C’est un véritable parcours du combattant que Patrick Bénard a vécu avec ses
Lauréat du concours de manuscrits
Pourquoi avoir attendu trois ans pour redonner vie à tes
C’est une longue histoire. À l’origine le manuscrit qui date de fin 2004 était destiné aux Éditions Nykta qui avaient sorti mon précédent bouquin
Voilà comment je me suis retrouvé à présenter mon manuscrit devant un parterre restreint, mais intéressé, enfin j’ai eu cette impression, à ce Salon du Livre. L’idée de base de ce concours, hormis la pub pour le magazine, était bien sûr que le manuscrit soit édité chez un éditeur « renommé ». De fil en aiguille, après avoir envoyé mon manuscrit muni du titre de «
De là sont nés un gros sentiment de frustration et une volonté de donner une chance de vivre à un manuscrit qui semblait plaire pourtant. J’ai donc récupéré mes droits d’auteur début 2008 et entamé une longue démarche avec un paquet d’éditeurs, ciblés au mieux, y compris en Belgique, Suisse et Canada. Mais quand il y avait réponse et qu’elle était différente des lettres types agaçantes, c’était invariablement pour me dire : nous considérons que votre livre a déjà eu une vie. Ce qui sous-entendait gentiment que : un, fallait pas que tu te plaignes non plus vu que t’es pas connu, connard ; deux, on va pas se risquer à mettre le moindre euro sur un bouquin qu’on a même pas le temps, ni envie de lire, on a d’autres Beigbeder à fouetter (rires au moment où j’écris ça).
Ma quête a duré un an, jusqu’à ce qu’un ami me fasse part de la sortie de son premier livre via le site de TheBook Edition . Évidemment, je ne suis pas très chaud pour ce genre de système, mais, contrairement à l’auto-édition pure et dure qui est une vraie arnaque -il faut le dire et le redire- puisqu’il faut donner de l’argent pour être soi-disant édité, je n’ai pas le moindre centime d’euro à sortir si je le souhaite. Le livre est vendu sur leur site avec la marge que je veux me faire, la maison s’occupe de tout, livre en 48 heures et basta. Donc tu peux essayer de le vendre uniquement via une communication de réseaux sur le net sans rien dépenser. C’est le choix que j’ai fait tout en tentant de l’améliorer : j’en commande ponctuellement un certain nombre si besoin est et je paye uniquement le coût de fabrication. Bien sûr l’envers du décor est que je dois me démerder pour le diffuser en librairie. Mais je ne me presse pas et je fais confiance au net pour assurer sa propre diffusion. Les libraires peuvent me contacter quand ils le souhaitent s’ils ne sont pas trop timides, eux. Pour l’instant ce livre (re)vit, il comporte un chapitre supplémentaire qui relance l’histoire, et il vivra sur la durée aussi longtemps que je le souhaiterais. Ça aussi c’est important, le pilon n’existe plus avec ce système. Et si d’aventure une maison d’édition « classique » s’intéresse au livre, je suis toujours ouvert à la discussion.
La première version a été lue par les lecteurs de
Le vrai problème pour moi est que je n’ai aucune idée de l’envergure de cette exposition. Ce sont les lecteurs de
Au début, quand
Les premiers temps tout laisse penser à une vraie motivation de part et d’autre puisqu’il y a un vrai travail de ré-écriture, un échange très motivant entre ceux qui écrivent les pages littéraires du mensuel et moi qui bosse agréablement sur mon ordi pour que tout tienne debout. Et après avoir vu le bouquin sortir dans les plus petites maisons de presse, je suis plutôt content et je me dis que ça devrait décoller. Je déchante vite, comme je l’ai dit plus haut, en voyant que la revue ne daigne même pas m’accorder un entrefilet. Chose qui avait été faite pour d’autres lauréats de 2006 comme Karine Granier-Deferre, Delphine Bertholon (
Vient donc la période du regret, car ce fut finalement beaucoup d’énergie, d’inquiétude, de bonne volonté qui ont été réduites à néant, car pendant ce temps je n’ai guère écrit, frustré et déçu. Il m’a fallu un long moment pour m’en remettre et cela a même causé beaucoup de dégâts, dans ma famille directement, dans mes convictions. Au-delà d’autres faits plus personnels qui se sont produits en même temps – tu connais sans doute la fameuse « loi des séries de l’emmerdement maximum » -, j’ai plongé. J’ai même coulé. J’ai failli arrêter, ce qui n’aurait ennuyé personne à part moi. Mais peut-être que, finalement, je suis plus égocentrique que je ne le crois et je suis reparti au charbon.
Depuis quelques années, il semble y avoir une émergence d’auteurs qui écrivent leur roman en symbiose avec la musique et en faisant des personnages à part entière de leur texte plutôt qu’un simple accessoire (voir notamment la collection Sessions aux éditions Naïve), comment te situes-tu par rapport à cela ?
Confession : en écrivant les
Bref, je suppose que je n’étais pas le seul dans ce cas et que d’autres, plus tard, ont ressenti les mêmes sensibilités où la musique devient mot et les mots se rapprochent de la musique. Dès lors, il va de soi que l’un accompagne l’autre et réciproquement. En France, cet aspect est nouveau parce que nous n’avons pas ou peu le réflexe d’associer littérature et musique (hormis les biographies) contrairement aux Anglo-saxons. À titre personnel je suis ravi que cet esprit émerge enfin, ce qui tend à prouver que nous franchissons un cap dans la captation de la réalité tellement la musique en général est prégnante, quel que soit ce qu’on écoute. Évidemment, l’aspect rock me passionne davantage parce que c’est ma sensibilité d’éternel révolté qui ressort, même si je ne le montre pas toujours dans ce que j’écris. En tout cas, je fais en sorte que mes livres reflètent ce que j’aime au point que pour cette édition des
La narration de tes
Tu oublies qu’il existe un autre personnage, très important, pour ne pas dire capital. Il s’appelle Werther et il joue le rôle du narrateur. Le « je » est celui de Werther, celui qui prend la place d’Hadrien au moment de la chute du Mur de Berlin. (Tiens, c’est drôle, je suis pile dans l’actualité, c’est involontaire, juré !). C’est lui qui raconte l’histoire. Il s’agit, pour moi, d’un double inversé. La part d’ombre qui est en chacun de nous. L’envers du décor. À l’origine, les deux personnages sont issus de mon précédent livre
Tu balaies près de trente ans de musique rock, punk, new wave, gothique et même electro tant du côté français qu’anglo-saxon et tu arrives à condenser l’essence de groupes en quelques pages, en retranscrivant au plus juste les émotions qui t’ont saisi. Avoue-le, ton personnage n’est qu’un moyen et jamais une fin ! C’était ton alternative à l’exercice biographique ou le livre de fan ?
Je te répondrais bien « les deux, mon capitaine », mais c’est vrai qu’initialement j’avais envie d’écrire sur ce que j’aimais comme style de musique et son (mon) évolution sur les trente dernières années. Je me suis vite rendu compte que cela ne motiverait pas grand monde à partir du moment où j’étais totalement inconnu dans le milieu littéraire et musical. Là j’aurais parfaitement compris qu’un éditeur ne mette pas un kopeck dans ce style de bouquin. J’en ai donc profité pour reprendre mes personnages des
Penses-tu qu’il y aurait autant matière à un deuxième tome des
Pour qu’il existe un deuxième tome faudrait-il encore qu’il s’écoule trente années supplémentaires ? Le rock peut-il encore évoluer, avancer ? Grande question. Les trois artistes ou groupes que tu cites, je peux t’en faire un résumé que certains ne trouveront pas sympathique du tout : Placebo est une pâle version moderne des Cure et du rock à l’ancienne, Radiohead sont les Pink Floyd du début du XXIème siècle et Björk met les nouvelles technologies au service de sa voix, sans ça elle n’est rien. Mais je peux aussi les voir différemment : Placebo est devenu ce que les Cure ne peuvent plus être et sait se renouveler sans renoncer à leurs origines, Radiohead a placé la barre aussi haut dans l’expérimentation du son que Pink Floyd avait su le faire jusqu’à
Pour ma part j’aime autant ces trois-là qu’ Ange, Pink Floyd et Genesis dans les années 70, Joy Division (et New Order ), Cure, l es Clash, les Smiths, Bauhaus dans les années 80, P. J. Harvey, Smashing Pumpkins pour les années 90. Là encore, coïncidence, j’écoute, en rédigeant ces lignes, Windsor for the Derby, plutôt typé années 2000, groupe qui résume presque ces trente ans à lui seul tellement il brasse d’influences. Mais ce n’est pas une tare de revendiquer ce qu’on aime, au contraire, il faut juste éviter le plagiat et se mettre au service des influences, les avaler correctement, les digérer afin de donner quelque chose où se sentent la bonne volonté et une évolution positive d’un groupe.
A ce sujet, beaucoup de personnes de ma génération pensent que c’est le problème de types comme Philippe Manoeuvre ou Patrick Eudeline qui ont tendance à idolâtrer ce qu’ils ont aimé étant jeunes et à rejeter ce qui sort maintenant (sauf si ces groupes sont à l’image de ce qu’ils ont aimé type Second Sex ou Plasticines). Tu es plutôt de leur génération, comment vois-tu les choses de ton côté ?
Je déteste les mausolées, même si je voue un culte obscur à Ian Curtis, c’est mon côté ambivalent. Manoeuvre a eu son heure de gloire au cours de la grande période Rock & Folk, à savoir la période punk, qu’il avait su déceler par son style, à l’instar de Philippe Garnier, très tôt. Eudeline joue les éternels beautiful losers depuis Asphalt Jungle, ce qu’il est, mais il en vit, tant mieux pour lui, et son frère n’y est pas pour rien. (bon, là, je viens de me faire deux ennemis, ça ne va pas aider à vendre mon bouquin, çà !). Ils sont donc restés tous les deux dans leur rôle du tryptique « sex and drugs and rock and roll » cher à feu Ian Dury (super morceau par ailleurs) et creusent le mythe jusqu’au bout du bout. Résultat : Manoeuvre se retrouve juré de la
Si j’en viens à ta remarque en rapport avec les groupes rock français, je ne sais pas s’il faut jouer l’indulgence ou matraquer direct en disant que c’est de la daube. Ma fille de sept ans et demi adore les Plasticines et elle a raison, c’est de son âge. Second Sex, Naast, idem. Le passage obligé du deuxième album sera révélateur pour la suite de leur carrière. Et si je parle de BB Brunes je vais me fâcher parce qu’ils ont tout pompé sur pleins de groupes (à écouter une émission remarquable sur France Inter qui démontrait le tout par l’écoute). Mais là aussi ma fille aime, d’où le côté pervers : le rock ado touche les pré-ados. On frôle le détournement de mineur(e) ! En même temps le dernier Muse est intégralement plagié sur les Queen (là, c’est moi qui ai écouté les deux en même temps). On peut donc tout se permettre sans que ça ne choque personne.
En revanche j’ai plutôt envie de parler d’un vrai vivier de groupes français qui ne demande qu’à éclore, sans partir hors des frontières forcément. Pour l’instant. Pour vos lecteurs assidus, je cite quelques groupes dont on reparlera. Les plus connus : Asyl, Stuck in the Sound, et les « en devenir » : Treemouth, Blackpool, Jaromil, Kim Novak . Je fais le pari pour les quatre derniers.
Penses-tu déjà à tes prochains livres ? As-tu envie de continuer le circuit de l’auto-édition ou vas-tu retenter de frapper à la porte des éditeurs ?
Deux livres devraient, si tout va bien, sortir en 2010. Le premier est un recueil de micros nouvelles écrit avec un ami, non pas à quatre mains, mais autour d’un exercice de style : écrire une histoire en 450 mots précis, ni un de plus, ni un de moins. Un pari et un exercice motivant. Nous l’avons proposé à un seul éditeur, en Bourgogne, spécialisé dans la nouvelle, dont nous attendons la réponse d’ici fin décembre. Sinon nous le sortirons en janvier de la même façon que
Pour une sortie en 2011, je me suis fixé deux objectifs : le fameux troisième livre sur le dénouement des « aventures d’Hadrien et de Werther ». Ce sera un polar comme le premier, chez le même éditeur, que je vois comme très étouffant, très noir. l’autre objectif est encore en germe. Il parlera aussi de musique et (sup)porte déjà en lui-même le titre :
En savoir +
Chroniques frénétiques, une histoire intime du rock, TheBookEdition.com, 2009 (2007 pour la première édition), 137 pages
http://www.thebookedition.com/chroniques-frenetiques-de-patrick-benard-p-25860.html
Les îles du désert, Patrick Bénard, Editions Nykta, Collection Petite nuit, 80 pages
http://www.editions-nykta.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=734&Itemid=55
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Emma a écrit :
Trés chouette ton interview…
) et ensuite fait un article sur mon blog :
Mon blog est dans doute le premier à avoir parlé de Patrick Bénard. J’ai lu les Chroniques grâce à Technikart (je ne m’en suis donc pas servi comme cale porte
là : http://www.cafebook.fr/index.php/2008/06/jeune-plume-cherche-editeur/, et là : http://www.cafebook.fr/index.php/2008/06/rock-intime/
A la décharge du magazine, il s’agissait de la première édition du concours… Baptiste Liger (le rédac chef Livres) et le reste du mag avaient de grandes ambitions pour ce concours. Ils souhaitaient monter une maison d’édition pour publier les lauréats, chose qui s’est évidemment avérée complètement illusoire. PB a malheureusement fait les frais de cette désorganisation…
pascal a écrit :
salut Patrick, sympa ton interview et édifiante concernant le milieu littéraire… black is black ! comment vas tu après toutes ces péripeties ?
R@chel a écrit :
salut, je viens de lire chroniques frénetiques, et oui j’ai fini par le recevoir!!!, et je voudrai dire à Patrick, au risque de plagier, C’est un peu court jeune homme!!!
finalement c’est bon, c’est bien, c’est comme on aime quand on est rock’n roll, mais j’avoue qu’il est trop fin ton bouquin. Il faut plus qu’un chapitre en rab, pour appaiser ma faim