Cylapp, l’histoire dont l’auteur est enfin le héros.

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Normalement, ça commence par il était une fois. Cette interview, elle, commencera par "il était deux fois". La première, une apprentie auteure, perdue au pays des 0 et des 1 qui peinait à croire en la mort du livre et des histoires. Il était une autre fois, deux jeunes entrepreneuses.

Estelle Courdoisy et Audrey Wermeister, fraichement diplômées d’HETIC, qui ont décidé à la manière des bonnes marraines des contes de fées de mettre leur grain de sel dans le monde froid des livres sur tablettes. Les voilà qui nous présentent leur petit bijou,Cylapp, de quoi remuer pas mal d’idées reçues sur l’édition numérique.

Vous êtes toutes jeunes ! Pourriez-vous revenir avec nous sur votre parcours ?

Estelle : Je viens de la Sarthe, j’ai fait un bac S, puis je suis partie en Mayenne pour faire un DUT Service Réseau de Communication. J’ai continué avec HETIC (école des métiers de l’Internet) à Paris avec une envie de polyvalence. J’avais besoin de voir ce qui se faisait. Au niveau professionnel, j’ai tout d’abord commencé par du webmastering en DUT, mais arrivée à l’école je suis passée sur de la gestion de projets techniques dans une agence spécialisée en Drupal. Ensuite, j’ai continué sur une partie plutôt IT et cloud computing, dans une entreprise faisant du conseil et de la vente de produits SaaS, type Google Apps. À l’heure actuelle, je suis chef de produit mobile, ce qui m’apporte toutes les compétences techniques pour réaliser notre projet.

Audrey :  J’ai également fait un bac S dans la Sarthe, pur hasard, pour enchainer sur un DUT informatique. Orientée développement à 100% au départ, je suis également venue à HETIC pour acquérir une certaine « pluricompétence » au niveau des projets digitaux. En troisième année, j’ai fait mon stage à l’Express Roularta en tant que chef de projets au pôle des opérations spéciales, à savoir tout ce qui touche à l’évènementiel web et presse. À l’heure actuelle, je suis chef de projets dans une agence web et mobile. J’ai un peu mis de coté mon profil technique initial pour m’orienter dans le marketing et la trésorerie. Du coup, nos profils se complètent plutôt bien. Avec Estelle, nous nous sommes rencontrées au sein de la Junior-Entreprise de l’école : Synerg’eTiC. C’est au travers de cette expérience que nous avons pris goût à l’entrepreneuriat. Nous avons d’ailleurs participé au start-up weekend de Paris en 2011 et à différentes rencontres entrepreneuriales.

Racontez-nous comment est né Cylapp. 

Audrey :  Le projet est né du business plan qui nous était demandé de réaliser en dernière année scolaire, avec quatre autres camarades qui n’ont pas souhaité continuer l’aventure. Ayant gardé l’envie de créer une agence ensemble depuis la 4ème année, croyant en notre concept et bénéficiant d’un enthousiasme général à l’égard de notre idée, nous avons décidé de nous lancer maintenant. Cylapp, pour Create your lovely app est un outil qui permet la création et la publication d’histoires numériques sur tablettes.

Estelle : Principalement, cette application s’adresse aux auteurs et aux illustrateurs jeunesse. Pourquoi jeunesse ? Parce qu’initialement, on avait envie, dans le cadre de ce business plan, de travailler pour les enfants et d’autre part, parce que le secteur de la jeunesse est celui qui se porte le mieux actuellement dans l’édition. C’est avant tout le domaine à partir duquel les possibilités offertes par les tablettes sont les plus exploitables. Notre objectif n’est clairement pas de faire de l’e-book ou de l’écriture sur Ipad. Le but est d’apporter du ludisme, de l’éducatif à la lecture, afin de profiter au maximum de l’outil que l’on a entre nos mains.

Vous avez un profil assez atypique pour aborder le domaine de la lecture, comment en êtes-vous venues à imaginer cette application ?

Très tôt au moment du brainstorming, plusieurs évidences se sont imposées à nous. Tout d’abord l’usage de la tablette, plutôt à la mode et vraiment vecteur d’interactivité. On a notamment vu des vidéos qui montrent les interactions possibles entre la tablette et des objets réels.

Ensuite après être tombées sur quelques applications jeunesse, l’idée de développer l’imaginaire de l’enfant nous a paru passionnante.  Très vite nous nous sommes fait la réflexion qu’une lecture linéaire des histoires était un peu décevante étant donné qu’une fois que l’enfant a lu et joué dans ces applications, elles deviennent obsolètes. D’où l’idée de proposer des histoires à branches à la manière de ces livres dont on est le héros. À partir de là, les objets tangibles reconnus par l’iPad sont passés en deuxième phase du business plan, c’est-à-dire plus dans la phase de développement personnalisé que nous proposerons aux agences  et non dans la mise à disposition pour les auteurs.

Concrètement comment va fonctionner Cylapp, côté auteur et côté lecteur ?

Estelle : Les auteurs et les illustrateurs s’inscrivent sur le site. Ensuite, grâce à une interface très intuitive, ils peuvent créer leurs histoires. C’est-à-dire qu’ils partent des images qu’ils ont produites dans leur logiciel habituel, les importent sur la plateforme en ligne, les agencent, ajoutent des animations, des interactions, des jeux… À partir de là, Cylapp leur permet d’avoir tout ça sur leur tablette et donc de publier leur histoire.

Du côté des lecteurs, on a la bibliothèque Cylapp, qui est une application tablette, au départ Ipad, ensuite Androïd. Par le biais de cette application ou du site et à la manière d’un comité de lecture, ils peuvent voter pour les histoires qui semblent les plus prometteuses. Ce sont vraiment les lecteurs qui choisissent ce qui va-t-être publié. Une fois qu’une histoire a atteint un certain nombre de votes, la voilà publiée. Les gens peuvent l’acheter pour 3,99 €

Est-ce qu’on peut revenir sur cette idée de bibliothèque, comment ça se présente ?

Estelle : Le principe de la bibliothèque est d’avoir un lieu où l’enfant, même petit, peut évoluer seul, avec du contenu adapté à son âge et à ses aptitudes.

Audrey : Elle regroupe uniquement les histoires achetées par les parents, donc pas de mauvaise surprise

Estelle :  Finalement la bibliothèque regroupe deux avantages, pour nous, une simplicité de gestion avec une application unique et pour nos clients, une application où l’enfant peut se balader sans risque.

Y-a-t-il une possibilité pour l’enfant qui finit un chemin de l’histoire, de l’imprimer ?

Estelle :  Le fait d’imprimer simplement l’histoire nous intéresse moins que de réfléchir à sa forme. On est en train de penser à ça et à d’autres produits dérivés… En attendant, sur l’application, on propose aux auteurs des principes de dessins, de coloriages et l’enfant peut alors envoyer sa création par email à ses parents.

Plus haut vous nous disiez que votre but n’était pas de faire de l’e-book, ainsi, si vous ne vous positionnez pas en tant que maison d’édition numérique, quel sera votre rapport avec vos auteurs ?

Estelle :  Au départ nous pensions à une offre entièrement autonome pour l’auteur/illustrateur… la deuxième offre en marque blanche concerne les maisons d’édition. Au vue des retours et réflexions sur le sujet, nous avons décidé de proposer une offre premium comprenant du de support, à savoir pour l’auteur illustrateur un abonnement qui permettrait d’être en contact direct avec nous et la possibilité d’avoir des fonctionnalités en plus. Beaucoup d’auteurs souhaitent ce retour, cet appui de la part de l’équipe qui publie.

Audrey : Notamment pour les aider à atteindre une personnalisation de leur histoire.

Comment se passe la rémunération des auteurs ?

Audrey :  On veut pouvoir leur permettre de se lancer mais aussi de se promouvoir sur le numérique. En somme, de les aider à se faire connaître et reconnaitre grâce à leurs œuvres. Du coup, tous les droits d’auteurs des images et textes appartiennent aux auteurs/illustrateurs et ils touchent 30% de chaque vente de leur ouvrage. Même les amateurs peuvent se lancer, qu’ils aient été refusés par le circuit des maisons d’édition ou bien qu’ils souhaitent se faire un peu d’argent par exemple. On leur propose pour cela une offre de test, gratuite, de l’outil pendant 7 jours et ensuite ils choisiront soit l’offre autonome à tarif unitaire, soit, l’offre d’abonnement mensuel. Une fois l’histoire publiée, on leur reverse systématiquement leurs parts de ventes tous les mois, sur le modèle Apple. Il faudra juste rentrer un RIB dans l’outil et on se chargera d’effectuer les virements.

Quel genre d’histoires attendez-vous de la part de vos auteurs ?

Estelle : On attend plutôt des histoires qui cibleraient l’écolier de maternelle ou de primaire.

Audrey : de 2 à 12 ans.

Estelle : Bien sûr, on a conscience qu’en littérature ado, il y a quand même de très belles choses à faire et dans l’idéal on peut aller très, très loin.

Audrey : Pourquoi pas à l’adulte également, on ne pourra pas l’empêcher. On n’est pas bloquées non plus sur un genre précis. On considère que chaque auteur/illustrateur a son univers et ce sera au comité de lecture de choisir.

Avez-vous déjà de nombreuses soumissions ?

Estelle : On a interrogé de nombreux auteurs sur la faisabilité du projet, son intérêt. Il y a eu plusieurs types de réponses. Il y a évidemment ceux qui ne veulent pas entendre parler du numérique. Puis il y a ceux qui sont en attente de voir le projet en ligne. Mais on a aussi un panel de personnes qui sont dans les startings-blocks pour nous envoyer leurs projets, beaucoup de jeunes qui s’intéressent aux tablettes et pas mal d’illustrateurs surtout.

Quand pourra-t-on commencer à envoyer des projets ?

Audrey : Dans l’idéal la béta sortira cet été.

Estelle : On va sortir la première histoire Fugu, de Lucie Béluga, assez tôt sous forme d’appli afin d’avoir des retours utilisateurs.

Allez-vous proposer un moyen de mise en relation auteurs/illustrateurs ?

Audrey : Les auteurs et illustrateurs bénéficieront sur le site d’un profil (public ou non). Ce profil recensera leurs projets sur l’application, éventuellement un book. Cela va leur permettre de découvrir la communauté Cylapp et d’en contacter les utilisateurs. De notre côté on n’entrera pas directement en jeu dans ces rapprochements.

Comment envisagez-vous votre position face au circuit très fermé des maisons d’édition françaises ?

Estelle : Clairement encore une fois, on ne fait pas du livre, mais de l’histoire. Après vis-à-vis des maisons d’éditions, on va justement leur proposer l’outil à disposition via la marque blanche. Cela leur permettra de proposer à leurs auteurs/lecteurs d’avoir la même bibliothèque, à leur nom, aux couleurs de leur marque. Le tout à des prix dérisoires pour les amener à évoluer vers le numérique justement. On songe également à créer des formes de récompenses, de valorisation de notre côté mais ça viendra plus tard.

Ça ne vous fait pas peur de ne pas être issues de ce milieu de l’édition, du livre, de la littérature ?

Estelle : C’est forcément un frein. On l’a ressenti notamment au salon du livre jeunesse de Montreuil. On a fait quelques conférences dans la partie numérique et on se rend compte qu’on a clairement une expertise à apporter en matière de tablettes et d’interactions. Ça restera la grosse partie de notre métier. D’autre part, sans être pour le moment mamans, on est clairement utilisatrices et consommatrices de ce genre de produits. Bien entendu, on cherche à connaître ce milieu, on commence à en rencontrer les acteurs qu’ils soient auteurs, illustrateurs ou maisons d’édition.

On parle de passion, d’ailleurs quel est votre rapport à la lecture ?

Estelle : Personnellement, j’ai toujours eu des livres à la maison. J’ai une maman qui a une bibliothèque considérable et qui m’a toujours poussée à lire. Cependant, j’ai autant baigné dans la lecture que dans l’informatique. J’ai un peu perdu le temps de lire à la fin de l’adolescence mais il en reste que pour moi le livre reste un complément.

Audrey : Pareil ! D’ailleurs c’est sur cette idée de complémentarité que l’on veut appuyer sur le site. Personnellement j’adore tenir un livre papier. Sinon on a eut des références jeunesse assez classiques pour notre époque, les Ratus, les J’aime lire, les Tomtoms et Nana, le Journal de Mickey… Après à l’adolescence je suis passée par Peggy Sue.

Estelle : Moi, c’était Dame Coca. Je me rappelle encore de la sorcière !

Faut-il garder son âme d’enfant pour leur proposer des histoires ?

Estelle : Durant la phase d’étude, on s’est rendu compte qu’on prenait un plaisir fou à télécharger les applications pour enfants et à jouer avec. Une vraie bande de gamins !

Audrey : Ouais, y’a de bons coloriages aussi !

(rires)

Sans développer tous vos plans futurs, quel est selon vous l’avenir du livre ?

Audrey : C’est la grande question ! Notre génération reste attachée au livre papier parce qu’on a grandi avec, mais je ne suis pas convaincue qu’il en sera de même pour les générations futures. Tant que toutes les écoles maternelles n’auront pas toutes intégré les tablettes dans le mode d’apprentissage de lecture, le livre gardera une place particulière. Le futur, selon moi, ne restera pas à l’échelle du livre simple, il faudra passer par du livre enrichi, comme ce que l’on propose sur Cylapp.

Estelle : Il y aura plusieurs choses. Quand on voit le nombre de bouquins transportables par tablette… Au niveau mobilité, il n’y a évidemment pas de comparaison possible non plus.

Audrey : Après ça dépend aussi des tablettes, les kindles sont beaucoup plus adaptées au format roman que les Ipad.

Comptez-vous étendre le service au-delà de la France ?

Audrey : Pour le moment on s’ouvre à tous les pays francophones mais bien entendu on prévoit d’ouvrir à un public anglophone notamment. Chaque chose en son temps, mais la version anglophone sera présente à la sortie des différentes plateformes.

Du coup, vous allez vite étendre votre duo…

Estelle : Dans l’idée y’a du recrutement dans l’air oui !

(rires)

Audrey : Oui, on est déjà en train de chercher des développeurs. Pour information nous sommes en cours de création de la structure, notre agence Smoon Digitale. On cherche des illustrateurs ayant vraiment des pattes particulières.

Estelle : La problématique va-t-être ensuite de suivre en développement. Aujourd’hui les dev IOS sont assez chers mais le souci du stagiaire va donc être d’être solide en langage natif.

Un dernier conseil pour vos futurs auteurs/lecteurs ?

Estelle et Audrey : Ne pas hésiter à nous en donner.

Cylapp : http://www.cylapp.com/

Smoon agence digitale : http://www.smoondigital.fr/

Quelques extraits de leur première histoire : Fugu

Auteure: Lucie Béluga
Directeur artistique : Joffrey Faroux

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A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

3 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 1 août 2012
    Lacaille a écrit :

    Bravo ! Quelle bonne idée ! Merci pour cet article très intéressant Mélissandre !

  2. 2
    le Samedi 4 août 2012
    SEVER François a écrit :

    Bien les filles, j’aime beaucoup le principe: Bonne chance!

  3. 3
    le Jeudi 21 février 2013
    Estelle a écrit :

    Bonjour à tous, cylapp est disponible en version bêta. Venez dés à présent créer vos propres histoires interactives ! Rendez-vous sur http://cylapp.com.

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