L’autre vie – Mathieu Terence

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Deux ans après Technosmose, Mathieu Terence récidive sur les thématiques du corps et de l'esprit, dans leur acception première : entrant en collision l'un avec l'autre avec violence.

10034-mediumCôme Syracuse, jeune français expatrié à Taiwan est employé par Biosoft, entreprise spécialisé dans le commerce de l’éternelle jeunesse grâce au travail sur les cellules-souches. Tenu d’une main de fer par Camilla Camarro, Biosoft garde jalousement le secret de ses produits et a régulièrement recours à des espions et contre-espions pour surveiller que rien ne filtre des magnifiques tours asiatiques où se préparent les potions de demain. Côme, persuadé d’être un bien piètre limier et hacker se réfugie dans l’écriture de carnets intimes où il relate ses activités et ses réflexions autour du devenir de l’humanité. Côme nourrit également un autre fétichisme qui provoque en lui autant de trouble que de honte : le goût des femmes aux corps handicapés ou atrophiés qu’il raconte également dans ses carnets.

Le lecteur n’en prend connaissance qu’aux trois quarts du livre. Et ils n’apportent rien au déroulement du roman de Mathieu Terence . L’autre vie est construit en deux parties distinctes : la première racontant les agissements de Côme Syracuse et sa rencontre avec sa femme fatale à lui – Romina, une Gene Tierney en fauteuil roulant adepte de concerts metal qui causera sa perte – la seconde étant la retranscription de ses carnets. Retranscriptions qui sont quasi-identiques à tout ce qui a été raconté précédemment. Revivre deux fois les mêmes scènes avec une absence de nuances, voilà qui donne vraiment l’impression qu’on se fout de nous. Et les seules réflexions de Côme autour de la vie, la mort, la biotechnologie sont confondantes de naïvetés, même enrobées de bons mots ou de patronage philosophique.

Dans Technosmose, Mathieu Terence creusait lentement une histoire hypnotique et qui s’imprimait durablement dans l’esprit, jonglant habilement entre déviances, culpabilité, anticipation robotique en butte à la vitalité charnelle. Dans L’autre vie, il tente de reproduire le miracle sans y parvenir, se contentant d’effleurer ses personnages et son sujet, offrant un trouble de façade, un effet carton-pâte jusque dans son intrigue vaguement jamesbondesque. Notamment sur le rôle de Romina – nom de code « Rouge baiser » – trop fantasmatique pour être honnête et qui inspire des notes amoureuses trop écrites à Côme. Notes qui rappellent sans peine les mots de Madame de Maintenon au Marquis de Villarceaux : « Vous écrivez et parlez comme un homme qui a de l’esprit, mais n’est pas amoureux. »

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En savoir +

L’autre vie, Mathieu Terence, Editions Gallimard, 2009, 166 pages

A lire également sur Discordance à propos de Mathieu Terence: http://www.discordance.fr/Les-filles-de-l-ombre-M-Terence.html

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

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