Il e(s)t elle – Pascal Pacaly

par Arno Mothra|
Avant la parution récente des éblouissants Rock Stories I et II, Pascal Pacaly nous livrait déjà sa prose dantesque à travers son premier recueil de poèmes, Il e(s)t elle .

Image de pacaly-3 Il e(s)t elle est un classique de la littérature sorti en 2007. Ce livre n’ayant pas bénéficié, contrairement aux autres, d’une ubiquité étourdissante, Discordance se donne la joie de vous en communiquer les échos. Car cet ouvrage est une oeuvre d’art. Tout interpelle : des jeux de mots subtils et alambiqués ( Coma toi, coma en toi ), des rimes époustouflantes (« Coma toi, coma en toi, Un doigt pointé sur toi »), des sujets variés et audacieux comme en atteste le titre des poèmes ( Goth, Indogirl, Glam, Un 69, Ta première fois, Indoboy, Le baiser gay ). Pascal Pacaly nous prouve avec grâce que Bill de Tokio Hotel ou, mieux, les Hanson n’ont strictement rien inventé. A ceci près que le poète, lui, nous offre davantage sa vision passionnelle du spleen et de la vraie décadence (dans Goth : « Goth, le sexe ce n’est pas que ça, Ouvre la bouche et tu verras, Ecarte et tu sauras . » Alors là, fallait oser ; en une seule phrase, Pascal Pacaly va plus loin que tous les volumes de Martine réunis. Chapeau l’artiste).

L’Everest de la poésie prend des allures d’Essai philosophique quand vient Sade, un poème ludique et majestueux dont voici un extrait :

Sade est un lubrique / Sade est un tragique / Le doigt sur le sexe / Les lèvres à l’index / Oh, ton monde est anobli / Un peu beaucoup sali / Du côté buccal / Du pervers animal / Pour des histoires bancales / Un peu trop anales / Oui, ta philosophie / Est con-génitale

Quel chef-d’oeuvre d’envergure ! D’une subversion absolument démentielle, Pascal Pacaly loge en quelques mots, choisis avec brio et volupté, le personnage complexe du Marquis de Sade avec toute la grandeur à laquelle aucun biographe ne se sera jamais accommodé. Brillant.

Bien sûr sous cette dérision un brin accusatrice, nous ne jouerons pas la mauvaise foi en affirmant qu’ Il e(s)t elle ne vaut rien, puisque l’écrit-vain nous livre tout de même de véritables monuments littéraires, tel Ta fin, que nous vous retranscrivons en intégralité ci-après : « Suicide par overdose – Stop – Le bonbon est mort – Stop » Décidément, ce recueil se révèle au lecteur comme une fourmilière de textes novateurs, dérangeants mais profondément percutants, voire introspectifs.

En clair, nous sommes très heureux de savoir que Pascal Pacaly aime les pisseuses, les crucifix et tremper son biscuit. Cependant, il ne lui était pas nécessaire de retranscrire ses thèmes de prédilection sur papier : nos gogues en sont déjà suffisamment remplis. Quoiqu’il en soit, la première oeuvre poétique du fils caché de Christine Angot devrait à n’en point douter rivaliser avec Alcools d’ Apollinaire .

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Il e(s)t elle, Pascal Pacaly, Editions les 2 encres, 12 euro (quand même !)

13 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 22 mars 2009
    Dahlia a écrit :

    La vache tu y as pas été de main morte ;) Kyra lui avait taillé un sacré costard aussi en son temps:

    http://www.discordance.fr/Histoire-s-de-mon-groupe-de,367.html

  2. 2
    VIOLHAINE
    le Dimanche 22 mars 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    Mouais… Je me suis toujours demandé s’il ne valait pas mieux NE PAS en parler du tout en fait… Parfois la meilleure réponse est l’ignorance…

  3. 3
    Stv
    le Lundi 23 mars 2009
    Stv a écrit :

    Moi j’avoue avoir toujours été perplexe par le culte qu’il suscite sur myspace par rapport à la piètre qualité des textes que j’ai pu lire de lui. J’en était presque arrivé à me demander si ce n’était pas moi qui ne comprenais plus rien à la littérature. Mais non heureusement cette chronique me rassure !

  4. 4
    Stedim
    le Lundi 23 mars 2009
    Stedim a écrit :

    Et si, comme la plupart des génies avant lui, il était totalement incompris ?

    (oh rangez les guns ! joke !)

    Perso, il m’est arrivé de « collaborer » avec le suspect sur de l’événementiel. On ne m’y reprendra pas.

  5. 5
    le Lundi 23 mars 2009
    Dahlia a écrit :

    Piquée par la curiosité, je me suis baladée sur son MySpace, son site et son skyblog (merde il a un putain de skyblog!!! Comme tout wesh ou goth qui se respecte vous me direz)… C’est… Y a pas de mots pour décrire ce que je ressens. Désolée, peut-être? :)

  6. 6
    le Jeudi 26 mars 2009
    kyra a écrit :

    Ouais… Le simple fait de lire son nom me donne la gerbe. Pas très rationnel, j’en conviens. Difficile d’ignorer un tel symptôme cela dit. Alors en parler, pourquoi pas. Si ça permet d’égratigner la couche de vernis qui enrobe ce personnage, et de se faire plaisir au passage… deux doigts au fond de la gorge.

    Bel écrit Arno ;)

  7. 7
    le Mercredi 1 avril 2009
    Eymeric a écrit :

    « Moi j’avoue avoir toujours été perplexe par le culte qu’il suscite sur myspace » Je pense qu’on peut se poser la même question que pour le culte de Tokio Hotel… Je pense que c’est le côté sombre et adolescente de sa « poésie » qui plait tant et qui surfe sur des lieux communs et clichés dans lesquels certains aiment à se retrouver tout en pensant paradoxalement que ces lieux communs sont en contre-pied avec la société: sexe, homosexualité, suicide…etc d’où la sensation peut-être pour les lecteurs d’atteindre une certaine part d’ombre excitante en lisant ses textes. Alors qu’en réalité, ces textes ne sont pas du tout dérangeants, ils aiment à le faire croire… Après je ne comprends pas comment on peut s’exstasier devant un fond et une forme aussi pauvre, je suis plus tenté de rire en voyant une rime riche constituée de la répétition de « toi » trois fois en fin de vers… Mais je reprend vite mon sérieux et un ton plus grave quand je vois des écrivains bien plus talentueux ne pas bénéficier d’un tel public car ne prostituant pas leurs piètres talents à des thèmes vendeurs…

  8. 8
    le Mercredi 1 avril 2009
    kyra a écrit :

    Ce mec n’a aucun talent si ce n’est celui d’exploiter effectivement les thèmes qui parlent à ceux en recherche d’identité (sexuelle en particulier). Il suffit de surfer sur les skyblogs and co de cette « communauté » pour s’en rendre compte. Comme par hasard on retrouve les fans d’Indochine, Farmer etc… eux aussi ont trouvé le filon pour s’assurer une bonne part de leur public. Jouer sur l’ambiguïté, les aspirations suicidaires, flirter avec l’interdit… les ingrédients sont là, y’a plus qu’à ramasser. Je me demande si Pacaly va changer de registre dans une dizaine d’années (soit quand il aura une quarantaine d’années bien tassées), sinon, quand on voit ce qu’Indochine ou Farmer nous resservent, y’a peut-être pas trop d’espoir : toujours la même soupe, les mêmes thèmes, des sonorités différentes (merci les progrès de la technique), un visuel qui tente de faire oublier le reste cad un fond toujours aussi pauvre. Bref, on pourrait crever et se réveiller 50 ans plus tard, on aurait droit à la même rengaine. Alors si ça plait, tant mieux, mais franchement tous les cultes de la personnalité que l’on peut prêter à ces personnes me semblent disproportionnés et un tantinet ridicules.

    Cheers.

  9. 9
    le Mercredi 1 avril 2009
    Arno a écrit :

    Mouais, dans ce cas c’est pareil pour tout le monde. Non ?

    Je ne suis d’accord ni pour Farmer ni pour Indo ; il suffit d’écouter un album comme « Ainsi soit Je » puis « Point de suture », faudra qu’on m’explique le lien par exemple. Indochine pareil. Ne pas confondre avec ce que le grand public bouffe à outrance de ses deux artistes. A l’instar de Manson et Bowie, Indochine n’a jamais sorti deux fois le même disque, tout en préservant ses thèmes de prédilection.

    Ton amalgame avec Pacaly bof bof, faut pas oublier quand même que Mylène Farmer et Indochine ont lancé ses sujets en France dans un contexte extrêmement tabou. A l’époque, c’était politique. Maintenant beaucoup moins on est d’accord :) ) En même temps, vers quoi veux-tu te tourner après 30 ans de carrière ? Honnêtement ? Au contraire je trouve ça honnête. Et Pacaly n’a rien à voir : sa « poésie » se limite à des pucelles qui se font plaisir avec les doigts… Et niveau qualité d’écriture, toujours les mêmes mots, les mêmes plagiats, la même niaiserie etc. Et ce type est un opportuniste, assez putassier ; je me souviens d’un mail qu’il m’avait envoyé. Franchement lamentable (et incomparable !)

    Je suis pas vraiment d’accord car sinon mets tous les artistes dans le même panier : ceux qui modifient complètement leur ligne de conduite sont des pu*es (Madonna…) et n’ont strictement aucun intérêt. Les plus grands artistes se répètent, et heureusement car ça montre (pour ma part) une sincérité évidente dans le discours et la démarche. J’imagine mal ACDC faire du Vegastar par exemple… :) ) Il y a parfois du pain facile, mais c’est loin de constituer l’ensemble de l’oeuvre, ou alors je ne comprends pas le fonctionnement.

    Quant à Mylène Farmer, et on peut le voir sur ses ventes de disques, elle n’entreprend strictement rien pour racoler auprès du grand public, ni pour garder ses propres fans (évolution des clips etc). Je regrette juste le prix de ses places de concerts, qui ont beau être époustouflants (je me réfère personnellement aux deux dernières tournées, mémorables en tous points), faut pas déconner non plus. 60€ en fosse, ça fait mal au cul !

    Je comprends pas ton discours de culte de la personnalité. On peut aimer ces artistes sans les déifier, non ? Des fans de Farmer et d’Indo j’en cotoie depuis 15 ans, et ma foi je n’ai jamais vu de messe leur étant consacrée, pas plus que pour les autres. D’ailleurs on se rejoint tous les deux pour dire que Reznor est un Dieu de la musique, donc c’est le même principe, non ?

    Rah, tout ça pour Pacaly… c’est triste ! ;)

  10. 10
    le Mercredi 1 avril 2009
    Arno a écrit :

    @ Eymeric : Pour Tokio Hotel et compagnie c’est un peu différent, le phénomène venait d’un lavage de cerveau médiatique. Alors que si tu regardes Pacaly, ses deux premiers livres n’ont pas été médiatisés, mais ont remporté directement une adhésion d’une petite communauté (sur la toile).

    Après Pacaly, faut avouer que ce sont surtout ses éditeurs qui sont misérables, comme ceux de Christine Angot par exemple :) ) Des gens qui écrivent des coquilles vides, il y en a des milliers. Alors pourquoi avoir choisi ce type ? Peut-être parce qu’il a compris le truc : se servir de groupes réputés pour se bâtir une fan base.

    Il compte apparemment éditer un deuxième recueil de… arf ça fait mal sur le clavier… de… « poésie ». On lance les paris que ça ne fera pas beaucoup d’échos… ;)

  11. 11
    le Mercredi 1 avril 2009
    kyra a écrit :

    Je savais bien qu’en citant Indochine ou Farmer, tu allais réagir Arno :) Je constate juste que le public que cible Pacaly est également fan de ces « pointures ». Faut dire que le marché est juteux. Et le culte de la personnalité dont je fais allusion est bien l’affaire des fans, même si les artistes en question entretiennent le phénomène d’une façon ou d’une autre. Se répéter est peut-être une marque d’authenticité (ou un manque d’inspiration, oui ça arrive aussi) mais quand on voit grossir au fil des ans toute l’artillerie promotionnelle, commerciale, les prix des places etc etc etc je me pose des questions quant aux personnes qui nous vendent du rêve. Et ce au détriment de la qualité, désolée. Les clips de Mylène sont de très bonne facture, la mise en scène toujours époustouflante, mais le fond n’a pas évolué. Et quant à Indochine, je n’adhèrerai jamais à leur univers.

    Reznor n’est pas un dieu, juste un formidable cerveau… en perpétuel mouvement ; capable d’aller là où ne l’attend pas. Indochine et Farmer ne nous surprennent plus depuis longtemps. Mais c’est toujours difficile à entendre quand on les adule sans pour autant les déifier, je le conçois aisément.

    Cheers.

  12. 12
    le Jeudi 2 avril 2009
    Arno a écrit :

    « Je savais bien qu’en citant Indochine ou Farmer, tu allais réagir Arno »

    On se refait pas :) )

  13. 13
    le Vendredi 3 avril 2009
    elise a écrit :

    j’aime la poésie: savoir qu’il avait un my space je suis allée me promener…on ne sait que ressentir surtout ce type est un poisson froid qui se fait frissonner.
    Bon je n’aime pas cette écriture faites de samples pour faire du son est ce une écriture ouisans doute, elle ne se digère pas elle est programmée pour être une sueur, une régurgitation, privée d’émotion de préférence, un malaise un peu facile dont on guéri en devenant hélas adulte. Il reste peut etre ces impressions de fin de civilisation beaucoup de rien en ces petites choses, qui régurgitent avant d’avaler

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