Ketchup – Xavier Gual

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Le ketchup, c’est le truc qui rend les frites meilleures, ça peut aider à faire bouffer ce qu’on veut aux mômes récalcitrants, c’est aussi une espèce de symbole de l’Amérique triomphante, au moins autant que le cow-boy de Marlboro, bref un truc qui a la capacité d’uniformiser la vie à un petit niveau.

84626100109190l Ketchup c’est le titre du second roman de Xavier Gual, jeune auteur espagnol dont le premier roman, pas encore publié chez nous, a récolté un paquet de prix littéraires espagnols prestigieux. Ketchup est présenté un peu partout comme le « Trainspotting catalan » (bonjour la référence écrasante) sans qu’on sache exactement sur quoi s’appuie cette lointaine filiation. Peut-être une multiplicité de points de vue exprimés par différents personnages ?

Ketchup suit à la trace Miki et Sapo, deux jeunes qu’on pourrait qualifier de désoeuvrés, si le mot n’était pas un doux euphémisme pour ces deux branleurs qui passent leurs journées. à ne rien branler justement. Ils essaient vaguement de dealer des cachets d’extasy, en consomment un peu pour leur propre compte, passent leur temps à s’insulter l’un l’autre (visiblement ils ne conçoivent pas l’amitié autrement, ils auraient trop peur de passer pour des pédés), traitent leurs petites copines comme des merdes, aimeraient avoir du pognon et une super bagnole sans bosser bien sûr. Vu qu’ils se cherchent un peu, ils fréquentent tour à tour des skinheads dont le plus grand plaisir est de casser du pédé/ de l’arabe/ du noir/ du travesti/ du dealer (ça dépend des circonstances), les gens du porno (ils se disent qu’ils n’ont qu’à faire ça pour gagner de la thune), des gourous de la drogue. En fait tous ceux-là qui s’expriment entre chaque tranche de vie de Miki et Sapo dans des chapitres en forme de crachat verbal ininterrompu.

Il est particulièrement difficile, voire impossible de s’attacher aux personnages de Miki et Sapo tant ils cumulent de tares : crétins, décérébrés, incultes, machos, racistes, ils sont des étendards vivants pour l’anti-jeunisme qui ferait dire illico «Je t’enverrais ça direct en camp de redressement, moi ça traînerait pas !». Quant aux fameux points de vue extérieurs qui ponctuent le récit, aucun ne trouve véritablement sa langue pour incarner chaque personnage qu’ils sont censés être (le prof principal, la star du porno, l’étudiant, la mère de Miki) : tout est balancé sur le ton de la colère qui uniformise le propos jusqu’à laisser soupirer un «Ouais bon et à part ça ?» de la part du lecteur.

Uniformiser le propos. C’est bien le souci du livre de Xavier Gual . Il n’arrive pas à donner assez de corps à Miki et Sapo pour que le lecteur puisse les différencier, ne serait-ce que dans leurs interminables dialogues qui se passent dans. bonne question. J’ai réussi à identifier la rue, une antenne de l’ANPE espagnole, un MacDo, la chambre d’un pote, mais je ne suis pas sûre à 100% .Les descriptions ce n’est pas le fort de Xavier Gual, on sent qu’il a tout voulu miser sur le verbe. Sauf que si même le verbe ne suit pas. Pour enfoncer le clou avec cette comparaison au Trainspotting d’ Irvine Welsh, on dira que l’auteur anglais, s’il racontait aussi les errances d’une jeunesse désoeuvrée, avait un vrai propos et un vrai regard sur ses personnages doublé d’une écriture qui prenait aux tripes, jubilatoire et explosive. Là où Xavier Gual ne dépasse jamais le « La vie est une saloperie, soit tu t’adaptes, soit tu crèves. ».

Rebel, rebel, tututudut .

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En savoir +

Ketchup, Xavier Gual, Au Diable Vauvert, 2008 (2006 pour l’édition originale), 295 pages

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

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