Marilou sous la neige – Angie David

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Angie David est une touche-à-tout un peu inclassable. A 30 ans, elle a été actrice pour Yvan Attal dans Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants (la suite de Ma femme est une actrice ), elle est l'auteur d'une biographie épaisse comme un bottin sur Dominique Aury - l'un des noms de plume de l'auteur du sulfureux Histoire d'O - secrétaire de rédaction pour La Revue Littéraire de Léo Scheer, chroniqueuse littéraire à « Tout arrive ! » sur France Culture.

marilouEt la culture EST la grande affaire d’ Angie David, puisqu’elle voulait nommer son premier roman La vie est un magazine culturel . Cette fille qui porte le nom de l’une des chansons les plus emblématiques des Rolling Stones pousse donc le délire jusqu’au bout en empruntant le titre de son livre à une autre chanson emblématique – de Serge Gainsbourg cette fois – Marilou sous la neige et en donnant ce prénom à son héroïne.

« Dis-moi, Marilou – Pourquoi, Marilou – Baisses-tu les yeux ainsi?- Toi qui les as si jolis – Allons, regarde-moi – Je sais, Marilou – Qu’avec Marilou, – D’autres garçons ont dansé – Mais qu’as-tu donc à pleurer? – Ainsi, c’était donc ça! – Tu as déjà aimé, Marilou -Tu as donc essayé, Marilou. » Il ne se trompe pas le père Gainsbourg, car quand le livre débute Marilou est une jeune femme brisée par une rupture qui la dévaste. Sa nature qui trop souvent tend vers le spleen s’en trouve durement éprouvée, d’autant que depuis qu’elle a quitté la douceur de la Nouvelle-Calédonie pour Paris, tout va de travers. D’autant qu’elle a un peu trop tendance à aimer les drogues, ce qui n’arrange en rien ses angoisses récurrentes. Ses études de droit l’ennuient, elle a la sensation qu’elle n’est pas faite pour ça, tout ce qu’elle aime c’est ce qui tourne autour de la culture.

Au fil des rencontres, à force de ténacité et d’un peu de culot, elle décroche un stage dans une maison d’éditions. Sans se douter que l’éditeur qui la prend sous son aile va faire bien plus que ça pour elle : tout à la fois marié et libertin, il tombe amoureux de Marilou et décide d’en faire sa maîtresse officielle à la façon des favorites des rois. Une relation aux rapports de force qui oscillent sans arrêt entre domination et soumission, éducation aux mondanités, initiation à la littérature et l’art, découverte d’une certaine idée du rapport amoureux et social.

La première chose qu’on est tenté de se dire c’est « qu’est-ce que c’est encore que ce livre qui name-droppe à mort ?! ». Dès les premières pages, il y a un éparpillement de tout un tas de références musicales, cinématographiques, littéraires (sans parler de toutes les boutiques de fringues et lieux branchés qui sont cités!) qui peuvent furieusement agacer. Alors que c’est là tout l’enjeu du roman d’ Angie David, mettre en lumière cette tendance générationnelle qui nous fait souvent dire « Bon dieu, mais cette chanson raconte exactement ce que je vis maintenant » ou « Ce film, c’est moi, c’est carrément moi ». Plutôt que d’en faire une coquetterie d’écriture, elle intègre tout cela pour montrer à quel point son héroïne a un besoin viscéral d’avoir recours à l’art pour comprendre, intégrer, voire accepter ce qui lui arrive. Ainsi on parle ici autant de musique post-punk que d’électro-clash, de Madame Bovary que de Glamorama, des films de Barbet Schroeder que ceux de Maurice Pialat .

Chaque référence appuie les bouleversements que vit Marilou tant dans sa vie personnelle que professionnelle et plutôt que les citer sans les approfondir, elle les met en valeur avec le texte du roman en faisant de chaque livre, chaque film dont elle parle une critique détaillée. Tournure aussi stimulante qu’étouffante parfois car Angie David a tendance à trop délaisser une écriture romanesque qui ne nuirait pas à son histoire, pour garder un ton par trop journalistique ou « factuel ». Néanmoins Marilou sous la neige a un charme indéniable et mérite amplement par son style la qualification de « roman générationnel », jusque dans le langage utilisé qui oscille souvent entre celui de la jeune femme studieuse et l’ado curieuse de tout.

« La vie est un magazine culturel »…

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Marilou sous la neige, Angie David, Editions Léo Scheer, 2008, 329 pages

La biographie sur Dominique Aury écrite par Angie David, également publiée aux Éditions Léo Scheer a été distinguée par le Prix Goncourt de la biographie en 2006.

Angie David poursuit l’aventure de son livre sur Le blog de Marilou qui apporte des précisions et ajouts sur les nombreuses références culturelles évoquées dans le livre : http://www.leoscheer.com/marilou/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

5 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 7 octobre 2008
    Don Lo a écrit :

    « Angie » n’est pas du tout emblématique des Stones…
    Après, si se reconnaître dans une chanson ou un film est générationnel, je ne suis plus de la bonne génération (ce qui ne m’étonnerait pas) ou alors je n’ai pas encore rencontré ma chanson ou mon film miroir (je cherche, je cherche).
    La vie est-elle un magazine culturel ? Rien que l’idée me fait peur…
    Bref, malgré son ton intéressant, cette chronique brise dans l’oeuf toute envie que j’aurais eue de lire ce livre. Dommage.

  2. 2
    le Dimanche 12 octobre 2008
    Fred a écrit :

    et en plus, aurait pu être rajouté que l’histoire est Ô combien original, puisqu’elle est celle d’Angie David elle-même aux éditions Léo Scheer où elle travaille (dur dur de trouver un éditeur).
    Don lo a raison, je ne pense pas que cela soit générationnel, c’est plutôt du boboisme parisien une nouvelle fois. Quel intérêt ?
    je en sais pas, car aucune envie de le lire.

  3. 3
    le Mercredi 22 octobre 2008
    marie a écrit :

    L’histoire d’Angie David et de Léo Scheer est déjà racontée dans « Certainement pas » de Chloé Delaume (édition Verticales) sauf qu’il sagissait d’un roman à clé et d’une fiction projetée… Angie D. y est dépeinte sous les traits du personnage d’Aline Maupin (une stagière ambitieuse qui terminait en HP après avoir contracté une liaison avec un éditeur)
    Nicolas Rey, Lolita Pille, Frederic Beigbeder, Florian Zeller…(etc) « Amour Gloire et Beauté » d’un petit microcosme de gens qui « tacheronnent » des livres pour s’acheter de belles fringues, passer à la télé, être mannequin… etc
    Si on ne connaît pas cette jolie bande, qu’est-ce que ce livre peut nous apporter ?
    Où est la littérature dans tout cela ?
    Elle est loin l’écriture autofictionnelle à la Hervé Guibert !

  4. 4
    le Vendredi 6 mars 2009
    nuance a écrit :

    « Dis-moi, Marilou – Pourquoi, Marilou – Baisses-tu les yeux ainsi ?- Toi qui les as si jolis – Allons, regarde-moi – Je sais, Marilou – Qu’avec Marilou, – D’autres garçons ont dansé – Mais qu’as-tu donc à pleurer ? – Ainsi, c’était donc ça ! – Tu as déjà aimé, Marilou -Tu as donc essayé, Marilou. » , effectivement c’est du Gainsbourg, mais c’est « Marilou », et non « Marilou sous la neige », chanson issue de l’album concept « L’homme à tête de chou »…

  5. 5
    le Samedi 7 mars 2009
    Dahlia a écrit :

    C’est totalement assumé, puisque Marilou est de base un personnage récurrent des chansons de Gainsbourg. (Quand même je savais que c’était pas les mêmes chansons, hey :D )

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