ECHAP – Entretien avec un esprit…

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"Quand vous êtes entre copines, évitez à tout prix de chatter... avec l'esprit de vos copains d'avant"... Ainsi nous tease-t-on à propos d'Echap, un film sur 5 copines qui jouent avec les fantômes, réalisé par Christophe Trent Berthemin et Dist de Kaerth. Vous êtes intrigués ? Voici un moyen d'en savoir plus : nous avons interviewé TRENT.

Image de Christophe Trent Berthemin Est-ce que tu peux raconter la genèse du film pour les novices ?

Quoi, des gens ne connaissent pas la genèse d’Echap ? C’est un scandale. Bon, plus sérieusement, on va dire que ça a été très vite puisqu’on a évoqué l’envie de faire un film avec Dist fin juin 2010 avec comme dates de tournage la deuxième semaine d’août. Le tout sans dépasser 1500 euros. Je n’avais pas encore écrit une ligne et j’ai eu un mois pour le scénar tandis que Dist en a profité pour aménager le décor (la maison de ses parents) et trouver des actrices. Au départ, on devait le faire avec des copines mais quand on s’est rendu compte qu’on aurait très peu de temps et qu’il allait falloir enchaîner les scènes, on s’est dit que ce serait une bonne idée de travailler avec des gens qui avaient déjà l’habitude de la caméra. Noémie a été tout de suite partante et comme Dist vient du porno, il a appelé des filles avec qui il avait déjà travaillé. On a eu vraiment beaucoup de bol que les gens soient dispos, motivés et correspondent autant aux personnages.

Qui et quoi vous a inspiré ?

Le film est vraiment ancré dans le présent et les technologies d’aujourd’hui, de Facebook à ChatRoulette. Vu que le film a été écrit très rapidement, je pense donc que les inspirations sont assez inconscientes. Pourtant, avec le recul, je retrouve des thèmes que j’ai pu aborder dans d’autres scenarii que j’ai écrits. Même si je ne suis pas doué en technologies modernes, je suis fasciné par ça. D’autant plus que j’aime le cinéma quand il est daté, qu’on peut le replacer dans son époque et qu’il n’y a rien qui vieillit plus vite que les technologies. C’est ce que beaucoup reprochent au cinéma des années 80 alors que je trouve que c’est sa plus grande qualité. Pour ce qui est donc du fantastique, le cinéma des années 80 qui tentait d’être à la pointe me plaît beaucoup. Ça va de Shocker à Electric Dreams en passant par 36-15 code Pere Noël. Sinon, je pense que le côté bande de filles vient de mon amour pour les films de potes, comme Stand By Me, Dazed & Confused ou Foxes. Il y a des clins d’oeils à Corey Haim et à River Phoenix pour donner surtout une idée de la période qui nous a inspirée. Même la chanson de fin (que j’adore) composée par Ju et Vidda du groupe Manimal est signée sous le nom The Dickmillerz.  Mais bon, l’inspiration principale de tout ce que j’écris reste la femme. Et ça risque de durer un bon moment…

« Dans notre génération, celle des trentenaires, beaucoup font du genre non plus pour transgresser mais plus comme un hommage. »

Où est-ce que tu penses que Echap se situe dans la lignée (si si) des films d’horreur français ?

Je pense qu’on a tous à peu près le même âge et qu’on a donc du grandir avec des références communes, les mêmes disquettes et les mêmes VHS. Par contre, je ne me sens pas proche d’autres réalisateurs en particulier. Echap n’est pas un film à deux ou trois millions d’euros et je ne peux donc pas nous comparer à ceux qui ont eu une grosse équipe mais aussi des problèmes de prod et des concessions à faire parce que c’est aussi ça que d’être réalisateur. Nous, on a été libres de A à Z, sans argent mais vu que le film avait été écrit comme ça, on n’a pas eu de mauvaises surprises. En plus, si je dois me sentir proche de certains réas français, ce serait des anciens, parce qu’ils m’ont influencé. Des mecs comme Alain Jessua, Joel Seria, Patrick Schulmann, Bertrand Blier ou Serge Leroy. Pourtant, je ne pense pas que leur influence se ressente quelque part dans le film. Echap est plus un prototype de ce que va devenir une certaine idée du Cinéma v2.0. Pour ce qui est du genre, il a toujours été mal vu en France, alors je pense qu’on est tous un peu paumé entre notre nationalité, le bagage culturel qu’elle apporte et le fantasme de ce que font les autres pays, les États-Unis en tête. Un producteur comme Richard Grandpierre qui est derrière les films de Laugier, Caro ou Noé s’occupe maintenant de ceux de Kad & O. C’est un signe des temps. Après, dans notre génération, celle des trentenaires, beaucoup font du genre non plus pour transgresser mais plus comme un hommage aux productions Amblin, par exemple, parce qu’on descend clairement du ciné des années Reagan.

Noémie et Lussi, c’est un peu vos armes de pénétration des foyers français ?

C’est surtout un hasard, mais assez heureux. Cyril, le directeur photo, qui connaît Noémie lui a parlé du projet et elle a été tout de suite emballé par l’aventure. Comme je n’ai pas la télé, je ne savais pas qu’elle animait une émission sur MCM. Quant à Lussi, je la connais depuis 1999 et c’est une des mes meilleures amies depuis maintenant quelques années. Comme le film évoque les médias et les nouvelles technologies, ça me paraissait évident qu’elle en soit à ce moment précis de sa carrière et ce qui se passait pour elle avec La Nouvelle Star. Elle a accepté sans hésitation de jouer le jeu et on a tourné sa scène en moins d’une heure. Finalement, plus que l’envie de pénétrer quelconque français, même si je ne suis pas contre, je crois que ce sont des signes qui sont tombés au bon moment. En plus, la collaboration a duré plus que prévue puisque Noémie a composé un morceau et a co-signé la BO avec Dist et moi et Lussi nous a prêté un morceau de son projet solo, Ghillie Dhù : A Murderer Inside. Une chanson que j’aime beaucoup et dont les paroles collaient étrangement avec le film.

A quel moment est apparue Coralie Trinh-Thi dans l’histoire ?

Je connais Coralie depuis pas mal d’années et Dist l’a rencontré aux Hot d’Or l’an dernier. Elle a donc suivi toute la genèse dès le moment où nous avons évoqué l’idée de co-réaliser le film. Pendant l’écriture, elle m’a beaucoup motivée pour que j’en vienne à bout malgré le court délai. Pendant le tournage, elle nous a envoyé plein de bonnes ondes et s’occupait de faire vivre la page Facebook du film. Elle a rassemblé plein de fans que nous n’aurions jamais eu autrement. Elle a même promis de montrer ses seins si on arrivait à un certain nombre de fans, ce qu’elle a fait… Aussi, pendant la post-prod, ses conseils nous ont été très précieux au montage alors que nous n’avions pu de recul du tout par rapport au film et la tête dans le guidon. Et depuis que nous faisons des dates pour promouvoir le film, elle est présente dès qu’elle peut. Si elle est comme ma sœur dans ma vie, du côté du film, elle a été la fée.

« Peu de filles auraient pu tenir le rythme comme elles l’ont fait. »

En choisissant presque uniquement des comédiennes de « films pour adultes » vous n’aviez pas peur de prendre un risque pour la qualité du jeu d’acteur ? Et donc pour la crédibilité du film auprès d’un certain public ?

Quand le jeu flotte, ce n’est jamais la faute des actrices mais celle des réas, parce qu’ils sont directeurs d’acteurs. Ici, si ça flotte, c’est donc aussi notre faute parce qu’on n’a pas eu le temps de faire beaucoup de prises, ni de répets. Sur cinq jours, en dormant aussi peu, peu de filles auraient pu tenir le rythme comme elles l’ont fait. Et puis, au final, si beaucoup de gens s’attendent à un résultat Z, ils seront forcément surpris. Et si certains trouvent le film Z, c’est que nous nous serons vraiment plantés quelque part. Je pense qu’il y a une véritable passerelle entre le porno et le film fantastique. Pas mal d’actrices sont passées de l’un à l’autre car ce sont deux genres assez marginaux. De Ginger Lynn chez Rob Zombie à Marilyn Chambers chez Cronenberg. Là où le public sera peut-être déçu, c’est que les filles restent habillées dans Echap parce qu’on devait évoquer une certaine frustration dans l’histoire. Il y avait un obligatory tit shot… mais on l’a viré. En tout cas, je crois que le jeu est vraiment quelque chose de lié à l’interaction entre un réal et la personne qu’il choisit, au feeling. Je préfère cent fois bien des acteurs non-professionnels de chez Bruno Dumont que certains comédiens dit pros qu’on retrouve tous les mois à l’affiche dans des zouaveries.

Des anecdotes croustillantes sur le tournage à nous raconter ?

Eh bien pas tant que ça. En étant réveillés 21 heures par jour, même si on s’amusait, on ne peut pas parler de choses « croustillantes ». Je vais même te dire qu’on était séparés en deux chambres : les filles d’un côté et les garçons de l’autre. C’était très mignon à voir. Dans le making-of qui accompagnera le DVD, il y aura un vraiment l’ambiance de ce qu’a été le tournage : une colonie de vacances finalement assez constructive.

Vous avez eu beaucoup d’effets spéciaux à gérer ? Comment vous avez procédé ?

Il n’y a quasiment pas d’effets spéciaux dans le film. Et le plus drôle, c’est que l’un d’entre eux, le visage de l’esprit, qui aurait pu être rajouté en post-prod a été fait sur le plateau avec une vitre et une lampe torche. C’était très artisanal mais d’autant plus amusant. En plus, il n’y a pas une goutte de sang, pas par auto-censure, mais parce que beaucoup de films sans argent en foutent partout pour compenser. Ça nous amusait de faire sans. Sans sang, donc.

« Ça fait rêver personne de faire un long avec 1500€, mais par contre ça peut motiver à en faire autant. »

On a pu suivre la vie durant le tournage du film sur Internet, Facebook notamment, est-ce que la communication autour du film a commencé là ?

Oui, je crois qu’un outil comme Facebook a une vraie force de comm’. Si Coralie n’avait pas fait parler du film via sa page, nous aurions beaucoup moins de monde qui s’y intéresserait, c’est un fait. Pareil du côté des actrices, certaines ont pas mal de fans. Parmi eux, il y en a qui filent un coup de main au film d’une manière ou d’une autre. La presse n’a plus aucune force aujourd’hui vu qu’il y avait avant un côté élitiste à voir les films en avance et à en tirer une critique qui était attendue par tout le monde. J’ai grandi en lisant des mags comme Mad Movies ou Starfix, donc dès qu’ils revenaient du Marché du Film, je lisais leurs avis en me disant que je ne verrai peut-être jamais les perles dont ils parlaient. Maintenant, la notion d’attente n’existe plus et certains internautes voient les films avant la presse, voire des workprints qu’on peut voir avant l’équipe elle-même. Je pense que ça a marqué la fin du Cinéma tel que je l’entendais mais ce support « autre » prend le relais et l’essentiel est que le Cinéma continue à exister. Le buzz existe donc toujours mais sous une autre forme. Il en est de même pour la promo. C’est aux gens d’être originaux et de se bouger. La vidéo virale sur ChatRoulette qui a servi à la promo du Dernier Exorcisme est vraiment excellente.

Sinon, vous vous déplacez beaucoup, Paris Manga, Gérardmer… Quels retours cela vous apporte ? Du public ? Des professionnels ?

Tout se passe sur le terrain et pour l’instant, on a eu la chance de rencontrer des personnes qui soutiennent le film et surtout sa démarche. Yoann Boisseau de Paris Manga nous a invité en sachant qu’un stand pour le film lui ferait une bonne promo. Et effectivement, c’est important d’avoir une exposition. Dès le lendemain, nous sommes partis dans le Sud Ouest où un pote de Lavandra, Reno, nous avait calé des dates parce qu’il le fait dans le milieu de la musique et on a été bien accueilli partout. On fait des bornes pour le présenter parce qu’on doit au moins ça aux gens qui se déplacent pour voir un petit film comme le notre. Gérardmer, j’y vais tous les ans depuis très longtemps. Il est donc normal qu’une fois Echap terminé, on aille en parler là-bas. On a donné quelques DVD et posé des flyers à droite à gauche entre deux bières. Pour ce qui est des retours, c’est assez marrant mais les gens qui viennent te voir à la fin sont souvent ceux qui ont aimés et j’ai parfois le réflexe d’aller voir celui qui m’évite du regard en se disant « Merde, j’espère qu’il va pas me demander si j’ai aimé son film à la con. » ! Quand tu tournes un film avec cette somme et ce délai, aussi sincère soit-il, t’as intérêt à être ouvert à la critique. Paradoxalement, beaucoup de gens ne « descendent » pas Echap parce qu’il ne coûte rien et qu’on ne fait chier personne dans l’industrie du ciné. Dans le ciné de genre, la critique la plus dure vient souvent des gens qui veulent être réas et t’attendent au tournant comme si tu leur avais piqué leur place et leur billet pour L.A., en signant avec La Fabrique de Sombrero. Nous, on a pas ce problème parce que ça fait rêver personne de faire un long avec 1500€, mais par contre ça peut motiver à en faire autant.

C’est difficile, le démarchage des salles où vous aller projeter le film en avant-première ? Vous faites tout en DIY ?

J’ai été chanteur dans un groupe de métal pas mal d’années et j’ai aussi fait un peu de programmation de concerts donc on fonctionne avec le film de la même manière. Lors des récentes dates, on a passé le film dans un bar, dans une salle de stand-up ou dans un cinéma. Je tiens d’ailleurs à remercier le Cinéma Le Royal de Mont de Marsan, qui a accepté de diffuser le film en ouvrant une caisse associative pour que nous puissions exister dans une vraie salle tandis que se jouait Tron dans l’autre. On a eu évidemment moins de monde que le film avec les gugusses fluos mais avoir le droit d’exister est un luxe. On va essayer de continuer comme ça…

« Le film est vraiment ancré dans le présent et les technologies d’aujourd’hui. »

Une idée de comment vous allez distribuer le film ?

On a quelques propositions en ce moment donc on attend de voir ce qui sera le mieux pour le film. J’aimerai qu’on puisse aller dans ce grand bar à putes appelé aussi Festival de Cannes, parce que c’est au Marché du Film que ça risque de se jouer. Pour ce qui est de la France, on va tenter les quelques Festivals de genre et après ça, faire voyager le film le plus possible parce que tu fais très vite le tour de la France pour ce genre de projets. D’ici là, on va tenter une souscription pour sortir le film en DVD. Avec plein de bonus…

Les prochains rendez-vous ?

J’aimerais qu’on arrive à faire le plus de projos possibles. On va déjà en faire vers chez nous (Nancy et Metz) et partout où les gens, assos, cinés nous accueilleront. J’ai hâte de retrouver l’équipe sur des dates. En ce moment, on essaye de trouver une salle pour une projo à Paris. J’espère surtout qu’on va être de plus en plus nombreux à fonctionner de cette manière. Et pour tous les genres parce qu’une idée est la seule chose encore gratuite au cinéma.

Un grand merci à TRENT et bon courage à toute l’équipe d’ECHAP pour la suite !

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Crédits photos: Cyril Lesage.

Echap, un film de TRENT + DIST.
Avec Noémie Alazard Vachet, Anna Polina, Graziella Diamond, Eliska Cross, Lavandra May.
Avec la participation de Lussi et la voix de Dedo.
Marraine : Coralie Trinh Thi

A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

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