Japan Expo 2009 : de grandes rencontres en perspective…

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Alors que se profile la plus grosse manifestation française autour de la culture manga, nous ne pouvions faire autrement que vous présenter quelques uns des invités les plus marquants de la Japan Expo cru 2009.

Si l’une des têtes d’affiche les plus attendues, Aï Yazawa, auteur adulé de Nana, a finalement dû décliner l’invitation pour des raisons de santé, 2009 restera malgré tout une excellente année en termes de rencontres: seront présents, entre autres, les quatre filles du studio CLAMP ( X, Tsubasa reservoir chronicles, XXX holic .), Natsuki Takaya ( Fruits Basket ), Tetsuo Hara ( Hokuto no Ken, Keiji ) et Benjamin ( Remember ).

Commençons par notre coup de coeur, le Chinois Benjamin . Révélation et fer de lance de la maison Xiao Pan, Benjamin est un jeune artiste de la très récente BD chinoise. Peintre de formation académique, il s’est lancé assez tôt dans la narration graphique, avec des oeuvres très abouties au dessin remarquable et aux couleurs fortes. Remember, le premier opus publié chez l’éditeur occitan, est aussi son chef-d’oeuvre pour le moment. On y suit la rencontre de deux jeunes bédéistes chinois (la part autobiographique est difficile à cerner, mais bien présente) qui, confrontés aux difficultés, aux choix et aux nécessaires renoncements qu’imposent un régime politique particulier et une société aux codes rigides, s’aiment et se déchirent. Les couleurs très froides qui dominent renforcent d’une profondeur glaciale la narration au scalpel. Suivie d’une autre nouvelle, également sur la condition des artistes chinois, Remember est complétée par une galerie d’illustrations remarquablement fournie et des commentaires de l’auteur qui permettent d’en cerner un peu plus la personnalité et les motivations.

01_hdAux antipodes de ce courant très novateur, propre à la bande dessinée chinoise, Tetsuo Hara est un des grands noms du manga japonais « classique ». Ses oeuvres sombres et violentes sont destinées à un public adulte, comme l’a largement démontré le tollé autour de la diffusion de l’anime Ken le survivant adapté de son oeuvre majeure, Hokuto no Ken . Initialement diffusée sur une plage nocturne au Japon, la série animée se trouve proposée le mercredi après-midi sur les petits écrans français par le Club Dorothée à partir de septembre 1988. Largement inspirée de Mad Max, cette série n’est pourtant évidemment pas destinée à tous les publics : les corps déchiquetés qui abondent dans l’anime ne pouvaient que heurter la sensibilité des plus jeunes, et surtout de leurs parents qui obtiendront l’arrêt de la diffusion avant le terme de la série. Le manga, quant à lui, après une première parution catastrophique chez J’ai lu, fait actuellement l’objet d’une nouvelle édition chez Asuka beaucoup plus fidèle à l’original. Il serait dommage de s’arrêter à la violence de l’oeuvre, rendue nécessaire par le propos central lui-même : dans un monde postapocalyptique, les hommes revenus aux instincts les plus primaires se battent pour leur survie. Au milieu du chaos, une figure charismatique va se lever en la personne de Ken. Très loin du manichéisme de la version française de l’anime, le manga développe toute une réflexion sur ce qui définit la quintessence de la nature humaine lorsque l’homme est confronté au pire. Outre l’intérêt du récit, il est également servi par un graphisme très soigné, dû aux problèmes de vue de l’auteur qui l’obligeaient à retravailler chacune de ses planches pour compenser les erreurs d’origine.

image_319Après le réalisme social et la science-fiction analytique, place au shôjo, manga pour filles aux saveurs de rose et de guimauve. en apparence au moins. À première vue , Fruits basket est une bluette sentimentale comme il y en a tant, où une jeune fille un peu niaise est confrontée à des circonstances difficiles et soutenue par des garçons un peu froids, mais bien présents. Rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est que lesdits garçons sont frappés d’une malédiction qui les fait se transformer en animaux du zodiaque chinois dès qu’ils entrent en contact physique avec une fille. En deux tomes, Natsuki Takaya pose le décor d’un manga qui en compte23 au total et qui dépasse de très loin les codes classiques du shôjo pour se ranger dans les oeuvres cultes, lisibles par tous les publics. Mine de rien, elle interroge, à travers un contexte fantastique un brin farfelu, la question fondamentale de l’éveil de la sexualité, des chaînes parentales qui nous en éloignent et de la prise d’autonomie et de liberté, nécessairement difficile et douloureuse, que constitue le passage à l’âge adulte. Si le graphisme peut paraître simplissime, pour ne pas dire simpliste, il a le mérite de permettre une réelle évolution des personnages au fil des tomes, transformant en adultes les quasi-enfants du début avec une subtilité remarquable. Touchante, émouvante, drôle, dynamique, riche en action et en rebondissements, cette série nous fait passer par toute la gamme des émotions et peut ainsi être lue par tous les publics avec un égal plaisir. Une des belles réussites d’Akata, le label mangas de Delcourt.

fruits_basket_01-310_500Et pour clore ce long article, le studio CLAMP, qui fera l’objet d’une exposition dans les bibliothèques de la ville de Paris, du 3 juillet au 27 septembre, en parallèle de leur venue à la Japan Expo. Est-il encore besoin de présenter ces reines du manga, auteurs prolixes dont chaque série est culte ? Touche-à-tout de génie, elles excellent aussi bien dans le shôjo que le shônen, dans les oeuvres pour les plus jeunes que pour les adultes. De Card Captor Sakura à Tsubasa Reservoir Chronicles, de X à Chobits, de RG Veda à XXX Holic, elles dessinent un univers étrange, parfois amusant, parfois inquiétant, mais toujours emprunt de poésie et de complexité. Certaines de leurs oeuvres se font écho, enrichissant le propos par une mise en perspective des plus intéressantes. En filigrane se pose toujours la question de la liberté individuelle et de la destinée, de la part que chaque humain prend dans le cours des choses. Le dessin, principalement assumé par Mokona, parfois relayée par Nekoi Tsubaki, varie fortement d’une oeuvre à l’autre, pouvant aller d’un style extrêmement épuré ( Trèfle, Chobits ) à une minutie dans le détail qui rend les décors très chargés ( RG Veda, X ). L’oeuvre qui réalise le plus grand équilibre entre les deux tendances est XXX Holic, qui allie la finesse de tracés précis à un souci du détail quasi maniaque. On voit ainsi la devineresse Yûko parée des plus somptueuses tenues au-dessus desquelles flotte un visage très pur, simple et gracieux comme un lys. Ce soucie du dessin explique le rythme de parution plus lent de cette série, toujours en cours, par rapport à d’autres (le studio a l’habitude de travailler sur plusieurs projets en parallèle).

big_image_2649Vous l’aurez compris, ce qu’on en commun les auteurs présentés ici, c’est une universalité, une capacité à parler à tous les publics, à des niveaux différents, par la qualité de leurs oeuvres, ce qu’elles renferment d’intelligence et de subtilité. Alors n’hésitez pas à aller les rencontrer : les venues d’auteurs japonais en France sont rarissimes, en raison des coûts exorbitants, évidemment, mais surtout des rythmes frénétiques de travail qu’imposent les modes de production du manga au Japon.

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A propos de l'auteur

Image de : Née à la fin de l'automne 1974, j'ai gardé de mes débuts dans la vie une aversion certaine du froid et une tendance très prononcée à l'hibernation : mon passe-temps favori est la lecture paresseuse, sous un plaid, avec une grosse théière fumante à portée de main. Littéraire de formation, bibliothécaire de métier, c'est tout naturellement dans la rubriques "Livres" que vous me croiserez... Romans, SF, Fantasy, BD, mangas, tout est bon, du moment qu'il y a du texte et / ou de l'image à dévorer :-)

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