Entre Moralisme, Droit et Liberté, la prostitution ne sait plus à quel Saint se vouer

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Le plus vieux métier du monde est – depuis longtemps déjà mais particulièrement ces derniers jours - l'objet d'un vif débat entre le gouvernement et les différentes associations de Droit et de protection des Prostituées. Pour les uns l'objectif est de réprimer l'achat et la maltraitance du corps de la femme, pour les autres la priorité est de protéger, écouter et encadrer au mieux les prostituées afin de leur permettre d'exercer leur activité. Bref entre moralisme et liberté, la prostitution a le cul entre deux chaises.

Image de Pour quand la fin du tunnel ?

Le 13 avril dernier a été remis le rapport de la Mission Parlementaire contre la Prostitution et la Traite des personnes présidée par Danielle Bousquet, députée des Côtes-d’Armor. La principale mesure de ce rapport sera la pénalisation du client. L’objectif visé par cette mesure serait, selon Danielle Bousquet « de mettre les clients de la prostitution face à leurs responsabilités » et les sensibiliser sur le fait que par leur demande ils favorisent la traite de jeunes femmes, souvent victimes de réseaux mafieux.

À la fin du mois de mars dernier, la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale Roselyne Bachelot a salué cette initiative, d’autant plus qu’il s’agit là d’une solution qu’elle évoque depuis plusieurs années déjà.

Ce rapport couronne plusieurs mois de recherches et d’auditions de dizaines d’acteurs sociaux. En effet, la députée Danielle Bousquet a effectué un tour d’Europe de la Prostitution en ce rendant en Espagne, en Allemagne, en Suède et aux Pays-Bas, pays qui ont adopté des législations très différentes sur le sujet. Mais elle a aussi auditionné de nombreuses associations françaises qui militent depuis longtemps pour la protection et la liberté des prostituées.

Après avoir donc retourné le problème dans tous les sens et pris acte des résultats de toutes les auditions, le gouvernement a choisi de garder le cap des précédentes lois en punissant la demande. Le problème de la prostitution n’est pas attaqué de front, par le biais d’une interdiction, en revanche les moyens de mise en œuvre de cet acte continuent d’être réprimés. Grégoire Therry, porte-parole de l’association Le Mouvement du Nid, salue cette mesure de pénalisation de la demande. Il reconnaît que le discours a souvent été ambigu, mais « la pénalisation du client nous semble être une bonne solution. Il faut renverser la charge pénale et rendre le client responsable de ces actes. Il faut qu’il comprenne qu’il y a toujours une forme de violence dans la prostitution, car par l’argent il impose son désir. C’est une bataille qui a été gagnée ». Pour l’association, la mission parlementaire ne va pas assez loin, car elle ne remet pas en question le délit de racolage qui persécute les prostituées.

Isolement, précarisation, les associations avertissent

Toutes les associations ne partagent pas l’enthousiasme du Mouvement du Nid. Pour elles, cette annonce est la preuve que le gouvernement n’est pas à l’écoute de leurs revendications et de leurs propositions. « En faisant du moralisme, le gouvernement va encore aggraver la situation, nous avions déjà tiré la sonnette d’alarme en 2003 lors du vote de la loi contre le racolage en disant que la condition des prostituées en pâtirait, et le résultat est là, il y a un éloignement de la prostitution et un réel danger en matière de santé publique » s’indigne Maîtresse Gilda porte-parole du syndicat STRASS, Syndicat du Travail Sexuel.

En effet, il y a un véritable risque de renforcement de l’isolement des prostituées, qui, suite à la loi contre le racolage s’étaient déjà éloignées des villes, pour s’installer le plus souvent en plein bois dans la périphérie de la région parisienne. Ces nouvelles dispositions avaient aussi compliqué le travail des associations de terrain face à des femmes devenues plus méfiantes. La pénalisation du client aurait donc quelques effets pervers. Elle culpabiliserait les hommes ou les femmes qui ont recours aux charmes des prostitué(e)s en les poussant à agir dans la clandestinité. Par conséquent elle renforcerait aussi l’organisation des réseaux mafieux, ce qui réduirait fortement les issues de secours pour les jeunes femmes qui en sont victimes. C’est donc un coup de poker que joue le gouvernement, soit la mesure fait baisser sensiblement la demande et désorganise les réseaux, ce qu’il espère, soit au contraire elle pousse à la clandestinité et les renforce.

D’autre part, il reste un véritable problème de définition. Telle quelle, la disposition du gouvernement attaque la prostitution visible. Celle qu’on peut surprendre dans l’ombre d’un coin de rue et pratiquée par des femmes exploitées. Mais qu’en est-il de la prostitution dite libre et choisie, celle que l’on définit désormais comme le Sexwork, ou le travail sexuel et auquel ont recours des hommes ou femmes pour assumer leur quotidien ? Cette zone obscure de la loi irrite particulièrement Maîtresse Gilda : « Cette politique néo-conservatrice et moraliste cache la réalité qui est un mépris et une répression de la sexualité payante. Il faudrait pouvoir leur donner accès au Droit comme tous les autres secteurs d’activité. N’oublions pas qu’un travailleur sexuel peut déclarer ses impôts sous l’étiquette ‘Bénéfices non commerciaux’, mais ne bénéficie pas de sécurité sociale. »

Le visage de la prostitution a indéniablement changé et reste un enjeu social majeur, notamment de par ses implications dans le domaine de la santé publique. En raison de son caractère diffus, ses multiples facettes restent difficiles à saisir. La Mission parlementaire estime qu’il y aurait 20,000 prostituées en France, soit 20,000 cas dont le statut réel reste encore à définir.

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En savoir +

Site du Mouvement du Nid : www.mouvementdunid.org
Site du Syndicat STRASS :
www.strass-syndicat.org

A propos de l'auteur

Image de : Priscilla n'a aucun lien de parenté avec le King (même si cela aurait arrangé bien des choses), pourtant elle fait tout pour mener sa vie au même rythme que sa musique. Enfant élevée à l'ombre des manguiers et des goyaviers, à l'imaginaire nourri par les écrits de milliers de pages, elle a vite compris la puissance de la plume. Elle voulait un métier où on écrive beaucoup, elle l'a vite choisi. Curieuse de tout, passionnée de littérature, de musique de cinéma, elle est farouchement indépendante, malgré une cacaolie maintenant complètement assumée. Elle ne sait pas ce que la vie lui offrira mais espère la vivre sans aucun regret."

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