El Levir – Alain Damasio / Philippe Aureille

par Arno Mothra|
Sixième publication des éditions Organic, El Levir d'Alain Damasio sorti il y a quelques jours est le premier ouvrage de la collection « Petite bulle d'univers » écrit par un autre que Li-Cam.

el_levirPour le novice, les éditions Organic – maison indépendante française – contrastent totalement avec le petit conformisme de la littérature en proposant depuis cinq ans des ouvrages soignés et atypiques, mixtionnant le travail d’un auteur à celui d’une équipe graphique. Le résultat, esthétiquement irréprochable, se révèle percutant, original et souvent marquant, replongeant le lecteur dans un format couvert de rêves qui ne déplairait pas à tous les grands enfants que nous sommes.

Personne dans la longue histoire des scribes n’est jamais parvenu à trouver une surface assez vaste pour achever la calligraphie du Livre. Le Livre n’a donc jamais été écrit. Encore moins lu. Et tous ceux qui s’y sont essayés l’ont payé de leur vie. El Levir, le dernier scribe, accepte pourtant de relever cet ultime défi. En dépit de l’aide précieuse qui lui apportent les valets de matière, El Levir est vite confronté à ses propres limites. En proie au doute, il finit par se demander si sa tâche est à la dimension d’un seul homme. Avec toujours cette question hallucinante en tête : Quelle est donc cette surface qui n’est pas le papier, qu’il arpente depuis si longtemps ?

Autour d’une histoire aussi simple que complexe, frôlant le sujet philosophique, Alain Damasio rend hommage aux mots, ceux de Sartre, ceux de tous les jours, ceux qui tapissent ces millions de livres jalonnant nos vies. Si l’écriture, riche et maîtrisée de bout en bout, assure toutes ses promesses sous une atmosphère onirique de bon aloi, le récit en lui-même se veut plus déroutant, plus difficile à assimiler, jonglant incessamment avec plusieurs quilles. Pourtant, El Levir laisse sur le palais un goût étrange, voire unique (que ce soit positif ou négatif), car en ressentant un certain détachement au fil des pages, on culpabiliserait presque de ne pas véritablement prendre plaisir à découvrir la narration du scribe ; le sujet nous échappe tout en nous convainquant paradoxalement de son potentiel poétique.

Côté graphisme, Philippe Aureille, toujours aux commandes depuis Alice en son for intérieur en 2004, propose cette fois-ci un concept plus urbain que d’habitude, à la fois plus tourné vers la lumière que vers l’obscurité. Il en résulte une mixtion fort bien réalisée entre plusieurs contrastes, donnant parfois carrément lieu à de superbes tableaux abstraits (page 22).

À travers El Levir, Alain Damasio a donc signé, délibérément ou non, une oeuvre résolument surprenante. À vous de savoir maintenant de quel côté tenterez-vous de la ranger. Pour notre cas, nous vous renverrons avec plaisir non dissimulé aux précédentes publications des éditions Organic, incontournables et plus faciles d’accès.

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El Levir, Alain Damasio et Philippe Aureille, Petite bulle d’univers n°6, éditions Organic, 2008

Pour découvrir les autres livres des éditions Organic : http://www.organic-editions.com

1 commentaire

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    Trots
    le Mardi 10 mars 2009
    Trots a écrit :

    Bonjour,
    Damasio est un immense écrivain, en témoignent La horde du contrevent, sans doute son bouquin le plus original, et La zone du dehors, roman d’anticipation qui fait froid dans le dos. En tout cas merci pour ta chronique, elle m’a donnée envie de me précipiter sur l’oeuvre!

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