Kick-Ass : le super-héros d’un genre nouveau

par , CharlotteM|
La sortie fin avril de Kick Ass, le nouveau film de Matthew Vaughn, vient confirmer que l'ère des super-héros à l'ancienne est bel et bien révolue.

L’anti-héros: le nouveau visage d’un pays en crise ? par Virgile

Depuis quelques années, on voit se dessiner une tendance dans le film de super-héros: ils laissent peu à peu place à leur côté obscur, leurs défauts enflent et leurs qualités se raréfient. Pour preuve, sur nos écrans actuellement, on peut allez voir le mégalomane Tony Stark dans Iron Man 2. Dans la même veine, le Bruce Wayne de Christopher Nolan fait un Batman assez bling-bling, et tous deux ne sont pas sans rappeler le non moins mégalo Peter Parker alors sous l’influence de son côté « Dark » dans Spiderman 3 de Sam Raimi. De même, l’année dernière, on découvrait les Watchmen, peu scrupuleux et loin d’être conventionnels dans leurs méthodes, puis avant eux, Hancock, alcoolique notoire qui, malgré ses super-pouvoirs, faisait plus de mal que de bien.

En même temps, sur nos écrans télé, la série bien nommée Heroes reprend les grandes lignes de X-Men (des gens normaux qui, grâce à l’évolution génétique, développent des caractéristiques surhumaines), mais avec quelques ajustements: ils ne portent pas de costume, leur existence est cachée du grand public, et les intrigues sont davantage axées sur la conservation secrète de leur identité plutôt que sur la défense des civils. Des héros, certes, mais aux préoccupations plus auto-centrées…

Il semblerait qu’on soit ainsi entrés dans l’ère de l’anti-héros: plus personne ne veut croire aux Supermen, qui sauvent la Terre sans rien attendre en retour, car cette facette n’est plus crédible pour qui que ce soit. Même pas pour les enfants, puisque les dessins animés nouvelle génération montrent des héros à la retraite comme Les Indestructibles, sans compter le septuagénaire de Là-Haut, ou le héros malgré lui, Shrek, ogre sale, vert et parfois méchant. Tout ce beau monde semble loin d’un beau Capitain America, d’un Sangoku surhumain ou d’un Prince Éric dans un bon vieux Disney.

Ce héros d’un genre nouveau semble beaucoup plus humain que super. D’une communication verticale et aspirationnelle (on veut être la personne sur l’écran), Hollywood est passé à une communication horizontale, transformant ainsi le grand écran en un miroir du spectateur et de ses frustrations.

Dans cette lignée de l’anti-héros, Kick-Ass présente une catégorie un peu spéciale, car le personnage tend à vouloir être un super-héros comme ceux d’antan, costume et compagnie, pour sauver de manière altruiste des civils sans rien demander en retour. Mais, contrairement à ces héros d’un autre temps, il n’a pas de pouvoirs. Complètement à contre-courant des anti-héros actuels (avec pouvoir mais pas altruiste), Kick-Ass n’en est pas néanmoins révélateur de tensions sociales actuelles.

Kick-Ass, le film: l’espoir fait vivre… par Virgile

Image de Kick Ass film Sous son masque de plongée turquoise, se cache un adolescent boutonneux, geek fan de comics, qui passe plus de temps à rêver sur les seins de sa prof qu’à faire quelque chose de sa peau. Face à l’indifférence individualiste des New-Yorkais, Dave de son vrai nom, s’inspire de Batman ou encore Iron Man, qui n’ont pas de super-pouvoirs, mais seulement un peu de sens commun et de l’altruisme à revendre. Ah, et bien sûr, des super technologies très développées pour se défendre.

Adapté du comics du même nom, Kick-Ass est un film bon public assez réussi. Scènes d’action, bon casting (Nicolas Cage qui remonte dans l’estime de tous ces derniers temps), une bande-son gentiment rock’n'roll qui porte le tout (The Prodigy, Mika, The Hit Girls, entre autres). Surtout, il est plutôt agréable, même rafraîchissant, de voir un film américain qui n’a vraiment aucune retenue: une fillette de 11 ans massacre et découpe des mafieux à coup de sabre, Big Daddy tire à bout portant sur sa fille… pour tester un gilet par balle, etc.

Les effets spéciaux sont plutôt bien dissimulés et les personnages relativement désopilants, notamment les amis de Dave, aussi geek que lui (si ce n’est plus). Kick-Ass est avant tout un portrait assez réaliste d’une Amérique actuelle en perte de vitesse, qui a cessé de croire aux contes de fées, mais qui ne demande qu’à y croire à nouveau.

De fait, c’est cette contradiction entre ces opposés que Matthew Vaughn filme dans Kick-Ass: un pays qui se prend les pieds dans les complots de mafieux, où les jeunes sont aussi perdus que les adultes, où les nouvelles technologies prennent le pas sur la communication de visu (réseaux sociaux et sites de partage en tête)… C’est cette réalité-là que le jeune Dave, personnifié en Kick-Ass, va tenter de dénoncer, par inadvertance certes, mais avec beaucoup de bonne volonté.

Au-delà de ce film visuellement bluffant (notamment la superbe scène de comics animée de l’histoire de Big Daddy) et bien tourné, la trame de fond perd un peu de son attrait une fois que le point d’orgue de la trame (un film de super-héros, sans supers-héros) est désincarné par la présence bien réelle de ‘vrais’ super-héros, bien que pas forcément au sens Marvellien du terme. En effet, Big Daddy et de sa fille Hit Girl, super entraînés et super équipés, se rapprochent plus d’un Batman (Big Daddy est d’ailleurs identifié comme tel…) qui n’ont pas de pouvoir, mais la technologie et l’argent pour se la procurer. Détail qui justement rapproche ce film de celui des super-héros, l’éloignant du délire d’un adolescent altruiste…

Connaissant le comics, beaucoup plus déjanté (et tellement plus dérangeant), on regrettera cette adaptation plus lisse, mais qui ne manque pas de nous ravir quand même grâce à ces scènes d’action bien menées et ses acteurs désopilants, notamment Red Mist.

Kick-Ass, version papier, par Charlotte M.

Image de Kick Ass comics Les histoires de super héros ne sont jamais aussi chouettes que lorsqu’elles s’interrogent, justement, sur ces héros (sans quoi, à quelques super méchants près, un type en costume accomplissant une suite d’exploits ne serait jamais qu’une version un peu améliorée d’un numéro de cirque, non ?).

C’est justement ce que fait Kick-Ass, joyeux graphic novel où se bousculent capes, masques et costumes moulants. Comment réagirait cette caste imaginaire, à l’ère où les sources d’informations pullulent, où blogs et forums alimentent un flot permanent de commentaires, et où la consécration arrive par YouTube ? Introducing David Lizewski, l’ado qui en fit l’expérience, petit nerd terriblement ordinaire et qui s’ennuie un peu trop : une fantaisie d’adolescent légèrement trop infusée, un acte héroïque aux proportions modestes, mais accompli en costume et filmé par un portable, et voilà une légende qui naît.

Légende ? Le mot est peut-être un peu fort. Phénomène, vogue, tendance. Car à mesure qu’enflent le nombre de visionnages sur YouTube et le nombre d’amis MySpace, un petit noyau d’admirateurs se met à arborer, lui aussi, costumes et capes (sans pour autant être encore prêts à risquer leurs vies). Et au bout de quelques semaines, le chouchou des médias est supplanté par un nouveau favori à cape, un certain Red Mist à l’existence tout aussi numérique (car lui aussi se sert de MySpace comme d’un Bat signal).

Car entre rumeurs courant de forums en commentaires de blogs et vidéos au flou pixellisé, l’existence (et l’affrontement, et la jalousie) de ces héros se joue surtout sur la toile. Dave/Kick-Ass passe davantage de temps sur un lit (et devant un écran) à récupérer de ses divers passages à tabac qu’à sauver, moins le monde, qu’un inconnu qui passait par là (ce qui reste un louable début). Qu’il est facile, avec Internet, de s’inventer une double vie, d’être plus brave, plus fort, plus cool que nature ! Le papa de Dave en fait d’ailleurs l’expérience, veuf tristounet IRL levant une jeunette sur le web.

Mais Kick Ass n’est pas la seule identité que confectionne notre héros : si l’homme en collant vert satisfait ses rêves de coolitude, à d’autres désirs correspond un autre personnage : espérant se rapprocher de l’éternelle hottest chick in the school, il se laisse croire gay, se convertissant à Queer as folk et America’s next top model. Las : être Kick-Ass ne l’amène au bout du compte qu’à mettre les autres en danger et à se faire frire les testicules, et jouer les folles adolescentes ne fait qu’attiser la répugnance de la jolie Katie. Raconter ou se raconter des histoires, dans ce graphic novel, n’apporte rien de bon.

Cela peut même apporter le pire : au départ authentique (car véritablement secret, obscur et fichtrement meurtrier) super héros, Big Daddy avoue, dans un cri de douleur, n’être qu’un Dave un rien plus abouti : tout aussi nerd, tout aussi insatisfait, trimbalant un million de dollars de comics rares dans une valise, il a simplement un peu mieux construit son histoire, complétant son personnage d’un magasin d’armes plus que fourni et d’un devoir de vengeance. Il crève en croyant morte l’enfant élevée dans cette fiction.

Mais cette fiction en est-elle une pour Hit Girl ? On peut en douter, et peut-être est-ce la raison pour laquelle cette petite fille qui préfère authentiquement les sulfateuses aux poupées Bratz est la plus performante, la plus redoutable machine à tuer d’un récit pourtant riche en mafieux de tout poil : elle a été élevée dans cette réalité. Aussi, devant son choix de devenir une Mindy McCready auprès d’une maman jamais vraiment morte, on en vient à se demander si pour Hit Girl, cette réalité-là ne tiendrait pas de la fiction… et avec la mention ‘END OF BOOK ONE’, la question de rester ouverte. On sera là au prochain épisode : quand on vous dit qu’on trouve les super héros plus chouettes quand ils nous font douter d’eux…

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En savoir +

En salle depuis le 21 avril 2010.
Film d’action américain
de Matthew Vaughn
Avec : Nicolas Cage, Aaron Johnson, Chloe Moretz

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A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

1 commentaire

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  1. 1
    Christopher
    le Mercredi 5 mai 2010
    Chris a écrit :

    Bien vu ;)

    Je m’attendais à quelque chose de foncièrement mauvais quand j’ai vu la bande annonce, et finalement ce fut une agréable surprise, avec du second degrés et du sérieux en même temps, avec une excellente BO en prime et pas mal d’actions.