Synecdoche, New York

par Duck|
Caden Cotard, metteur en scène de théâtre hypocondriaque, est persuadé qu’il va mourir. Quitté par sa femme et sa fille, il décide de créer son ultime pièce. Dans un entrepôt de New York, il engage des centaines de personnes pour créer un théâtre qui représenterait la vie. Y gagnant un semblant de maîtrise qu’il ne peut trouver dans son existence, il va s’enfoncer peu à peu dans son obsession.

synecdoche_logo_imageLa première réalisation du scénariste Charlie Kaufman ( Dans la Peau de John Malkovitch, Eternal Sunshine of the spotless mind .) étonne. En grattant légèrement le glacis foutraque et loufoque du film, Synecdoche révèle des noirceurs abyssales. Ce n’est pas étonnant quand on sait que le projet devait être à l’origine un film d’horreur. Ainsi, Kaufman n’hésite pas à parler de thèmes très noirs : la vieillesse, la maladie. Un parfum de mort plane alors sur tout le film.

De tous les scripts dont il est l’auteur, celui-ci est sans doute le plus bordélique. Ce qui n’est pas forcément une tare, étant donné que le film essaie de nous perdre dans un labyrinthe existentiel, au sein duquel il nous est souvent impossible de nous repérer, que cela soit dans le temps ou dans l’espace. Le seul point d’accroche du spectateur est donc l’empathie qu’il pourra ressentir pour Caden, magnifiquement interprété par Philippe Seymour Hoffman .

Kaufman développe ce sentiment par une mise en scène adéquate. Il multiplie les plans très courts, lui permettant de mieux déstructurer le temps dans son film, et ainsi de perdre le spectateur dans une avalanche de coupes dont il n’arrive plus à évaluer les ellipses. Le surnaturel ou l’étrange peut survenir de n’importe où, à l’intérieur d’un plan, pour être oublié l’instant d’après. L’univers n’a plus de règles, il ne s’agit que d’une spirale sans fin à l’intérieur de laquelle Caden n’arrive plus à maîtriser quoi que ce soit.

synecdoche_logo_image02La réussite du film aura été de nous immerger dans un univers hostile, nous perdre dans ce brouillard mental. Le véritable vertige réside dans la mise en abîme qui est au coeur du film : La pièce de théâtre met en scène une version fictive du protagoniste, qui met lui même sa vie en scène à l’intérieur de la pièce… Le puzzle est infini. Plus qu’un gadget, cette pièce est le catalyseur du film, celle qui représente la vie du héros, tout en la structurant. Le film tire son nom de là : une synecdoque est une figure de style littéraire visant à représenter un tout par une partie de ses composants, ou une partie par le tout.

Le film n’est bien sûr pas exempt de défauts. Voulant trop en faire, englober la vie elle-même, Kaufman est parfois confus. Il n’arrive pas à choisir et perd le spectateur dans un tourbillon d’intrigues et de digressions. De plus, le caractère névrotique du protagoniste en laissera plus d’un sur le carreau. Encore peu sûr de sa mise en scène, le cinéaste fait une utilisation parfois un peu lourde de la partition de Jon Brion .

Mais malgré tous ces bémols, le film parvient à convaincre, par sa sincérité et son originalité.

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En savoir +

Synecdoche New York, Charlie Kaufman,
2h50,
dans les salles depuis le 1er avril 2009.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=117064.html‘>Fiche AlloCiné

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