Bréviaire capricieux de la littérature contemporaine

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Par manque de place, je n’ai pas pu écrire le titre complet. Car le livre de François Kasbi – attention, prenez votre souffle - est : Bréviaire capricieux de la littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés. Ben dites donc, rien que ça. Ambitieux l’auteur ! D’autant que son bouquin est un monstre de près de 500 pages qui entend balayer la littérature contemporaine sous sa plume critique. Et moi je m’apprête donc à faire la critique d’un livre de critiques, voyez un peu la mise en abyme de l’affaire.

kasbiVu l’importance qu’on se doit d’attacher aux mots en littérature, on est comment dire. perplexe devant l’intitulé de l’ouvrage de François Kasbi . Car qu’est-ce qu’un  » bréviaire  » sinon un livre de prières à l’usage des prêtres dans la religion catholique ? Quant à  » capricieux  » qui désigne des enthousiasmes passagers ou de brusques revirements. Et tout ça à l’usage des lecteurs entre autres « désemparés ». Ce livre est-il du simple prêchi-prêcha écrit par un critique des Inrocks ? Oui, c’est la dernière précision : François Kasbi bosse entre autres pour les Inrocks .

Cet ouvrage est découpé en plusieurs parties avec deux consacrées à la littérature – française et étrangère – études d’ensemble et polémique, essais, miscellanées (écrits divers quoi), notes et pistes de lecture. En fait, il compile dix ans des articles de François Kasbi pour diverses publications. Je ne dis pas que j’ai pu me faire les presque 500 pages dans la totalité, de toutes façons, ce n’est pas le but de ce genre de livres : on l’ouvre au hasard ou on va voir l’index pour piocher ce qui nous intéresse. Donc dans l’index, je tombe notamment sur Frédéric Beigbeder et Amélie Nothomb : François Kasbi critique sans surprises les plus mauvais livres de leur bibliographie (respectivement L’égoïste romantique et Antechrista ). N’aurait-il pas été plus intéressant de chercher à trouver ce qu’ont écrit de bon ces deux auteurs largement décriés ? Je sais, mission difficile, mais tout de même plus louable.

A contrario selon François Kasbi, Christine Angot et Joy Sorman sont gé-nia-les. Qui a lu vraiment ces deux auteurs est en droit de se mettre à douter du sérieux du critique. Alors on feuillette page à page, histoire de ne pas être inutilement sévère et découvrir ce que ce Bréviaire peut bien nous conseiller. Le principal reproche qu’on puisse faire à François Kasbi, c’est son refus systématique de faire un véritable résumé de la plupart des romans dont il parle et qui puisse amener un minimum le lecteur à savoir où il va mettre les pieds. Ce qui parait être le B-A.BA de la critique, parler du fond avant de parler de la forme, lui il connaît pas. Difficile donc de s’intéresser à ce qu’il prétend faire découvrir.

En fait, la faute ne lui revient pas spécifiquement, les ouvrages de ce type – genre manuel de découverte de la littérature – sont souvent très rébarbatifs et rares sont ceux qui s’imposent pour guider un lecteur. Il aurait été plus utile, voire plus pertinent que l’ouvrage de François Kasbi s’articule sur des thèmes et des genres pour trouver un livre qui nous intéresse, plutôt que les très généralistes « littérature française » et « littérature étrangère » qui plongent le lecteur dans la même perplexité que lorsqu’il se retrouve face aux immenses rayonnages d’une librairie. Par ailleurs, le choix d’un seul et unique critique ôte une certaine crédibilité à l’entreprise : la subjectivité même de ce type d’exercice est amoindrie dans le cadre d’un journal où plusieurs critiques peuvent se renforcer les unes les autres selon la personnalité de leur auteur. Ce Bréviaire capricieux de la littérature contemporaine apparaît de fait un peu vain et prétentieux.

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Bréviaire capricieux de la littérature contemporaine, François Kasbi, Editions Scali, 2008, 478 pages

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

3 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 17 août 2008
    EOS a écrit :

    Quelle critique,bien écrite, si dans mon entourage on achète ce livre, je regarderai et te dirai quoi à ce moment.

  2. 2
    le Vendredi 29 août 2008
    Redrum a écrit :

    J’y jeterai un coup d’oeil par curiosité… même si comme vous, je pense que l’entreprise aurait pu être plus intéressante avec différents points de vue.

  3. 3
    le Mardi 19 octobre 2010
    valeron a écrit :

    Vain et prétentieux : cela résume bien les choses. J’ajouterais imbuvable à lire et sans ligne de conduite pour prétendre à s’appeler de la critique. Appelons ça plutôt discussions de comptoirs pour bobos parisiens. A déconseiller pour les vrais amoureux de littérature…

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