« Oai & I », le retour aux sources de Oai Star

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Depuis la sortie de "Manifesta" (2009), on se demandait quand Gari Greu allait passer la vitesse pour proposer son successeur. Entre des chaloupées solo (Gari Greu et son excellent "Camarade lézard") et le retour en grande pompe du Massilia Sound System pour l'automne prochain, le collectif n'a pas chômé ces derniers mois... Et, histoire de lancer comme il se doit les festivités à l'aube de cet été qui s'annonce bouillant, Oai Star dévoile une nouvelle facette encore plus personnelle qu'à l’accoutumée avec son nouvel opus sorti hier, "Oai & i".

OAI

 

Après son opération coup de poing du mois de mai avec le crowdfunding (presque 8 000€ récoltés) qui permettra de réaliser le prochain clip et de sortir « Oai & i » en vinyle, passons à présent aux choses sérieuses avec ce tant attendu brûlot que nous a réservé au chaud Oai Star. Avec une équipe reconfigurée toujours menée par Gari au chant (Albattor est parti aux côtés de Moussu T e lei Jovents, il est remplacé par Métronomax ; Dj Kayalik quitte provisoirement le groupe pour s’occuper entièrement de Massilia tandis que Buzz, à la guitare, est doublé par Mo Lo Cicéro), cette dernière envoie Dubmood mixer à présent en façade pendant les concerts. Si cette nouvelle configuration confère encore plus d’énergie au groupe que ce qu’elle en dégageait auparavant, c’est que Oai Star s’est payé un retour aux sources musical qui va encore plus agiter les chourmos !

« Oai & i », du haut de ses 11 titres, renvoie en effet aux influences punk que Oai Star n’a jamais caché, notamment sur leurs deux premiers albums réalisés (« Oai Star », 2004 et « Va à Lourdes », 2006). Guitares aiguisées pour riffs affutés, Oai Star allie son côté bougrement agité de ses débuts pour le mêler à l’inusable Dubmood et ses sons électroniques 8 bits. Car quand on parle de « brûlot », il convient de reconnaître que Oai Star n’avait qu’une seule idée en tête derrière ce « Oai & i » : mettre le feu, autant sur scène que dans la fosse, et appeler à la fête tous les fracas de la plaine.

Dans la lignée de ses premières réalisations, Oai Star bascule dans un punk enragé qui va faire fuir tous les pébrons : de l’énergie non contenue et pour le peu terriblement satirique, Oai Star hate the kids est le symbole de ce Oai Star décomplexé qui attaque tout ce qui bouge… en y faisant surtout un appel du pied (« Oai Star hate sound system, Oai Star hate the noise, Oai Star hate video games… »). Si le son est clairement punk et boulégant, le mariage avec les machines de Dubmood est toujours du plus bel effet. Que ce soit sur Hey toi, prêt à exploser sous l’influence des Ramones et des Sheriff ou le décapant Notre futur, Gari a choisi de décoller la plèvre de son auditoire ! Dicté par la dure loi de la chip music de Dubmood, le rock de Oai Star s’en retrouve terriblement rafraîchi et brut de décoffrage (« On prendra le micro plutôt que la kalach »).

Gari

Ce sentiment d’urgence, on le retrouve aisément tout au long de l’album : taillé pour le live, « Oai & i » renferme tous les ingrédients d’un oai assuré… Des coups de buttoirs dignes d’un Baleti atomicoOai Star a su trouver la réplique ! Occitan attitude bouge les consciences et appelle à la transe générale (« Si j’ai un drapeau alors c’est le rouge ! Ma carte d’identité sera toujours périmée (…) ! ») avant qu’un MTLF explose à tout va. Tombez du camion, sautez le grillage, « mets-toi le feu, tu es vivant ! » cartonne sous l’impulsion des guitares et des machines. Oui, « les mains en l’air à Marseille c’est comme ça… ».

Parfois avec des textes plutôt simples mais tout simplement efficaces comme sur J’veux pas allerOai Star n’a pas pour autant perdu son humour au vestiaire : avec Viva (« la société du spectacle ! »), Gari se paie une tranche de franche régalade avec des répliques à foison (« Stromae en after chez Strauss Kahn (…) « Charles Aznavour tronçonne le gros Le Pen, Jamel Debbouze joue du piano debout ! ») avant que, Par pitié, nous rappelle aussi que Gari n’a pas perdu ses bonnes vieilles habitudes. Saturé et énervé, le message est clair : « ma chérie tu n’es plus une enfant, la vie, l’amour c’est pour maintenant, par pitié, ne me ramène pas un homme politique ! (…) Ne crois pas les hommes politiques. N’écoute pas les hommes politiques. Ne suis pas les hommes politiques. Méfis toi des hommes politiques ! ».

Et cette sonnette d’alarme, ce n’est pas la première fois que Gari la tire : Oui-non renferme aussi le constat de cette société oppressante, où le goulet d’étranglement finit par endormir toujours les mêmes personnes. La politique de l’austérité répond à celle de la peur sur fond rock’n'roll, le « non » peut s’imposer dans les têtes… mais se faire rattraper par la réalité. Gari met donc le doigt où ça fait mal : « tu dis ‘non’ mais tu doutes… on t’embobine alors tu dis ‘oui’ , tu dis ‘non’ mais t’as rien… on te fait crédit alors tu dis ‘oui’ (…) tu dis ‘non’ mais tu votes… on te fout la trouille alors tu dis ‘oui’ ! ».

Déconcertant par sa franchise, on aurait presque oublié que Gari, la Tête brûlée de 2004, impose sa griffe avec autant de simplicité. De sa reprise digitale et hip hop, il n’hésite pas à laisser les beats saturés prendre le contrôle sur la ballade On y va avant que se termine, en feu d’artifice de sonorités, le titre éponyme de l’album, Oai & i.

Avec « Oai & i »Oai Star a réalisé un album à son image : à la fois énervé et efficace, cet opus est taillé pour le live. Entre rock, punk et sons 8 bits, le groupe a su se renouveler tout en restant rafraîchissant et enivrant. De longue, en indépendant, on n’oublie pas : « oai e libertat » !

Ecoute intégrale de l’album sur Bandcamp : http://oai-star.bandcamp.com/album/oai-i

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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