Charisma – Y. Tsutomu

par |
Charisma, seinen particulièrement représentatif du genre, fait partie de ces oeuvres qui dépeignent la société avec une extrême crudité comme seuls les Japonais savent en faire.

charisma_01Dès l’introduction, qui se déroule sur deux chapitres, on est mis dans l’ambiance : folie, meurtre, suicide… rien n’est épargné au lecteur de ce que peut être une « dérive sectaire ». À aucun moment l’auteur n’entre, durant ces quelques 80 pages, dans les mécanismes mêmes de la secte, n’adoptant volontairement qu’un point de vue extérieur, centré sur le jeune Heihachirô et, surtout, sur sa mère, jeune femme autrefois douce et belle, mais devenue une sorte de harpie violente et hystérique sous la houlette de son gourou…

Après ce préambule d’une incroyable dureté, on entre vraiment dans le vif du sujet, avec la secte que dirige, quelques années plus tard, un certain Hôsen Shingô, censé guérir de toutes les maladies et oeuvrer à la purification des karmas. À partir de là, nous allons suivre en parallèle l’histoire de Hôsen, de quelques-uns de ses adeptes et de deux nouvelles recrues.

Extrêmement cru, dans tous les aspects de l’emprise sectaire, qu’il s’agisse de manipulation mentale, de maltraitance physique, d’abus sexuels ou d’escroqueries financières, ce manga démonte bien les rouages du fonctionnement sectaire, tant du côté des dirigeants que des adeptes, en jouant sur les différents points de vue (celui du gourou lui-même, de ses « lieutenants », de ses « bras armés », mais aussi des cibles particulières qu’il vise et de leurs proches, restés extérieurs à la secte).

L’aspect intéressant, c’est le gourou lui-même : hésitant entre les rôles de victime et de bourreau, d’abord présenté comme froidement manipulateur puis comme lui-même aspiré dans son mythe pour redevenir peu après un simple pervers narcissique… Le sujet est donc traité sans trop de manichéisme, contrairement à ce qu’auraient pu laisser pressentir les premières pages, mais bien dans tous ses aspects, psychologiques et sociologiques.

Le trait de Nishizaki Taisei, soigné, précis et efficace à défaut d’être d’une très grande originalité, porte bien cette oeuvre dense.

Point intéressant, l’auteur du roman dont est tiré ce manga, Shindo Fuyuki (dont l’oeuvre se distingue par un regard aigu sur les travers les plus sombres de la société nipponne), connaît de l’intérieur les milieux de la finance illégale où argent et sexe ne sont que des éléments du pouvoir.

* «Seinen» est le terme qui désigne les mangas s’adressant à un public adulte, plutôt masculin. Il s’agit d’oeuvres souvent sombres et violentes, souvent dans un contexte mêlant action, suspens et rapports adultes.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Née à la fin de l'automne 1974, j'ai gardé de mes débuts dans la vie une aversion certaine du froid et une tendance très prononcée à l'hibernation : mon passe-temps favori est la lecture paresseuse, sous un plaid, avec une grosse théière fumante à portée de main. Littéraire de formation, bibliothécaire de métier, c'est tout naturellement dans la rubriques "Livres" que vous me croiserez... Romans, SF, Fantasy, BD, mangas, tout est bon, du moment qu'il y a du texte et / ou de l'image à dévorer :-)

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article