y a bientôt 3 ans maintenant. En voilà une qui a la rancune persistante : ce cher Bret avait posté sur son Twitter “Yeah !! Thank God he’s finally Dead. I’ve been waiting for this day for-fucking-ever. Party tonight !!!”. Le second degré n’avait pas été perçu par tous à l’époque, étouffée par l’amour des fans pour le défunt écrivain ermite. Pourtant Ellis tenait simplement, non sans provocation, à marquer la rupture avec un père spirituel imposé malgré lui. Avec le temps, l’Attrape-Cœurs est devenu une étiquette générationnelle plus qu’un bouquin. Et Ellis a tout de l’attrape-âmes. Ce sont les âmes qu’il saisit si bien, les cœurs dans ses romans ne fonctionnent pas, Clay en est la plus belle preuve. Ce roman, c’est l’histoire d’individus aux âmes abîmées, qui abîment celles des autres autour.

Les jours passent. Ma peau est désormais bronzée. Je m’identifie à Clay pour mieux le comprendre. La magie blanche d’Oswald me soutient dans le processus de création. Création d’un script. Création d’un nouveau moi au sein de nombreuses fêtes, d’avant-premières. Marlowe m’invite à des castings. Et je commence à voir Clay. Parfois dans la rue ou à une fête. Parfois dans mes rêves.

Je suis en hauteur sur la ville. Je traverse une villa vide pour aboutir au jardin. Je m’assois près de la piscine, vide elle aussi. Clay est au fond, accroupi sur le sol carrelé, il se fait une ligne. Il est jeune, l’âge qu’il doit avoir dans le premier livre. Il porte ses Wayfarer et regarde parfois vers le soleil et au-delà de la piscine vide. Puis elle commence à se remplir. Clay ne prête pas attention à l’eau, il tente de finir sa ligne, mais l’eau ne facilite pas la chose. Plus la piscine se remplit, plus les traits de Clay se durcissent. Il vieillit sous mes yeux. Et le niveau de l’eau monte davantage. Clay ne regarde plus au-delà de la piscine, il ne veut surtout pas gâcher de la si bonne coke. L’eau déborde me mouillant les pieds. Et je vois Clay qui a maintenant dans la quarantaine, au fond de la piscine, subissant une loi d’attraction plus forte que la surface. Je crois que même au moment précis où il se noie, il ne réalise pas que la mort s’empare de lui.

Je me réveille sur le divan de la chambre incapable de me rappeler pourquoi je n’ai pas opté pour le lit. Et je repense à Clay. Je repasse le rêve dans ma tête. Je le rembobine et appuie sur le bouton lecture de mon inconscient. Il souffre. Clay a toujours souffert. Mais il n’a jamais vraiment lutté contre cette souffrance. Probablement un peu dans Less Than Zero. La raison d’être d’Imperial Bedrooms est de nous éclairer sur ce personnage, son mépris du monde et sa peur des gens. Et je réalise que la souffrance de Clay vient de celle de son créateur. Bret a beau s’effacer derrière ses personnages, ces derniers exorcisent ses propres émotions. La littérature d’Ellis n’est en fin de compte que de la souffrance sous des formes variées, allant d’une consommation accrue de drogue à une violence extrême. Des formes où aucune issue n’est possible. Au-delà des facteurs esthétiques et émotifs, l’essence de l’œuvre d’Ellis est son traitement du prisme du désespoir, avec toutes ses facettes et à bien des degrés. Ce que parvient à toucher Bret Easton Ellis ce sont les fêlures intimes : les siennes, celles de ses personnages, et parfois, les nôtres. Ces fêlures intimes sont-elles le vrai propos du livre ?

Je suis resté cloîtré pendant une semaine depuis ce rêve, les yeux brûlés par l’écran de mon ordinateur, l’écran plasma diffusant des pornos en boucle. Puis au septième jour, je reçois un message de Geoff. Une adresse, m’incitant à m’y rendre à dix heures ce soir. Et me donnant surtout une raison de sortir.

L’adresse est un appartement sur Wilshire. Je vérifie le SMS pour ne pas me tromper de numéro quand une porte s’ouvre. « Spike ? ». Je me dirige vers la voix féminine.

« Salut. Je suis Alison. Votre agent, Emerick, a pensé que je pourrais vous être, disons, utile. »

J’attends qu’elle dise autre chose. Je reste planté là sans vraiment comprendre. Même en essayant. Elle me fait entrer. Les cheveux raides, blonds, elle porte un minishort et un haut de maillot de bain.

« J’aime beaucoup Bret Easton Ellis » finit-elle par dire, elle sait donc qui je suis et ce que je fais à L.A.

« Qu’est-ce que vous aimez chez Ellis ? » Je demande en essayant de ne pas fixer trop longtemps sa poitrine qui a tout de naturel.

« Je trouve qu’il rend glamour les choses les plus horribles. J’aime ça. Avant, Clay désirait voir le pire, aujourd’hui il le provoque. Imperial Bedrooms est avant tout une tragédie où l’on remplace le fait de mourir par vivre. C’est tragique parce qu’au fond, on ne peut échapper à soi-même. Clay s’est piégé. Mais au final ça reste le moins bon roman de son auteur. Un plaisir égoïste. Une promesse non tenue. »

« Et si on arrêtait de parler ? »

Depuis cette nuit avec Alison, j’écris sans interruption si ce n’est pour manger ou me masturber en pensant à elle. J’ai presque espoir de voir la première mouture du script terminée à temps.

Le minimalisme de l’intrigue dans une vision confuse et les conséquences des volontés divergentes des protagonistes donnent l’impression d’être un peu hors du propos. Le propos étant la ville elle-même. Ce lieu de passage où vit le Diable et où les gens s’exploitent mutuellement, voilà le propos. Pas Rain et son ambition désespérée, son désir de célébrité galvanisant le désir des hommes qui l’entourent. Pas Clay et son obsession, son masochisme qui lui procure à la fois plaisir et souffrance. Pas Julian qui malgré toutes ses années n’a au fond pas vraiment évolué. Ce n’est pas Rip qui a fait de sa figure quelque chose qui est censé ressembler à un visage pour cacher sa noirceur tel un Dorian Gray californien, la beauté en moins. À L.A, vivre, c’est désirer en boucle. “Vous qui entrez, laissez toute espérance”. De même que Dante nous faisait traverser les cercles de l’Enfer dans sa Divine Comédie, Ellis nous offre une vision intime, détaillée de l’enfer sur Terre, celle d’un monde qui tourne en rond, accablé par l’Éternel Retour. “L’histoire répète les vieilles poses, les réponses désinvoltes, les mêmes défaites” chantait Elvis Costello. Los Angeles exacerbe les fêlures intimes de chacun des personnages. Et tandis que leur âme s’abîme, ce qui disparaît, c’est leur cœur.

Waiting for the End of the World


Quatre semaines se sont écoulées depuis que je suis arrivé à L.A.

Quatre semaines durant lesquelles j’ai erré dans les rues de L.A, regardant les gens déambuler comme les figurants d’un film avec pour réalisateur le regard des autres.

Ici, on n’existe que pour être vu. Ne pas être vu dans cette ville, c’est disparaître. Nous sommes le 20 décembre. Je suis assis sur le lit de ma chambre d’hôtel. C’est un soir important. Je dois repartir demain pour New York. Mais je ne sais plus. Demain, on est le 21 décembre 2012. Tout le monde ne parle que de l’apocalypse. La radio diffuse une chanson de Warren Zevon. Pendant un instant, je tente de me rappeler si elle est issue de l’album Life’ll Kill Ya ou de My Ride’s Here. Je coupe la radio. Je dois me décider. Peut-être suis-je en train de décider le lieu de ma mort. Où doit s’achever ma vie ? À Los Angeles ? À New York ? Ce soir-là, je résolus la question en éteignant la lumière. Et alors que minuit approchait et que le sommeil s’emparait de moi, je sus que L.A était parvenu à imposer une certaine emprise sur moi. Là où j’étais, je ne dois pas revenir. J’avais perdu tout repère et je ne savais même plus de quoi je devais avoir peur. De cette ville, des gens ou de la fin du monde. Ou tout simplement de moi-même.

Déjà publié dans le dossier Los Angeles : Interview de Warpaint / le festival America. À venir : galerie de photos de L.A. par Eva E. Davier.

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: "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

4 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 13 octobre 2010
    Mélissandre L. a écrit :

    Brillant, encore!

  2. 2
    le Mercredi 13 octobre 2010
    Sam a écrit :

    Merci beaucoup Mélissandre. Ça me touche énormément.

  3. 3
    Cindy Rocher
    le Mercredi 2 février 2011
    Cindy R. a écrit :

    Il y a tant à dire que je ne sais par où commencer alors je vais y aller point par point :)

    - Il y a quelque chose d’Ellis dans ce texte, cette pointe de cynisme, d’humour décadent, de remises en question au travers de tout ça. C’est surprenant. Avec une mention spéciale pour ce passage : « scénariste, c’est ton plan B et aussi ta meilleure chance, ne fous pas tout en l’air ou tu finiras chroniqueur littéraire. »
    Il fallait osé se placer en condition de faiblesse et tout cela est rondement mené.

    - Cette mise en avant du sentiment de « homesickness », de malaise qd le protagoniste arrive à L. A. Est importante dans ce texte. Dautant plus qu’elle est corrélé (un peu plus tard) au roman même de B. E. E. / suites impériales. Le rapport entre Clay et ton protagoniste en est d’autant plus évident !
    Puis cela touche aussi Dun point de vue personnel : qui n’a jamais ressenti ce malaise, cette envie irrépressible d’être chez soi quand on nous force a faire quelque chose, que ce soit pour notre bien ou non …

    - on reconnait tes amours personnelles : WARPAINT/ROBERT DOWNEY JR. etc.

    - il y a un petit air de Flaubert dans cette fiction. A un moment le mec se retrouve a une soirée et il est coince malgre lui dans une discussion entre UV et son script. Hilarant !

    - enfin et parce que c’est l’un des passages qui m’a marqué : le dealer qui s’avère être une conscience supérieure. Ça me rappelle une théorie où les gens seraient amenés à prendre des drogues car ils ont trop conscience du monde qui les entoure…

    Bref.. Je vais faire court pour la fin : c’est quand que tu publies ton propre livre ?

    ;)
    C. R.

  4. 4
    le Mercredi 2 février 2011
    Sam a écrit :

    Merci Cindy. Déjà le plus beau compliment que je puisse avoir, c’est que quelqu’un ait pris la peine de lire la chronique.

    Tu as bien cerné le texte. Mais par contre pour Flaubert, c’est involontaire de ma part.

    En fait, pour illustrer un peu plus la chose:

    Les 3 personnages que rencontre Spike représentent un des vices de l’univers Ellisien:
    - le dealer = drogue
    - le producteur = alcool
    - la fille = sexe
    Ça symbolise la descente aux Enfers du personnages. Après pour la drogue, tu as bien vu où je voulais en venir.

    De plus, les titres des parties sont des titres de chansons des albums de Imperial Bedroom et de My Aim is True (album contenant le morceau Less Than Zero). Bref, un max de référence à Elvis Costello tout comme Ellis le fait avec ses titres et la citation au début d’Imperial Bedrooms.

    Geoff Emerick est le nom du producteur de l’album Imperial Bedroom.

    Le nom du dealer, Oswald est l’individu dont parle la chanson Less Than Zero d’Elvis Costello.

    Spike est le titre d’un album et Alison celui d’une chanson de Costello. Aloysius est un des prénoms du chanteur.

    Le nom du producteur est le nom du héros des romans de Raymond Chandler, incarné entre autres par Humphrey Bogart au cinéma.

    Le livre que tient le dealer est une référence majeure pour BEE.

    Les lieux de LA sont ceux que l’on retrouve dans LTZ et IB. L’adresse de l’appart de Spike à NYC est celle d’un des personnages d’Ellis dans la première nouvelle de Zombies.

    Et puis plein d’autres comme le thème de la fin du monde dont parle Clay à son psy dans Les The Rules of Attraction, j’ai également détourné quelques phrases de cette partie du livre.

    Là où j’étais, je ne dois pas revenir = c’est une mention à la première partie de Lunar Park, Ellis disait aux journalistes que ça devait être le titre de son autobiographie.

    Les autres références sont indétectables et plus subtiles. Ça reprend les codes de l’univers Ellisien (de la piscine aux Wayfarer en passant par l’utilisation des portables, etc.).

    Et Warpaint, parce que je les aime passionnément et que ça restait cohérent avec notre dossier sur Los Angeles.

    Et je publierai mon propre livre quand j’aurai du talent et pas la prétention d’en avoir ;)

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