Ian Hunter – USA 1972

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Fin 1972, le groupe anglais Mott the Hoople part en tournée en Amérique. Ian Hunter, le chanteur, tient un journal à destination de ses fans anglais, "comme un trip pour ceux qui nous aiment et qui n’auront jamais la chance de voyager dans les mêmes endroits que nous". Il en ressort un document brut, faussement anecdotique, sans prétention et finalement assez touchant, traduit en français pour la première fois aux éditions Rue Fromentin.

Image de Ian Hunter - 1972 Hunter l’annonce clairement en prologue, son intention n’est pas de faire de la littérature. Il laisse ça à d’autres – il est d’ailleurs ravi de pouvoir citer le grand Lester Bangs quand ça lui permet de s’économiser une chronique d’un de leurs concerts (« J’ai préféré citer quelqu’un de plus expérimenté que moi« ) – et se contente d’un récit au jour le jour d’une tournée comme une autre, entre les avions en retard, les petites copines indispensables, les groupies trop moches et les amis rockeurs. C’est un instantané, une collection d’épisodes pris sur le vif et relatés sans distance ni glose, avec le plaisir non feint d’un gamin qui tient le journal de bord de ses vacances.

Le travers, évidemment, c’est que l’anecdote y prenne toute la place. Bien sûr, le livre était avant tout destiné aux fans de Mott, et ceux-ci (puisqu’il en reste sans doute, du moins on l’espère!) seront ravis de trouver dans ce livre ces mille petits détails sur tel ou tel show, sur les guitares préférées de la bande ou sur le temps qu’ils passent dans les magasins de prêteurs sur gage dans l’espoir de dégotter une Gibson mythique pour pas cher. Les non-fans y trouveront également leur compte, rien qu’avec toutes ces rencontres backstage avec des grands et d’autres qui ont failli le devenir : de Jethro Tull à The Flash, de Roxy Music à Zappa, sans oublier bien sûr Bowie, le producteur de Mott.

Et dans tout ça, les menus des diners racontés par le menu, les courses de Noël et les commentaires sur les différentes compagnies aériennes… De l’anecdotique, du vrai. Du qui n’est même plus pour les fans, mais pour les groupies, lesquels (lesquelles, surtout) ont probablement atteint la soixantaine désormais et se sont assagies – on leur souhaite en tout cas. Alors, sans intérêt ? Peut-être, ou alors juste un peu daté. Car c’était finalement assez gentil, de la part de Hunter, d’expliquer aux gamins de Manchester qui n’auront jamais l’occasion de le faire ce que c’est que prendre l’avion en 1972. Et puis c’est aussi une vision d’étranger, fasciné et agacé, sur l’Amérique et le show business.

Parce qu’en 1972, le rock anglais marche peut-être encore mieux outre-Atlantique qu’at home. C’est bien pour ça que Bowie y est en tournée en même temps que ses protégés de Mott, que Brian Eno va y tenter sa chance, et que les gars de The Flash s’y découvrent des fans qu’ils ont du mal à dégotter chez eux. Hunter en profite pour écorcher l’amateurisme qui règne dans le show business anglais, qui justement n’a pas encore l’honnêteté de se reconnaître comme tel. C’est sans cynisme que Mott se vit comme un groupe d’artisans du rock, venus faire leur boulot et exigeant de le faire dans des bonnes conditions. Après tout, ce que Hunter raconte, c’est simplement leur quotidien de travailleurs du show, qui ne vaut guère mieux qu’un métro-boulot-dodo londonnien.

La fin de la tournée sent forcément la désillusion et la grosse fatigue. La routine, pour les rockeurs comme pour les employés de banque, use. Et en le disant sans fioritures, Hunter choisit explicitement de ne pas entrer dans le jeu d’une mythification de la vie rock’n’roll. Le bouquin commence d’ailleurs par cette petite mise au point: « Un mot à l’attention de ceux d’entre vous qui s’attendent à trouver des histoires d’orgies et tout le reste, laissez tomber. Ils ont passé tout ça en revue, une revue plutôt triste d’ailleurs, dans le film Groupie. Comptez pas sur moi. De toute façon, je suis marié et fier de l’être ! »

On lui en sait gré. D’ailleurs, les icônes d’aujourd’hui (Bowie, Zappa et consort) sont décrites dans cette même routine, sans une quelconque obligation de déférence, précisément parce que Hunter ne sait pas encore ce que le temps fera aux uns et aux autres – des intouchables ou des oubliés. USA 1972 n’est donc rien d’autre qu’un document sans prétention, à la plume souvent un peu scolaire, mais par là-même assez émouvant, et pas déplaisant à lire sur la plage.

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Image de : Live from Paris

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