Tim Burton envahit la cinémathèque

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Chronique d’un débarquement extra-terrestre en bonne et due forme et en trois actes.

Acte 1 : Rencontre du premier Tim

Image de Tim Burton envahit la cinémathèque À la cinémathèque les signes étaient là. La colonisation avait commencé « en toute discrétion » en février avec l’arrivée du jour au lendemain d’un balloon boy qui ne manquait pas de faire lever les sourcils. Face à cet incongru moment « d’étoile mystérieuse », certains initiés se retrouvaient avec le symptôme caractéristique d’un sourire jubilatoire et d’un pouls qui s’accélère. Juste un peu, parce que vous comprenez « il arrive » et « ça va bientôt commencer ». Les plus perspicaces auraient alors pris leurs jambes à leur cou, sauvé leur peau face à ce qui avait déjà l’air d’une invasion colossale. Les autres, ceux qui étaient tombés dedans étant petits se savaient déjà perdus pour la patrie et soupiraient d’aise par avance.

C’est qu’il sait faire l’inoffensif et maîtrise l’art du « je viens en paix, je suis comme vous ». « I was just like any other kid burning toys in the backyard. » ; à entendre parler Tim Burton, on croirait qu’il a simplement eu de la chance d’être là aujourd’hui. Ne vous laissez pas prendre par ce manège, la chance le week-end, se situait quelque part entre l’entrée de la cinémathèque et le premier ballon indiquant l’ouverture de la fabuleuse rétrospective de l’homme aux mèches folles.

Image de Tim Burton envahit la cinémathèque Ils étaient des milliers à s’être déplacés pour l’occasion, mais seront « seulement » quelques centaines à avoir le privilège d’un face à face avec le maître. Certains ont campé dans le froid devant la cinémathèque. D’autres encore viennent de Russie pour cette simple occasion. Quelques burtoniens ont revêtu les costumes de leurs personnages préférés, d’autres exhibent fièrement des accessoires ayant vraiment fait partie des décors originaux.

Rencontrer ce monsieur quand on a vécu et grandi avec ses premiers chefs-d’œuvre, qu’ils ont forgé votre imaginaire et vous ont aidé à supporter le réel à travers les années ingrates de votre adolescence revêt un aspect presque intime. À l’image de cette exposition qui met à nu une grosse partie de son subconscient, l’homme est un mélange touchant d’humilité et de proximité. Personnage à part entière de son œuvre que ce soit sous les traits de Johnny Depp ou dans les tendres réalisations de stop motion, il dégage une aura d’irréel qui peut rarement supporter la concurrence. Le voir, le toucher est une clé supplémentaire pour accéder à ses mondes fantastiques.

Acte 2 : L’exposition d’un autre monde


Exposition Tim Burton à la Cinémathèque… par lacinematheque

Après avoir accueilli les premiers visiteurs à l’orée de sa propre tête, Tim laisse la foule tomber dans l’antre des merveilles, le joyeux fourre-tout de cette exposition. Au programme du dessin, beaucoup de dessin, des centaines de dessins qui pourraient perdre le néophyte ou le rendre fou. Burton semble être né le crayon en guise d’index et ne jamais laisser son outil de prédilection qu’il soit face à un bureau ou contre le zinc du Ritz, un cocktail nautilus dans l’autre main. Et quand le gribouillis côtoie le croquis abouti, c’est tout le processus créatif de l’homme qui est alors dévoilé. Étrangement connaître le « truc » du magicien dès le départ, n’essoufflera en rien la magie du monsieur. Chaque salle est plus époustouflante que la précédente. Le réalisateur expliquera qu’il se serait senti mal à l’aise d’être présenté comme un artiste, mais que l’idée de dévoiler plutôt sa façon de travailler, ce processus de « work in progress », reste pertinente. Difficile de ne pas voir dans cette modestie endémique la matière de son succès, le secret d’une contagion affective à grande échelle.

Comme à New York, on trouve également ses peintures fluorescentes sur velours ainsi que ses polaroïds géants. Face au nombre colossal de ces œuvres, on a du mal à admettre une quelque sélection des curateurs du MoMA. L’organisation rappelle des souvenirs de parents maladroits qui essuient les après-midis créatifs de leurs rejetons. Les mêmes motifs et personnages hantant cet esprit créatif depuis l’enfance, l’ordre chronologique aurait tout simplement relevé du chaos. D’où une sorte de classification thématique, qui ressemble à celle de l’ouvrage L’Art de Tim Burton. Des monstres, des créatures indescriptibles, mais aussi des caricatures, des animaux, des clowns, le visible et l’invisible vu par le regard touchant d’un gamin qui n’a jamais grandi. Helena Boham Carter, sa compagne et sa muse raconte d’ailleurs que lorsqu’il dessine avec leur fils on ne sait jamais qui signe quoi.

Pour les personnes les plus difficiles à convertir on retrouvera aussi nombre de figurines de ses personnages, de Vincent aux Tragic toys de la triste histoire du petit enfant huitre, en passant par les personnages de Corpse Bride aux extra-terrestres de Mars Attacks. Des objets de décors des films, des costumes, des extraits vidéos, des sculptures inspirés par ses dessins… Bref une vraie mine d’or. De celle-ci on retiendra notamment la mise en parallèle de son travail avec celui de Colleen Atwood, costumière de talent qui l’accompagne sur la plupart de ses films, véritable traductrice visuelle de l’esprit burtonien dont les ébauches sont elles-mêmes de véritables œuvres d’art. Autre pépite et probablement la plus belle : des courts, les tout premiers, jamais diffusés auparavant. On y découvre dans son jardin de Burbank, un Tim adolescent qui interprète tour à tour un rêveur ou le grand Houdini. Une fantastique trouvaille dont les effets spéciaux cheaps ne sont pas sans rappeler ceux de Plan 9 from Outer Space. Impossible de résister au mélange de maladresse, de poésie et d’humour qui sont déjà les ingrédients de prédilection du futur grand d’Hollywood.

On repart en suivant un couloir regorgeant de serviettes en papier griffonnées, dernière mosaïque créative qui s’assure que le sourire du visiteur restera en place bien longtemps après son retour sur Terre.


Expo Tim Burton Cinémathèque Paris par hugomayer

Acte 3 : The creator walks among us

Où il est question de Monstres et de mise en abimes ou de monstres des abimes, on ne sait plus trop à ce stade-là.

À peine remis des émotions de la veille, on se rappelle que ce lundi se passera aussi en compagnie du grand mister B. pour une masterclass prometteuse. Même cinéma que la veille, attente dans le froid, échanges d’anecdotes et fans en ébullition. Le système de projection de la cinémathèque reste très frustrant, puisque seule une partie des billets a droit d’entrer dans la salle où se trouvera le réalisateur. Évidemment Tim ne manquera pas de venir saluer le public de cette seconde salle avant d’entamer un long marathon de questions. Il espère sincèrement ne pas effrayer le public lors des gros plans de son visage et explique que si tout cela ne tenait qu’à lui il préfèrerait rester dans cette salle-là, plus petite et moins intimidante. Ce petit air faussement farouche est tout simplement charmant.

La master class commence sur un extrait d’Ed Wood lorsque l’équipe tourne avec l’idole du réalisateur Bela Lugosi dans un ersatz de lac avec un poulpe géant qui n’a pas de moteur. Jolie mise en profondeur que cette rencontre de l’élève et du maître, de l’éternel admirateur face au monstre du cinéma où celui qui a le plus besoin de l’autre n’est pas forcément celui que l’on croit.

Lorsque la lumière revient, on enchaine les anecdotes qui pour les burtonmaniacs seront quelques fois des redites, mais ce qui ressort c’est toujours cet élan créatif qui vient des tripes, de l’intuition à 2000 lieues du monde conceptuel dans lequel nous vivons. C’est sans doute ce qui détonne le plus à l’heure où tout doit être graphiquement, économiquement et sentimentalement calculé. Avec Burton, on ne sait jamais si on y va, où si on y est ; du moment qu’on s’y sent étrangement bien c’est simplement qu’on y est bienvenu. Une masterclass aux airs de surprenant repas de famille où plus votre couvre-chef est excentrique, meilleure est l’ambiance.

Burton, improvisé maître de table enchaine boutade sur boutade. Un simple souci d’oreillette se transforme en retransmission d’une autre planète ! Il est finalement ce joker triste qui fait rire un peu malgré lui. Loin de se sentir mal à l’aise, l’audience est flattée, car elle sait qu’il n’a pas pour réputation d’être très bavard avec les étrangers. En tous les cas, sa bonne humeur inventive est contagieuse et l’homme, tout autant que l’artiste ou le réalisateur donne envie de créer sauvagement.
Jamais envahisseur extra-terrestre, de mémoire d’être humain, n’aura été si attachant.

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En savoir +

Tim Burton – L’exposition
Cinémathèque – 11 €
Jusqu’au 5 août 2012

Une exposition conçue par The Museum of Modern Art de New York.
Commissariat : Jenny He et Ron Magliozzi avec Rajendra Roy (MoMA)
Collaborateur artistique à la Cinémathèque française : Matthieu Orléan
Scénographie : Pascal Rodriguez
Graphisme : Marion Solvit

Infos pratiques et reste des animations : http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/printemps-2012-tim-burto/tim-burton-exposition.html

Photos : Cinémathèque
Vidéos : Cinémathèque et Hugo Mayer http://www.leblogreporter.com/

A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

1 commentaire

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  1. 1
    le Lundi 19 mars 2012
    lauraoza a écrit :

    Ca donne envie d’aller voir l’ambiance Burton à la Cinémathèque.

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