Leblon-Delienne, la BD et l’Art du volume

par Philippe Bédague|
L'univers du para-BD ou de l'objet dérivé issu de l'imagerie du 9ème Art est nourri de réalisations diverses, souvent à tirages limités, dont les premières pièces remontent aux lointaines années 1920.

Image de logonoir-introarticle-3 Saviez-vous que le premier cadeau fait à Lindbergh, lors de son arrivée au Bourget, en 1927, était une poupée fétiche d’ Alfred, célèbre pingouin compagnon de Zig & Puce, crée par Alain Saint-Ogan ? À l’aube des années 80, les produits se sont multipliés et sont devenus avec les figurines en résine ou en plomb, un marché florissant. C’est à l’une de ces « aventures » para-BD que vous êtes invités…

Il y a bien longtemps, en l’an 1977, de la rencontre de Marie Leblon et Eric Delienne, le sculpteur et l’entrepreneur, naquit la belle aventure Leblon-Delienne . Leur expérience initiale les oriente vers la fabrication de jouets artisanaux et la confection de marionnettes en bois. Le premier contrat de licence avec les ayant droits d’ Hergé est signé en 1983. Au cours de l’année 1986, Marie Leblon donne vie à ses premières sculptures et 1987 marque l’apparition et le lancement commercial de statuettes en résine liées aux aventures de Tintin .

Deux années plus tard, l’entreprise Leblon-Delienne est lancée telle que nous la connaissons encore aujourd’hui… Les créations ne cesseront de s’élargir régulièrement aux autres héros et héroïnes de la bande dessinée. Le plus célèbre des petits Gaulois, Astérix, fera son apparition en 1991 et la collection ne cesse encore aujourd’hui de s’étoffer.

À l’aube de l’année 2007, Leblon-Delienne modifie son actionnariat. Eric Delienne cède son entreprise. En février, après trois mois de prise de contact et découverte de l’entité, Laurent Buob en devient le P-DG. Passionné de bandes dessinées, Laurent Buob apporte, par son expérience au sein de LVMH, ses compétences en management et distribution, notamment à l’international. S’appuyant sur une équipe rajeunie et une restructuration de sa politique commerciale, la PME Leblon-Delienne prend un nouvel essor et s’ouvre aux marchés du futur.

laurentbuob-photointerview-2Des défis techniques et artistiques de cette aventure toujours en mouvement, qui mieux que son PDG pouvait nous en apporter l’éclairage. Ainsi, Laurent Buob a bien voulu nous accorder une interview exclusive pour vous en apprendre bien plus…

Pourriez-vous nous révéler ce qui vous a décidé à prendre les rênes de Leblon-Delienne en 2007 ?

Je suis avant tout un passionné de bandes dessinées et notamment les héros de la BD franco-belge qui ont stimulé mon imaginaire depuis mon enfance. Je suis également très intéressé par le mobilier design et l’art contemporain. J’ai trouvé mes 2 passions réunies chez Leblon-Delienne .

En tant que passionné de bandes dessinées, quels sont vos albums et dessinateurs préférés ?

Au niveau esthétique, je suis un inconditionnel de la Ligne Claire, Hergé, Ted Benoit, Joost Swarte mais aussi l’esthétique d’ Yves Chaland, Serge Clerc ou de Daniel Torres . Au niveau scénario, j’apprécie l’humour de Goscinny, Franquin et celui de Yann et Conrad .

Image de obelix
L’entreprise Leblon-Delienne est devenue une référence européenne sur le marché des statuettes issues du monde de la bande dessinée. Aujourd’hui, combien de personnes travaillent-elles pour Ld ?

Une quarantaine de personnes dont une majorité d’artistes sculpteurs, ponceurs, peintres.

Depuis quelques années, les collections, au-delà du para-BD, se sont ouvertes aux « global-icons » ( Barbapapa, Vache qui rit & Playmobils ). Dans la gamme Ld, quelle est leur part ?

Le marché de la statuette franco-belge s’adresse à des collectionneurs passionnés de BD et reste un marché de niche. Les licences que vous mentionnez touchent un public beaucoup plus large à travers des objets ludiques et fonctionnels et recèlent un potentiel important.

Intéressons-nous au cheminement créatif et technique. Au sein de Leblon-Delienne, qui décide du choix d’un personnage à modéliser et selon quels critères ?

Nous nous sommes entourés d’experts leaders d’opinion, revendeurs, ayant-droits, collectionneurs passionnés avec lesquels nous échangeons régulièrement avant de décider en interne.

Pour une identification par l’acheteur, l’attitude ou la posture d’un sujet à modéliser doivent-elles être en référence directe avec la case d’un album ?

Notre priorité est la pertinence de la posture par rapport au caractère du personnage ou à son univers. Elle peut correspondre à une case de BD qui l’incarne, mais parfois nous choisissons de faire appel à notre interprétation.

Une fois le choix du personnage et de l’attitude définie, quelles sont les étapes successives quant à la conception de la statuette ?

Une première validation de la licence, puis la sculpture avant approbation définitive par la licence.

Après livraison de leurs croquis, les dessinateurs ou ayants droit interviennent-ils ensuite ? Sont-ils décisionnaires finals pour le lancement et la commercialisation de la statuette ?

Selon les licences, le degré d’implication dans les étapes intermédiaires de plastiline, prototype monochrome, prototype couleur est variable.

Si le trait « Ligne Claire » semble adapté à la mise en volume, à quelles difficultés particulières vous heurtez-vous pour passer de la 2D à la 3D d’un Corto Maltese ou d’un Lanfeust de Troy ?

En 2D beaucoup d’éléments sont suggérés et même souvent ne sont pas visibles. En 3D, chaque élément est représenté intégralement en volume, d’où un travail complémentaire conséquent. La 3D demande une faculté d’interprétation importante. La tête bien souvent est représentée par une forme « boule » dans la case, alors qu’en 3D cette boule ne rendrait rien, il faut donc reprendre la tête et l’ovaliser comme un visage humain pour lui donner une apparence réelle.

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Dans le secteur du para-BD, lorsque l’on parle de droits d’utilisation, l’on utilise le terme « Licence », que définit-il ?

Le droit de développer de façon exclusive des produits d’une licence dans certaines catégories (figurines, lampes.) pendant une période de x années.

Parmi les centaines de statuettes siglées « Ld », lesquelles vous ont donné le plus de satisfaction ?

Chaque statuette a son histoire et un peu comme pour nos enfants, il est impossible d’en choisir une plutôt qu’une autre, on les aime toutes.

Laquelle ou lesquelles sont vos plus belles réussites ?

Ce qui me passionne c’est de pousser toujours plus loin notre domaine de compétence et d’expertise. Dans les pièces récentes, Lanfeust où nous avons su adapter le style Leblon-Delienne à un univers héroïque fantastique plus agressif, l’ Obélix à l’échelle 1 par sa taille un peu enrobée.

Parmi toutes celles réalisées, anciennes ou récentes, lesquelles ont été les plus ardues à finaliser, pour quelles raisons ?

Lanfeust dont la sculpture a demandé plus de 1000 heures de travail en collaboration étroite avec Didier Tarquin, suivi d’une fabrication minutieuse et complexe compte tenue du niveau de détail et de ses 70cm d’envergure.

Quelles sont les pièces qui ont eu le plus de succès, celles qui ont été les plus rapidement épuisées ?

obEn 2008, la scène des Schtroumpfs gourmandise épuisée en quelques mois. Cette année, il semble que ce soit l’ Obélix échelle 1 Club passion signé par Uderzo, qui si les réservations sont confirmées, est épuisé.

En nombre de pièces, quelle est la production annuelle de Leblon-Delienne ?

Entre un Lanfeust et un Caliméro le nombre de pièces ne veut pas dire grand-chose, on réalise une vingtaine de créations par an dans notre atelier Leblon-Delienne .

Depuis peu, la collection Grandeur nature a été lancée. Excepté leur taille, quelles seront les spécificités et périodicités des pièces à venir ?

Je rêve d’un univers où nous pourrions être entourés de dizaines de nos héros à taille réelle. Cependant, chaque projet à l’échelle 1 représente un investissement important pour Leblon-Delienne qui nécessite des ventes suffisantes pour l’amortir. C’est le succès de nos pièces auprès des revendeurs et des collectionneurs qui décidera de leur fréquence de lancement.

Par le succès du manga et de ses manifestations dédiées, Leblon-Delienne va-t-il diversifier et augmenter les licences sur cet univers ?

Nous avons d’excellents retours qualitatifs sur nos créations perçues comme la référence haut de gamme en manga ce qui nous incite à en étudier d’autres. Cependant, ce marché reste un marché de niche, car les acheteurs sont plus jeunes et n’ont pas le même pouvoir d’achat, on sera sélectif.

Si ce n’est totalement Top Secret, Mr Buob… Quel est le sujet actuellement à l’étude ou les prochaines pièces de collection de chez Leblon-Delienne ? Un indice ?

Une sculpture d’art contemporain à l’échelle 1 directement tirée de l’univers de l’un des grands maîtres de la bande dessinée franco-belge.

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4 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 14 septembre 2009
    poupendol a écrit :

    La production de Marie Lebon -Delienne m’a toujours enthousiasmée et fascinée. Je viens de lire passionnément cet article mais reste un peu sur ma faim. Aucune allusion à notre célèbre Bécassine nationale qui fait partie, elle, du patrimoine français. Pour ses réalisations, Marie et l’entreprise ont dû savoir ce qu’il leur en coûtait……. dommage, c’est pourtant notamment avec cette petite héroïne que Marie s’est surtout fait connaître et aussi grâce à Tintin. Là non plus, pas un mot…et pour cause ! Ah ! Moulinsart ! Mais c’est un autre sujet et un autre monde…….
    H. B-P

  2. 2
    Philippe Bédague
    le Mercredi 23 septembre 2009
    Philippe a écrit :

    Eh oui !! Vaste sujet que la main-mise de Moulinsart sur l’oeuvre Hergéenne. Pour ce qui est de la petite faim laissé par l’article, par choix, je ne le voulais trop long et ne pouvais ainsi relater plus en détail. Désolé :) J’aurai aimé avoir Marie Leblon en interview mais…

  3. 3
    le Dimanche 15 avril 2012
    eric delienne a écrit :

    Cessons de parler d’Eric Delienne.
    Seule Marie Leblon a du talent !

  4. 4
    le Jeudi 16 octobre 2014
    Diane a écrit :

    Tiens, cet article fait joyeusement l’impasse sur la double numérotation de certaines collections, les salariés sous-payés, ceux licenciés abusivement…
    On ne parle pas non plus du POURQUOI Madame Leblon et Monsieur Delienne on revendu leur affaire et pourquoi elle ne sculpte plus? Qui sculpte aujourd’hui d’ailleurs?
    Bref, ceci n’est pas un article, mais une publicité.

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