« Le Cochon de Gaza » ou comment (dé)faire le mur

par |
Pour la soirée de clôture de la quinzaine spéciale Ciné-Palestine au cinéma les Arcades d’Alès, il y avait beaucoup de monde pour assister à la projection du film de Sylvain Estibal, « Le Cochon de Gaza ». Nouveau film abordant le conflit israélo-palestinien, il poste l'éternelle question : « Peut-on rire de tout ? » en y répondant clairement par l'affirmative.

Image de

Le réalisateur français Sylvain Estibal nous offre là son premier film et il a choisi un thème délicat à aborder : le conflit israélo-palestinien en guise de comédie décalée. Quitte ou double pour un sujet complexe qui peut vite se transformer en pente raide… Pourtant ce long-métrage teinté d’un humour assez caricatural s’avère être finement ficelé. Si le début de l’histoire peut paraître tiré par les cheveux, l’auto-dérision restera le maître mot du scénario. Imaginez un pauvre pêcheur de Gaza, Jafaar, qui face aux restrictions israéliennes ne peut s’éloigner de plus de 4 km des côtes. Remontant dans ses filets plus de détritus que de poissons, voilà qu’un beau jour il repêche un porc vietnamien… vivant.

Alternant tous les genres, l’absurde côtoie l’aspect dramatique du conflit : Jafaar, en essayant de tirer profit de son porc, rencontre une  jeune juive russe d’une colonie israélienne intéressée par la revente de la semence du cochon contre une poignée de billets. La gestuelle du personnage (Sasson Gabai l’interprète admirablement) et les plans machiavéliques qu’il invente pour ne pas attirer l’attention des gardes apportent une dose comique supplémentaire. Mais le ton change brusquement lorsque ce commerce est vu comme une trahison : jamais très loin, le conflit n’est jamais dénigré, bien au contraire, mais il est traité comme une farce. Ce film, très humaniste, illustre l’une des facultés premières de l’Homme : la parole, le commerce ou les petits plaisirs de la vie, comme prétextes pour se rapprocher, à l’instar de ce soldat posté sur la maison de Jafaar et qui descend regarder un feuilleton à la télévision avec sa femme.

Truffé de bouffonneries, le scénario place avec intelligence des métaphores sur la situation politique et s’empresse de créer un nouveau genre de martyr : vivant après l’attentat, ce dernier devient un héros et peut signer des autographes ! Peut-être un peu trop simplet et parfois loin de la réalité, c’est la seule critique qui pourrait être adressée à ce film, à la limite de la fable et de l’utopie. Car si le dialogue entre les Hommes peur faire beaucoup, beaucoup des grandes décisions sont essentiellement dans les mains des pouvoirs et des intérêts politiques. Pourtant, c’est indéniablement le genre de film que l’on a envie de défendre, car il est avant tout porteur d’espoir.

Prendre à contre-pied les idées reçues avec un cochon à Gaza, le pari était risqué. Mais Sylvain Estibal le réussit haut la main. Et en hissant l’étendard pacifiste, le jeune soldat israélien résume très justement la morale de ce film en lançant à la femme de Jafaar : « Si de pauvres malheureux comme eux s’en sortent, pourquoi pas nous ? ».

Partager !

En savoir +

Film : Le Cochon de Gaza
Sortie : 21 septembre 2011
Réalisateur : Sylvain Estibal
Long-métrage : français, belge et allemand
Genre : Comédie
Durée : 1h39
Avec : Sasson Gabai (Jafaar), Baya Belal (Fatima), Myriam Tekaïa (Yelena)

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article