L’âge de Peer – Alban Martin

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"Ou quand le choix du gratuit rapporte gros...." Et bien voyons, vous m'en direz tant mon bon Monsieur. Toute chose a un prix, c'est bien connu et la gratuité dans le domaine de la culture n'est qu'une dangereuse et inconsciente chimère synonyme de mort programmée pour toute une industrie.

Faire voler en éclats ce genre d’idées reçues et tenter de mieux cerner les enjeux de cette nouvelle révolution industrielle qui est en train de se dérouler sous nos yeux, voici le thème plutôt ambitieux de ce livre.

peerMettons tout de suite les choses au point. L’âge de Peer n’a rien du pamphlet utopiste et idéologique n’ayant pour but que de donner bonne conscience aux utilisateurs compulsifs des réseaux de Peer to peer .

Son auteur, Alban Martin, n’est pas uniquement le chroniqueur inspiré d’un des webzines les plus prestigieux de la Toile, il est également diplômé d’HEC, enseignant au Celsa sur les médias informatisés et cet essai sur les nouvelles perspectives de l’industrie du divertissement est la suite logique de son mémoire de fin d’études qui remporta le prix de la fondation HEC en 2004. Bien sûr, juger de la qualité de l’ouvrage uniquement sur le CV de son auteur, aussi bon soit t-il, c’est un peu mettre la charrue avant les boeufs. N’empêche que l’argument de la reconnaissance de ses pairs est quand même assez imparable contre tous ceux qui viendraient à traiter les thèses exposées dans ce livre de complètement farfelues et de déconnectées de la réalité.

Que cet ouvrage soit édité dans la prestigieuse collection Person Education ne doit donc rien au hasard. Car si le titre a ce petit côté geek qui fait tout son charme, on ne peut qu’être bluffé par la qualité et la justesse des analyses d’Alban. Au fil des pages il dresse le portrait d’une industrie en profonde mutation qui n’a d’autre choix que d’intégrer de la façon la plus intelligente possible l’évolution et la démocratisation sans cesses croissante des nouvelles technologies.

Marketing viral, Web 2.0, blogs, communautés, Creative Commons, interactivité, buzz …. Autant de termes pour décrire le changement de paradigme qui est en train de s’opérer. Du rôle de simple consommateur passif, nous sommes en train de passer à celui de cocréateur de contenu. Les amateurs se professionnalisent, les limites sont de plus en plus floues et changeantes, le nombre d’initiatives personnelles explose, la chaîne de création est en train d’être remaniée de fond en comble et cette dématérialisation des contenus a comme conséquence de modifier radicalement les fondements même de la notion de valorisation des biens et des services culturels.

Dans cette jungle de nouvelles idées et de concepts innovants en tout genre, Alban Martin expose de manière simple et documentée comment tirer partie de cette nouvelle redistribution des cartes.

L’âge de Peer n’a rien d’une utopie. Il est profondément encré dans le réel. L’ère de la cocréation n’est pas pour demain, nous y sommes entrés depuis quelques temps déjà. Ce livre n’est pas la vision personnelle d’un future possible ou probable mais une description didactique et éclairée de ce qui est en train de se passer aujourd’hui pour tenter d’anticiper ce que sera demain.

Alors quoi ? Serions nous tous des influenceurs en puissance qui s’ignorent ? Des leaders d’opinions capables de faire et de défaire les réputations de tel ou tel artiste ? Des micro entreprises de co-création de contenu qui s’ignorent ? Des futurs rocks stars qui se seraient fait connaître dans le monde entier en mettant simplement un démo en téléchargement gratuit sur le net ?

Bien sûr que non. Paradoxalement cette démultiplication des espaces de communication ne fera sans doute qu’amplifier la cacophonie ambiante qui n’aura jamais été aussi assourdissante. Comment se démarquer lorsque nous serons tous sur Myspace avec la Terre entière comme amis ?

Avoir du talent n’aura jamais été aussi nécessaire pour espérer se faire entendre. Et çà c’est plutôt une bonne nouvelle en fin de compte.

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Blog de l’auteur: http://cocreation.blogs.com/

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A propos de l'auteur

Image de : Fondateur de Discordance.

8 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 9 novembre 2006
    Kyra a écrit :

    « Alban Martin, n’est pas uniquement le chroniqueur inspiré d’un des webzines les plus prestigieux de la Toile » .. huhu :o )

    Je n’ai pas encore lu l’Age de Peer, mais j’ai suivi le débat sur le blog d’Alban, et ce livre représente une véritable mine d’informations susceptibles d’intéresser le plus grand nombre, quel que soit le maillon de la fameuse chaine de cocréation.

    J’en profite pour tirer un grand coup de chapeau à son auteur, et suis hyper fière de le compter parmi nous, au sein de Discordance.

    PS : Alban, tu me dédicaceras ton bouquin, dis ? ;o)

  2. 2
    Alban Martin
    le Lundi 13 novembre 2006
    alban a écrit :

    Merci à vous deux pour ces encouragements ! vous êtes associés au succès du livre !

  3. 3
    le Samedi 27 janvier 2007
    pux a écrit :

    Cette fin de phrase me choque énormément : « Avoir du talent n’aura jamais été aussi nécessaire pour espérer se faire entendre. Et çà c’est plutôt une bonne nouvelle en fin de compte. »
    Cette assertion implique que le comportement des web-trotter deviendrait plus celui de web-juges.
    Or, il me semble encore d’actualité de dire que la plupart des internautes surfent par curiosité et s’étonnent de tout ce qu’ils peuvent rencontrer sur leur chemin virtuel.
    Peu prétendent à un jugement, seul les personnes voulant faire des bénéfices de tous types, décident que telle ou telle manifestation est talentueuse ou non, dans le cadre de ses attentes donc de ses buts.

    D’un autre côté, cette émulation peut être source de créativité, d’initiatives de la part de tous, tant que l’on reste dans le cadre du partage de soi.
    Ainsi lorsqu’il s’agit de soi, de son intimité individuelle, aucun jugement ne sera acceptable et cautionné.
    Il faut donc éduquer en priorité les internautes avertis ainsi que les générations entrantes, à cette nouvelle psychologie, leur inculquer la déontologie nécessaire si elle n’a pas déjà pas été transmise dans un cadre privé d’apprentissage de vie en société, à des Individus, afin qu’ils perçoivent leurs droits et leurs devoirs face à cette nouvelle société où l’on n’a jamais été aussi proches et distants les uns des autres.
    Le talent n’a donc rien à voir avec l’exploration et l’échange. Je préfère privilégier la qualité de ces actions plutôt que d’encourager cette course à la gloire individuelle!

    Je suis impatiente de lire cet ouvrage qui semble-t-il fait état des choses, une pause s’impose.

    Cordialement.
    Marilia.

  4. 4
    le Samedi 27 janvier 2007
    kyra a écrit :

    Salut. Je ne partage pas votre avis. Vous dites que peu d’internautes prétendent à un jugement, alors qu’au contraire, on assiste à un déferlement de critiques, de jugements, de lynchages calligraphiques, par le biais de forums publics, de commentaires déposés sur des livres d’or ou des plate-formes comme Myspace, Fluctuanet, Tecknicart etc .. il n’est pas question de faire des bénéfices sur telle ou telle assertion mais d’exprimer son avis. La subjectivité n’a pas de frontière et le net est devenu LE terrain de jeux de prédilection pour encenser/casser tel ou tel artiste/personne supposée avoir une once de talent pour prétendre « sortir du lot ».

    Je trouve que vous allez un peu loin dans votre raisonnement. Depuis quand aucun jugement ne serait cautionné lorsqu’il s’agit de son intimité ? C’est là un exemple flagrant d’egocentrisme et de psychorigidité. Quand on ne veut pas subir le regard d’autrui, on ne s’expose pas sur le net.

    Vous dites que le talent n’a rien à voir avec l’exploration et l’échange. N’importe quoi ! L’échange permet au contraire de révéler des talents qui s’ignorent ou qui n’en sont pas -encore- convaincus, l’échange permet à ces talents de se faire entendre, et peut-être d’émerger de la masse/bruit de fond/ultra-merde environnante.

    Mais peut-être n’avons nous pas la même définition du mot « talent ». Il s’agit avant tout de ressenti, d’émotions, de grâce, d’aura .. le genre de truc qui ne s’apprend pas dans les bouquins, qui n’est pas préfabriqué dans un moule made in real-tv, qui n’est pas obligatoirement associé à des critères esthétiques/morphologiques/pondéraux et qui, bien souvent est largement ignoré ou méconnu parce que ne rentrant pas dans les critères sus-cités des « grands de ce monde ». Bref.

  5. 5
    le Dimanche 28 janvier 2007
    Anonyme a écrit :

    En disant : »aucun jugement ne sera accepté ou sanctionné » je ne faisais pas une démonstration de fermeture d’esprit à autrui. Au contraire c’était une façon de dire « ne vous laissez pas influencer par ce que peuvent penser une autre personne de vous ». Comme vous l’avez très bien signifié par « un moule made in real-tv » chacun semble croire à sa minute de gloire, « vous le valez bien » … les conséquences en sont un défèrlement d’espoirs individuels rapidement catégorisés, classés et renommés.
    Ma phrase n’était qu’un encouragement contre la « casse ».
    Non je ne suis pas d’accord sur cette facilité : « Quand on ne veut pas subir le regard d’autrui, on ne s’expose pas sur le net. » cela correspond à « quand on ne veut pas se faire violer on ne met pas de jupes courtes » (excusez l’exemple violent). Or, il me semble que cela va chercher bien plus loin que ça. Combien d’ados croient à la reconnaissance, combien de personnes agées ont juste voulu partager leur films de vacances, bien que ces exemples soient naïfs ils n’en restent pas moins vrais dans une floppée de démonstrations de parcelles de vie jetées aux lions.
    Il me semble avoir été claire sur l’education à fournir aux internautes : qui a parlé de bouquins?!! ou encore pire d’éducation nationale?!! Eduquer signifie ici apprendre le respect d’autrui car, cachées derrière un écran, les essences profondes de chacun ont une ouverture pixellisée de se laisser aller au détriment de tous et du http://WWW.Il s’agit de responsabilité.
    Dernière précision « talent » signifie pour moi la capacité à faire quelque chose et non une sorte de facilité encouragée par sa singularité. Nous avons tous du talent, chaque création que nous enfantons mérite réflexion.
    néanmoins merci kyra de m’avoir permis de m’expliquer et pour votre remarque très exacte  » Vous dites que peu d’internautes prétendent à un jugement, alors qu’au contraire, on assiste à un déferlement de critiques, de jugements, de lynchages calligraphiques, par le biais de forums publics, de commentaires déposés sur des livres d’or ou des plate-formes comme Myspace, Fluctuanet, Tecknicart etc .. «  mais il ne faut pas oublier les novices arrivants tous les jours découvrant internet. Qui les préviendra des choses à faire et à ne pas faire?
    C’est une fois les règles intégrées que l’on peut les dépasser pour laisser libre court à notre liberté .

  6. 6
    le Dimanche 28 janvier 2007
    kyra a écrit :

    [hiiiii !]

    Je reprends mon souffle, et ne manquerai pas de vous répondre, incessamment sous peu.

  7. 7
    le Lundi 29 janvier 2007
    Anonyme a écrit :

    :-) avec plaisir!!

  8. 8
    le Mardi 30 janvier 2007
    Pascal a écrit :

    « Cette assertion implique que le comportement des web-trotter deviendrait plus celui de web-juges. »

    Non pas vraiment…
    Que ce soit sur le web ou dans la vraie vie tout le monde a un avis. Que cet avis soit professionnel ou amateur n’y change rien…

    Le web n’est qu’un gigantesque catalyseur. Il démultiplie les connexions et les contenus de toutes sortes explosent de façon quasi exponentielle. Chacun se retrouvant de plus en plus à la fois producteur de contenus et critique .

    Il ne faut plus espérer pouvoir se démarquer en étant présent sur le net, ce dernier étant devenu un média incontournable. Et c’est devant cette cacophonie ambiante qui se fait de plus en plus étourdissante, que je reste convaincu que le talent n’aura jamais été aussi important pour se démarquer et espérer durer…

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