Sister Sourire, Une pure tragédie – C. Guezengar

par |
Une autobiographie romancée de Soeur Sourire, il fallait oser. « Dominique, nique, nique s'en allait tout simplement. » Qu'est-ce qu'on a pu se marrer avec ce refrain quand on était ados. On ignorait tout alors, de l'histoire de cette nonne belge qui a fait gagner des millions à l'Eglise avec cette jolie chansonnette et s'est suicidée après des années de misère, faute d'avoir pu toucher un seul royaltie sur son tube et avoir été poursuivie par le fisc.

arton1567« Une pure tragédie » comme le souligne le sous-titre du livre. Un parcours complètement chaotique, celui d’une emmerdeuse, une rebelle même, assez loin de l’image lisse qu’on peut avoir des religieuses. Un personnage fascinant, attachant, Soeur Sourire avait tout de l’héroïne de roman.

Mais voilà, le livre de Claire Guezengar est trop court. Beaucoup trop court et simplifié pour rendre compte de l’histoire incroyable de la nonne. Cinquante ans de vie réduite à une centaine de pages assez plan-plan où l’auteur se hâte d’en finir, d’ailleurs elle le dit souvent « je vous passe les détails », « je raconte la fin rapidement » alors que justement on aimerait avoir les détails et pas que ça se finisse rapidement ! Claire Guezengar dit « je » et tente d’incarner Soeur Sourire, mais on peine à croire que ce personnage l’ait réellement passionné quand on constate l’économie de moyens pour le raconter, même à la première personne du singulier.

Pourtant il suffit de consulter quelques biographies de la nonne pour réaliser le formidable matériau romanesque que sa vie représente : un destin de star par hasard qui a atteint le point culminant trop vite et a expié ses erreurs par la suite comme une idole déchue – voire une martyre – une personne profondément bonne, moderne, libertaire, qui a connu des abimes de dépression que ne renieraient pas les grands romantiques du 19ème siècle, qui se droguait pour ne plus penser à ses cachets de concerts qui partaient directement dans les caisses de l’Etat pour rembourser les dettes du fisc, finissant par se suicider avec sa compagne en laissant une lettre d’adieu sur sa guitare. Ajoutez à cela une foi joyeuse, un mysticisme sincère et ça donne un bon aperçu.

Claire Guezengar a-elle eu si peur de trahir Soeur Sourire pour se retenir tellement dans la façon dont elle la raconte ? Au point de recourir aux jeux de mots du genre « j’avais de vraies crises de foi, ce qui est ennuyeux pour une religieuse » pas très drôles et surtout trop faciles. La renommer « Sister Sourire » comme un clin d’oeil au groupe goth Sisters of Mercy était un angle intéressant, pour l’auteur qui la voit une punk avant l’heure. Mais malheureusement le texte n’a pas suivi.

Partager !

En savoir +

Sister Sourire, Une pure tragédie, Claire Guezengar, Editions Léo Scheer, Collection LaureLi, 2009, 115 pages

Entretien de Claire Guezengar à propos de Sister Sourire, Une pure tragédie avec Laure Limongi, directrice de la collection LaureLi:
http://www.dailymotion.com/video/x7y3k5_entretien-avec-claire-guezengar-sur_creation

Le réalisateur Stijn Coninx à propos de Soeur Sourire, dont la sortie du biopic est prévue pour le 29 avril 2009 :
http://www.dailymotion.com/video/x7bh3n_soeur-sourire-de-stijn-coninx_shortfilms

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article