How to make it in America : Amour, gloire et système D

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Un vent de fraicheur souffle sur les séries télé et impose une petite perle dans le haut du panier. Dans le coup, pour la sortie DVD, un petit papier s'imposait sur une fiction maîtrisée et immanquable, doublée d'une morale implacable : « be happy and just do it ».

Depuis quelques années, HBO la chaine câblée américaine s’est fait un point d’honneur à produire des séries télé de qualité toutes unies sous l’agitation d’une bannière particulière. En renouvelant les genres et les styles, l’ensemble de la production de la chaine dépeint avec une incroyable authenticité le portrait d’une certaine Amérique. Oz réduisait les USA à un microcosme de taulards, Six feet Under confrontait les minorités et les cultures dans un funérarium, Deadwood narrait la naissance de l’Amérique pervertie dans Boardwalk Empire et l’illustre The Wire décortiquait une à une les failles d’une société qui n’a rien du modèle American Way of life. Avec HBO, l’Amérique se conjugue à tous les temps et How to make it in America, première création de Ian Edelman, le fait au présent.

Image de How to make it in america New York, aujourd’hui : mégalopole cosmopolite où audace rime avec opportunité, où la grandeur se complaît dans la décadence, où la richesse et la soie côtoient les trottoirs de la misère et la crasse. Mais New York, c’est avant tout l’incarnation de l’American Dream, ce concept de réussite et de gloire made in USA, que cherchent à vivre les deux héros du programme. À force de glander sur leur canapé et voyant la trentaine arriver à grands pas, Ben et Cam, les deux idéalistes autour desquels s’articule la série, commencent sérieusement à s’inquiéter de leur avenir. C’est vrai que depuis l’enfance les deux branleurs ne se sont pas foulés, contribuant plus à la réussite de leurs potes qu’à la leur, et voir tout le monde s’émanciper et commencer sagement à se ranger professionnellement et sentimentalement ça a de quoi inquiéter. Surtout quand tout ce beau monde investit des postes à responsabilités et des lofts surdimensionnés alors que nos deux gaillards pointent au chômage et crèchent chez grand Ma ou dans un 30m2. D’accord les amis ne jugent pas, mais l’égo en prend un sacré coup. Alors que faire ? C’est simple : se sortir les doigts du C** et travailler.

Terminé le « bling-bling cul cul » pseudo branché pour femme moderne de Sex and City et place à une histoire haute en couleur et en légèreté qui s’ancre dans les milieux artistiques New-Yorkais. Bonjour le réalisme très emprunt à David Simon et préparez-vous à danser devant vos écrans télés. How to make it in America est une série qui a du style et du rythme, au sens propre comme au figuré. De galerie d’art en cabinet d’architecte, de soirée branchée en boite privée, de petit boulot en escroquerie, la série fait la part belle à une peinture sociale d’un New York qui justifie les fantasmes qu’elle engendre. La ville la plus cinématographique et télévisuelle du monde est un décor si riche et si complet que l’histoire que l’on nous propose est d’une teneur réaliste incroyable.

Certes, au début c’est un peu « tout le monde est beau, tout le monde est sexy, cool, riche et talentueux » (et la présence de Kid Cuti au casting n’arrange pas l’appréhension), mais on s’aperçoit très vite que la série c’est plutôt l’Art de la loose que les Feux de l’Amour. Tous les personnages ont beau avoir une belle gueule et du style à faire pâlir d’envie n’importe quel bobo parisien, le facteur sympathie qui se dégage de l’ensemble (surtout du duo de tête) est tellement drôle, frais et pimpant qu’on est enrôlé pendant les huit épisodes de la première saison. Ben et Cam, les deux héros donc, sont tellement gauches avec leur vie et leurs emmerdes qu’on en vient à douter de leur possible réussite dans le milieu de la mode, mais ils ont tellement de bonne volonté et de courage qu’on espère qu’une chose, c’est que ça marche. Bien déterminés à vivre leur rêve plutôt que de rêver leur vie, les deux loustics comprennent très vite que le business c’est aussi compliqué qu’une histoire de cœur et que si on veut que ça fonctionne faut savoir improviser.

Comme à l’accoutumée chez HBO, la part belle du programme est faite à ses personnages et à des situations qui frisent l’ordinaire et le banal, mais puisque tout ça est extrêmement bien interprété et composé, ce qui semble être un vide scénaristique s’avère être en réalité une savoureuse tranche du quotidien. Humour omniprésent, jamais de drame tire larme, la série affiche clairement son message : la vie est belle, mais pas toujours rose.

Un gros Big Up donc à cette série injustement passée inaperçue qui bénéficie d’un univers réaliste, sympathique et rafraichissant pour la peinture trop rare d’un New York enjoué. Si vous devenez addict (et il y a des chances), HBO a mis en ligne tout un site au service de cette ambiance, avec soundtrack, photos et vidéos qui ont influencés et inspirés cette première et prometteuse création du jeune showrunner Ian Edelman. So.

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En savoir +

Générique de How to make it in America : http://www.youtube.com/watch?v=cvfIGPiZL-g
How to make it in America
1 saison : 8*26min
Créée par Ian Edelman
Avec : Bryan Greenberg, Victor Rasuk, Luis Guzman
Saison 2 en octobre sur HBO

A propos de l'auteur

Image de : Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

2 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 20 octobre 2011
    Adrien B. a écrit :

    So fresh dude !!!

  2. 2
    Julia
    le Dimanche 23 octobre 2011
    Julia a écrit :

    A part quelques séquences qui, je l’espère, sont pensées au 2nd degré (des répliques de Rachel), on se laisse vraiment prendre au jeu. C’est assez jouissif de s’attendre à les voir se prendre les pieds dans le tapis alors que finalement ils ne s’en sortent pas si mal. Merci pour cet article :)

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