The Fame : Les tourments d’Avril Alken

par |
Qui est Avril Alken ? C’est la créature née de l’imagination de Killian Arthur. Deux noms-miroir par la présence des « a » et des « k », un auteur issue de la jeunesse dorée, qui a connu son quart d’heure de gloire en 2007 sur YouTube avec un groupe de rappeurs du 16ème monté de toutes pièces pour se foutre de la gueule de Fatal Bazooka.

Image de Glory Boom - Killian Arthur Il  raconte le quotidien d’une star qui n’a obtenu ce statut que sur son nom, sa personnalité, qui truste Google pour ses dérapages et non pour une quelconque œuvre artistique, qu’elle soit peinte, filmée, écrite ou photographiée. Avril Alken est une créature malade qui selon toute vraisemblance est piégée dans The Fame, album-concept de Lady GaGa sorti en 2008.

(The Fame)

Avril Alken a un train de vie où les nombres de zéros sur les chèques dépassent le stade où on peut encore les imaginer. Il est entouré d’amis parasites et pique-assiettes qui dialoguent avec Avril comme dans un roman de Bret Easton Ellis. Sa mère, célèbre actrice blonde et française lui a légué un renom, son père producteur à Hollywood son nom. Une fortune colossale, l’autorisation de faire tout ce qui lui plait, l’arrogance typique des nantis qui se sentent partout chez eux. Avril Alken est né avec la gloire, comme d’autres sont nés roux. « C’est simple, le jour de ma naissance, il y avait déjà des appareils photos. C’est passé complètement inaperçu outre-Atlantique, mais en France, ça a quand même fait la couverture de Paris-Match. Catherine Capline à la maternité, ça n’arrive pas tous les trois matins. » Et cette gloire augmente de façon inversement proportionnelle à mesure qu’il dilapide sa fortune avec un aplomb sidérant.

(Money Honey)

Toute cette gloire ne va pas sans un prix à payer. La dépression ? Le sentiment d’être blasé ? Le goût de la drogue, du vice et de l’alcool ? Entre autres. Mais le revers de la médaille Avril Alken l’expérimente soudainement à travers un dommage collatéral propre à donner des sueurs froides à toute star qui cultive sa paranoïa à coups de stupéfiants et en s’attachant jour et nuit les services d’un garde du corps. Avril reçoit des tonnes de courrier, ce sont le plus souvent ses copains qui l’ouvrent, pour se marrer, en lisant à haute voix les passages jugés les plus pathétiques (« Avril, you are the fucking looooooove of my life ! »), mais celui qui change sa vie a la saveur amère des cocktails frelatés. Il retrouve la photo d’une montre très rare offerte par son grand-père, et introuvable depuis des semaines épinglée à côté d’un petit poème en forme de compte à rebours mortel :

Tu vas crever, Avril !

C’est pour bientôt, crois-moi.

Tu vas crever, Avril !

L’heure tourne déjà. (1)

(We’re on the crowd, We’re comin’ out / Got my flash on, it’s true / Need that picture of you / It’s so magical / We’d be so fantastical / [...] / I’m your biggest fan / I’ll follow you until you love me / Papa, / PAPARAZZI / Baby there’s no other superstar / You know that I’ll be / Your Papa, PAPARAZZI / Promise I’ll be kind / But I won’t stop until that boy is mine / Baby you’ll be famous, chase you down / Until you love me Papa, PAPARAZZI)

Logiquement Avril flippe. Il harcèle Miles – son bodyguard perso, le somme de retrouver le stalker et tente de comprendre comment il a pu entrer chez lui sans être vu, ouvrir un coffre-fort sensément inviolable, voler la montre et refermer le-dit coffre-fort en restant invisible aux yeux de tous. Mais en qualité de star vide et qui se doit d’entretenir sa célébrité à coups de dérapages soigneusement dévoilés à la presse et aux réseaux sociaux, Avril file pour Las Vegas avec ses amis et en vrac, démonte une chambre d’hôtel, vomit sur une belle rousse en plein coït, et persuadé qu’il ne peut pas être la victime d’un stalker imagine un scénario nettement plus acceptable pour son cerveau gavé d’images télévisuelles : « Tout ça n’était [...] qu’un canular. J’étais la victime d’une simple émission. Le genre qui piège les célébrités, comme Punk’d, le show d’Ashton Kutcher sur MTV. Mon statut, la montre, la lettre, [...] tout ça était parfait. Alors je me suis efforcé de rire [...] et j’ai traversé le salon en faisant semblant de ne pas voir les caméras, attendant que ce bon vieil Ashton sorte d’un placard en hurlant « je t’ai eu ! » avec sa casquette de traviole à sa tête de furet. » Quoi de plus normal pour un garçon qui est devenu célèbre grâce à Spoiled – une web-real-TV sur les fils et filles de célébrités – où son seul fait d’arme est d’avoir exposé qu’il est « infatigable dans l’excès »  avec « une capacité prodigieuse à faire deux fois plus que les autres et à en raconter quatre fois plus encore » ?

(Bang Bang / We’re beautiful n’ dirty rich / Bang Bang / We’re beautiful n’ dirty rich / BANG BANG / BANG BANG)

La lettre du stalker, fil rouge de l’instantané qu’est Glory Boom et qui raconte à la vitesse à la vitesse de l’éclair la courte vie d’Avril Alken est une énigme – partiellement – résolue au moment où entre en scène le succédané d’âme de notre héros, un des premiers éléments franc, honnête, vrai serait-on tenté de dire : Mia, la femme dont il tombe amoureux. Car l’amour pour Avril n’est jamais déconnecté de la recherche de la célébrité : il ne se révolte pas quand ses agents lui arrangent une fausse idylle avec Jessica Simpson, parce que ça ne pourra que leur profiter à tous les deux. Mia, calme et tranquille, étudiante en arts, comme un impossible fantasme d’authenticité dans le monde en forme de miroir sans tain d’Avril. Mia n’est pas une star, même si son frère est un sportif de haut niveau et qu’il la rencontre lors d’un diner blind-date. Il se range, fait du ménage dans ses amis Facebook, oublie ses engagements au point de donner des crises de nerfs à son agent. Mais le démon de la célébrité tiraille toujours Avril et précipite la suite, attisée par le retour du stalker qui sème photos et messages électroniques de plus en plus menaçants.

(Let’s play a lovegame, play a lovegame / Do you want love? / Or you want fame ? / Are you in the game ? / Dans, a lovegame)

Il faut lire Glory Boom, au moins pour son final, parfaitement outré, twist pour lequel on ne peut parler de subtilité et qui étale sa machinerie lourde sous nos yeux en éclairant le pourquoi des chapitres numérotés à l’envers comme dans un compte à rebours. Satire de la course à la célébrité? Pas vraiment. Encore moins thriller paranoïaque. Et surtout, surtout ne pas y chercher une morale ou une critique véritable du système dont il est question. Si Killian Arthur exploite les éléments inhérents au diptyque grandeur et décadence, c’est avant tout pour (se faire) rigoler et pour (se) divertir. « Tout est jeu… alors jouons! » pourrait être une accroche parfaite à ajouter sur la couverture de son roman.

Glory Boom, digne émule du système Lady GaGa est un objet gavé de références immédiatement identifiables : Las Vegas Parano, Bodyguard, Glamorama, les documentaires de E ! Entertainment, Entourage… Une odyssée au cœur du clinquant qui cabotine à plein tubes, irritante, où l’idée d’undeground n’est qu’un lointain souvenir au profit d’un mainstream confortable, somme toute très plaisant. Efficace. Pas des plus creusés, mais formidablement carrossé. Un tube, sans qu’on sache s’il s’agit d’un tube à durée de vie très limitée.

Addendum : Certains se demandent sans doute à quoi peut ressembler Avril Alken, celui qui n’a rien à vendre, du haut de son ego gigantesque. Il est beau, le monde lui appartient, il ne doute de rien, surtout pas de lui. Selon toute vraisemblance, Avril Alken doit ressembler à ça.

On notera au passage le refrain dont la ligne mélodique est très proche de… Just dance de Lady GaGa. Putain de boucle…

(1)Derrière ce poème, on peut imaginer une possible référence aux Watchmen, référence pas tellement improbable au regard du choix des smileys tâchés de sang de la couverture et de la référence au temps dans la bédé d’Alan Moore et Dave Gibbons. Ceci dit, pour avoir couplé la couverture avec un visuel ouvertement calqué sur celui de Kill Bill, on patauge un peu au niveau de la cohérence.

Partager !

En savoir +

Glory Boom, Killian Arthur, Editions Fayard, 2011, 267 pages

The Fame, Lady GaGa, Interscope Records, 2008

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article