It’s a free World!

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Après la parenthèse historique "Le Vent se lève" - parenthèse tout de même Palme d'Or à Cannes 2006 -, Ken Loach retrouve son grand Amour : la lutte des classes

 » Day-jah-voo « ? Pas vraiment. Cette fois, le point de vue est différent : on voit ce « free world » à travers les yeux d’un patron. Ou plus exactement, d’une patronne.

freeworld-2 Angie, 33 ans, bosse pour une agence de recrutement londonienne qui fait dans l’immigré polonais. C’est simple. On se pointe dans un pays d’Europe de l’est, on installe son enseigne dans une quelconque salle immense, et l’on y entasse les demandeurs d’emplois prêts à tout. Moyennant une jolie somme, ils se font promettre, l’un après l’autre, un boulot… pourrave et loin d’être sûr. Et c’est comme ça qu’une institutrice en Pologne devient jeune fille au pair en Angleterre…

Angie, virée pour « mauvais comportement en public » – on rit jaune en voyant les circonstances qui mènent à son licenciement -, se dit qu’elle en a plus que marre des ordres de ses patrons véreux et qu’elle ferait tout aussi bien de devenir son propre chef. Ainsi avec sa colocataire, Rose, elle va fonder Angie & Rose Recrutment avec la ferme intention d’être la seule à tenir les rênes.

Mais un autre facteur va entrer en jeu. Un facteur qui la dépassera très vite : les chiens ne font pas des chats, et malheureusement elle a été à très bonne école pour devenir à son tour un vrai petit tyran égoïste.

Je vous entends d’ici… « C’est quoi le message, alors ? Tout le monde il est vilain ? ». Non. À mon sens, ça serait plutôt : « Ok, certains patrons font des choses pas cool, mais peut-être bien que parfois, les circonstances sont atténuantes. »

Ce que fait Angie dans ses accès d’égoïsme n’a rien de reluisant et n’est certainement pas excusable. Malgré tout dans le film, rien ne la diabolise. La vraie salope, qui paie ses ouvriers au lance-pierre, les traite comme du bétail et se fait du fric sur le dos de pauvres immigrés qui ne parlent pas un mot d’anglais, ce monstre-là, est human, after all . Elle a un fils, qu’elle délaisse un peu mais qu’il lui faut reconquérir.

Angie veut juste à son tour, réussir un peu sa vie. Pour une fois. Et tant pis si son bonheur doit faire le malheur de beaucoup d’autres. Tant pis si pour l’atteindre, elle doit rentrer dans un système immonde qui l’avalera tout entière.

Courageuse ou complètement folle ? Bourreau ou victime ? Angie est un personnage à l’ambivalence qui laisse perplexe et parfois fout les jetons. La plupart du temps, ses actions, incompréhensibles pour le spectateur naïvement généreux, accentuent l’injustice des relations patron/ouvrier, dominant/dominé, exploiteur/exploité, surtout dans l’esprit documentaire qui anime la réalisation.

Une certaine admiration naît alors pour Kierston Wareing (Angie), qui incarne avec un grand naturel cette femme parfois détestable, parfois pitoyable. Au passage, V.O. obligatoire pour savourer son délicieux accent. Ce film n’est que son premier, mais elle semble posséder l’assurance nécessaire pour de biens beaux rôles. À suivre !

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Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

5 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 17 janvier 2008
    PaD a écrit :

    Un vrai film polémique donc (du Ken Loach, quoi !), le concept de l’exploité devenant exploiteur me semble tres interessant. Cela dit la pente du « les patrons ont parfois pas le choix d’etre des salauds » me semble tres glissante (on dirait les patrons de EADS ou Salomon, capitaliste va ! ). En tout cas ca donne envie de le voir pour se faire une idée !

  2. 2
    VIOLHAINE
    le Jeudi 17 janvier 2008
    VIOLHAINE a écrit :

    Ben oui, c’est un film un peu sur la brèche, on ne sait jamais trop qui plaindre et qui blâmer…

    Par contre Angie a carrément le choix ! Du moins au début ! D’ailleurs sa copine joue le rôle de bonne conscience mais elle ne l’écoute pas.

    Elle fait ses propres choix, ce que Ken Loach montre c’est simplement qu’il y a des circonstances particulières à ces choix.
    Je sais pas si la nuance est évidente ?

  3. 3
    Fabien
    le Jeudi 17 janvier 2008
    fab a écrit :

    Le personnage d’angie est interessant, pour son ambivalance bien sur mais aussi parceque de memoir c’est la premiere heroine de ken loach. (belle perf d’ailleur)
    Sinon decu.
    A noter deux scene absolument atroce. L’une ou elle acueille la famille iranienne et la discussion avec son pere quand elle cause du national front.
    C’est a ce moment que Loach est mauvais, il explique une situation complexe avec ses gros doigt. Des procedé deja present lors de la palme d’or. Ce qui me fais dire qu’il est en perte de vitesse.

  4. 4
    VIOLHAINE
    le Vendredi 18 janvier 2008
    VIOLHAINE a écrit :

    C’est a ce moment que Loach est mauvais, il explique une situation complexe avec ses gros doigt.

    Oui je vois ce que tu veux dire ! Je n’y ai pas prêté attention, mais c’est vrai qu’en plus la discussion sur le national front n’est pas forcément indispensable à l’histoire, alors plutôt que de l’évoquer hypersuccintement, il aurait peut-être mieux fait de s’abstenir…

  5. 5
    Fabien
    le Dimanche 20 janvier 2008
    fab a écrit :

    Ah et un dernier truc et apres j’arrete.
    Ken Loach est tres bon quand il film l’angleterre moderne, son angleterre, celle de la pauvreter loin des cliché rock-star-foot-drogue. Celle des navigators, sweet sixteen et ici aussi.
    Voilà

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