Ex Homme des Eigthies

par |
Alors que McClane s'essouffle dans un cinquième épisode, que Governator fait son come-back et que Sly est persuadé d'être toujours le redresseur de torts du cinéma musclé, les vieux de la vieille ne voient cependant pas se profiler la grosse beigne que s'apprête à leur mettre la nouvelle génération du cinéma d'action. Ironiquement véhiculé par le dernier Die Hard, les films burnés et gonflés à la testostérone entrent dans une guerre générationnelle que les vieux ne sont pas près de gagner.

Die Hard 5

Sorti il y a presque un mois, The Last Stand se présentait comme le grand retour de Schwarzy, pape parmi les évêques de la gâchette facile et de la punchline punitive, où la star officialisait son come-back après ses apparitions anecdotiques dans les The Expendables de Stallone. A cette occasion, Hollywood voyait jaune et s’offrait les services de Kim Jee-woon, réalisateur coréen du très classieux A Bittersweet Life et du déjanté Le Bon, la Brute et le Cinglé, espérant attirer les amateurs du cinéaste dans le sillage Schwarzenegger. Mais papy accuse son âge, et la star que nous idolâtrions dans les cours de récré des années 90 se voit gentiment, mais certainement canonisé à l’écran dans ce qui ressemble à un appel aux dons pour lui offrir une carte Vermeil.

Schwarzy vieux, bedonnant, inexpressif, au pire de son jeu (déjà pas glorieux), inspire de la tristesse dans nos yeux de grands gamins regardant le film avec le douloureux espoir d’y sauver quelque chose, en vain. Le scénario indigeste : un baron de la drogue traverse l’État pour rejoindre le Mexique et se retrouve confronté au shérif du village frontalier bien décidé à le remettre à sa place. La mise en scène catastrophique : le méchant du film passe son temps en voiture justifiant des courses poursuites toutes plus moches les unes que les autres, filmées façon MTV, mais avec les pieds (deux gauches en plus). L’interprétation ridicule : commune à tout ce genre de production, enchaînant les poncifs, du blanc-bec au gentil mexicain rigolo en passant par le faux méchant et la jolie nana typée, le film se noie dans ces clichés qu’il aurait pourtant été simple d’éviter.

Mais à quoi vous attendiez-vous avec ce genre de production, me direz-vous ? Hé bien à une série B de bonne tenue et de qualité comme celles qui fourmillaient dans les années 90. L’opération proposée par Hollywood, Schwarzy + Kim Jee-woon était super alléchante et laissait espérer un film dans la veine de Predator ou Last Action Hero, voire même l’émergence d’un nouveau John Woo. Au lieu de ça, on est en face d’une des pires productions du genre, le renvoyant inexorablement vers la caricature du « boom boom », où tout explose, notre âme d’enfant avec. Et pourtant c’est dire si le genre peut être génial, voire même exceptionnel, au vu des réalisations de McTiernan et John Carpenter et dont les travaux de Vincent Amiel suffisent à vous prouver que le genre est beaucoup plus intelligent que de simples pétarades et explosions en tout genre.

Mais il vrai que la situation a changé, le 11 septembre 2001 bien évidement a chamboulé pas mal de choses à Hollywood particulièrement dans le cinéma d’action, dont l’exemple de Terminator: Rise of the Machines est assez parlant (dans ce troisième épisode sorti en 2003, le jugement dernier n’a pas été arrêté, mais simplement repoussé. Il est inévitable, image d’une Amérique qui se sait désormais fragile). De même, le cinéma ne se consomme plus de la même façon avec Internet, la multiplication des chaînes de télé et le jeu vidéo ; les héros d’action se doivent d’être générationnels.

The Last Stand

On remplace progressivement les héros à l’ancienne par des stars sous blister trouvées chez Joué Club, la narration et l’intrigue ne deviennent que des faire-valoir à effets spéciaux et les acteurs ont de moins en moins de gueule, mais de plus en plus de pectoraux. Alors évidemment une fois de temps en temps, les producteurs viennent titiller la corde sensible de la nostalgie en promettant blockbuster pour vieux, avec revival des vedettes de l’époque et promesse d’un film old school. Le grand représentant du genre à Hollywood c’est Stallone qui, depuis son Rocky Balboa en 2006, enchaîne revival sur revival, jusqu’à la grande kermesse de 2012, The Expendables 2. Instigateur d’un genre, puisque grâce à lui, les acteurs de seconde zone spécialistes du genre et gentiment délaissés au début des années 2000 reviennent en force dans cette nouvelle décennie. Seagal, Lundgren, Couture et même Schwarzy lui disent merci.

Toutefois lorsque les acteurs ne suffisent plus ou pas, il y a toujours la solution de la bonne vieille franchise, comme l’avait compris Stallone, où désormais c’est un ensemble de caractéristiques, de situations et de personnages que l’on retrouve avec joie pour une énième aventure. Le grand gagnant de cette technique c’est bien évidement McClane, le flic new-yorkais immortalisé par Bruce Willis dans le Die Hard de McTiernan en 1987 et qui aujourd’hui s’impose comme étant le meilleur des revivals dans sa cinquième aventure. Alors certes, les critiques du monde se font une joie de le dézinguer en envoyant le tâcheron John Moore au peloton d’exécution pour avoir, à leurs yeux, détruit la franchise Die Hard (souvenez-vous de Max Payne aussi).

Mais c’est ici à nous de poser la question : à quoi vous attendiez-vous ? Qu’est-ce que Die Hard si ce n’est un personnage fort, prenant avec un décalage certain et assumé toutes les péripéties qui lui tombent sur le coin de la tronche et ses méthodes radicales pour les surmonter. Certes, ce n’est pas le meilleur de la série, mais de là à dire que la franchise est assassinée… modérez vos propos. Die Hard n’a jamais été qu’un film d’action mélangeant habilement humour et action, Bruce Willis balançant des vannes en faisant tout péter. Qu’est-ce que Die Hard 5 n’a pas que les quatre précédents épisodes ont ? Un réalisateur digne de ce nom, c’est indéniable, mais une fois cette concession faite, on retrouve tout ce qui fait le charme de la saga : une intrigue menée tambour battant avec ce qu’il faut de relation entre les personnages pour justifier la débauche de pyrotechnie. C’est en réalité les deux réalisations de McTiernan qui font office d’exception dans la saga Die Hard, puisque lui savait filmer l’action, et c’est même pour ça que l’on s’accorde à dire qu’il l’a réinventée, mais les épisodes 2, 4 et 5 ne font rien d’autre qu’appliquer le cahier des charges d’une recette éculée dans bon nombre de franchises dont L’Arme Fatale et Fast and Furious entre autres exemples.

Et puis n’allons pas bouder notre plaisir de voir papy Willis une énième fois défoncer du méchant (russe pour le coup, ennemi phare des années 90), le sourire aux lèvres et l’arthrose approchant, assumant complètement le côté vieillissant du super flic et même de sa propre persona. En est témoin le récent RED avec son casting troisième âge où les retraités de la CIA reprennent du service pour une ultime mission. Et puis il y a quelque chose de marrant dans cet épisode où McClane cherche désespérément à repasser le flambeau, car lui-même se sait dépassé. Comme si, avec cet ultime volet et les critiques assassines qui l’accompagnent, le cinéma d’action en appelait à une nouvelle génération.

The Raid

Salué à Toronto, présenté à Sundance, The Raid est de ces films d’action indépendants en lesquels il est bon de croire. Ces films au budget serré, au scénario particulier, aux acteurs inconnus, aux mises en scène risquées, mais qui s’offrent comme des promesses de grand cinéma. Tourné par un Gallois expatrié en Indonésie, le raid mené par Gareth Evans réunit les ingrédients de cette recette indé, ici dopée à la testostérone, pour nous offrir un condensé d’action pure et dure rappelant les belles années de McT, Carpenter et Woo.

Depuis Matrix, on déplorait un cinéma d’action assisté par ordinateur avec des scènes d’action de plus en plus spectaculaires, souvent invraisemblables, mais toujours inutiles servies par des scénarios prétentieux (Matrix reloaded), à tendance paranoïaque (Die Hard 4) ou tendant vers le nanar (Ong Bak). Dans The Raid, les choses sont simples et efficaces, les gentils sont contre les méchants, avec ce qu’il faut en toile de fond scénaristique pour justifier tout ça, l’intérêt n’étant nul autre que la castagne. Le Silat, un incroyable art martial indonésien basé sur des enchaînements rapides et rythmiques effectués dans des combats soit à mains nues soit armé d’un bâton ou de tout autre chose (couteau, machette, chaise), est ici érigé au rang de star. Exit donc l’unité spéciale, cinématographique par excellence, constituée de benêts, rois de la gâchette et de la philosophie virile, affublés du macaron SWAT, standardisé par Hollywood et usé par les Expendables de Stallone. Il est à noter d’ailleurs que sur la jaquette du DVD français, Rama, le personnage principal du film, voit son dos affublé du logo de l’unité spéciale américaine, pourtant absent sur l’affiche du film, comme pour appâter le chaland coutumier de ce genre de cinéma. Une démarche marketing, certes, mais maligne pour présenter les dignes héritiers d’un genre.

Gareth Evans, cinéaste à la petite notoriété grâce à Merantau, film d’action où le Silat était déjà à l’honneur, mais avec un scénario de catégorie trois (voir plus haut), met ici à profit toutes ses influences et ses inspirations, pour tutoyer ses pères. On pense évidemment à John Woo quand la cage d’escalier s’éclaire des rafales d’un bruyant gunfight. On pense aussi à Carpenter quand on est obligé de faire des trous entre les étages pour fuir. Et on pense surtout à McClane quand on est seul contre tous dans un immeuble. Disons-le, même si on ne se fera pas que des amis, ce que Die Hard fut il y a 25 ans, The Raid l’est aujourd’hui. L’action y est parfaitement amenée et maîtrisée, la montée en puissance y est saisissante et ne retombe jamais, où alors sur les reins et ça fait mal. Les combats, et ils sont nombreux, ne sont pas dynamique et n’existent pas que grâce à un montage façon MTV comme dans les récents et indigestes Taken, ils y sont parfaitement chorégraphiés et réfléchis pour être captés par la caméra le plus longtemps possible et quand bien même le montage s’en mêle, les coupes sont justes et raccords entre elles. On soupçonne aussi fortement le réalisateur d’être un petit mordu du joystick tant la construction de son récit rappelle celui d’une bonne vieille arcade façon Times Crisis rencontre Street Fighter. C’est d’ailleurs un trait commun de bon nombre de productions actuelles du cinéma d’action que celle de puiser son inspiration dans l’univers vidéo-ludique. Une inspiration que l’on remarquera inversement proportionnelle devant des productions comme Max Payne 3 citant la saga Die Hard tout au long de sa campagne solo.

En comparaison à The Raid, citons le récent Direct-to-DVD, Dredd, nouvelle adaptation de la bande dessinée mythique des années 80 saccagée en 1997 par Danny Canon et Sylvester Stallone. Produit plus ou moins simultanément, on se demande qui du Britannique ou de l’Indonésien a copié sur l’autre : à Jakarta, à Metro City One, le Raid, Judge Dredd, intervient dans un immeuble de la ville afin d’y déloger le baron local de la drogue qui a fait du dernier étage le centre névralgique de tout son empire, mais ce qui n’était qu’une opération de routine va rapidement devenir un cauchemar éveillé. Si les deux scénarios racontent exactement la même chose, les réalisations se distinguent radicalement l’une de l’autre. Comme on l’a déjà souligné, chez Gareth Evan, le personnage principal c’est la baston et dans le coup le cinéaste ne s’embête pas à essayer de nourrir un univers qui se suffit à lui-même. La mise en scène y est corporelle, dira-t-on, la caméra est un corps comme un autre prenant les coups, passant par la fenêtre ou le plancher, elle est la vision subjective qui plonge le spectateur au cœur de l’action. C’est musclé, rythmé, mais pas clipé. Dans Dredd, Pete Travis prend justement le parti-pris inverse, choisissant une mise en scène soft, calme et léchée rappelant incontestablement les films des années 90.

Malgré un budget moitié moins important que le film de 97, Travis sort la tête haute de son adaptation. Puisqu’on n’a pas de thune pour faire des effets spéciaux, on en met le moins possible, choisissant de privilégier une mise en scène épurée et maligne pour rythmer son récit, les ralentis, par exemple, n’étant pas que de simples délires esthétiques comme chez Snyder, mais une manière intelligente quoique un peu trop colorée de faire transparaître les effets de la drogue : la Slo-Mo. De même, le film de Travis mérite un certain respect en comparaison de la merde qu’avait fait Stallone. Souvenez-vous des décors en carton-pâte de ce pseudo New-York qui n’a d’égal que l’adaptation de Mario Bros et du prénom ridicule qu’il avait donné à J. Dredd. (J pour Joseph Dredd). Travis, lui, propose une vision réaliste et discrète de Metro City One, une agglomération gigantesque qui se partage entre bâtiments actuels et tour d’ivoire high-tech, batterie à dealers et psychopathes en tout genre. De même son Dredd est assumé comme bourru, tatillon et inflexible porté par la seule mâchoire de Karl Urban (Eomer du Seigneur des Anneaux) rappelant davantage le comics que l’espèce de gueule cassée Stallone cherchant à laver son honneur dans l’immondice signée Danny Cannon.

Bullet in the head

Alors que sort sur nos écrans Bullet in the Head (rien à voir avec le John Woo), dernière production mettant en avant Sly, il convient de dresser un petit bilan de la situation d’un genre pas franchement exceptionnel, mais fourmillant de films cultes. Et c’est malheureusement le travers du genre. Trop de cultes, trop de gueules, trop d’archétypes épuisés tout au long des années 90 par une poignée d’acteurs inlassablement rappelés par Hollywood, car persuadé d’être la rançon du succès. Or plus que jamais le cinéma d’action n’a besoin de vieux. Mais de vieux effets, de vieille mise en scène reproduite par des réalisateurs biberonnés aux travaux de grands noms capables d’appliquer les codes et les schémas narratifs de leurs pères dans des scénarios suffisamment divertissants pour respecter le parfait cahier des charges du genre. Le mal du cinéma d’action actuel est sa pauvreté et son incapacité à proposer des choses nouvelles. Fast and Furious pousse à bout le concept des courses poursuites, les Taken ne sont que des versions douteuses du Fugitif, Lock out un ersatz de Escape from New York dans l’espace et les stars de notre enfance une communauté de vétérans dont ce n’est plus la guerre. Dans The Last Stand un personnage demande à Schwarzy comment il se sent après avoir traversé une fenêtre et ce dernier de répondre « vieux ».

Ils le savent en plus et c’est désespérant.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article