Arnaud Sagnard

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Ils font souvent rire ou sourire. On peut les considérer comme une des nombreuses plaies du paysage culturel (en général) et musical (en particulier). Vénérés par certains, mais plus souvent méprisés par les activistes de l'underground et de la contre-culture, les branchés et plus précisément ce qu'on appelle en rigolant « la hype » sont une source inépuisable de railleries ou de fantasmes.

sagnardEn être ou ne pas être, là est la question. Pourtant on ne mesure pas réellement l’impact néfaste qu’ils peuvent avoir sur tous les aspects de la vie culturelle sur laquelle ils font main basse. Car ils ne sont plus des créateurs mais seulement des consommateurs, dépourvus d’esprit critique et totalement soumis à la loi du marché. Arnaud Sagnard, journaliste depuis dix ans (pour Karl Zero, 20 minutes, collaborateur occasionnel pour Technikart ou Libération ) a eu tout loisir d’observer jusqu’à complète saturation ce petit monde défini comme « sectaire, consumériste, conformiste et cynique ».

Il en a tiré le livre Vous êtes sur la liste ? Enquête sur la tyrannie des branchés au terme de près de deux ans d’enquête, avant tout à Paris mais aussi à New-York, Tokyo ou encore Berlin. Rencontre avec celui pour qui la « hype » est loin d’être un épiphénomène sans danger pour l’avenir de la vie culturelle et artistique.

Ecrire un livre aussi vitriolé sur les branchés alors qu’on y gravite depuis de nombreuses années, c’est quoi ? Un ras-le-bol, une soupape de sécurité personnelle ? Ou carrément une envie de dire une vérité d’un milieu qu’on fantasme sans le connaître ?

Les trois, mon capitaine. Ce livre veut simplement rétablir un semblant de lucidité dans un milieu qui étouffe sous le fantasme, l’absence de critique et l’autocensure. Aujourd’hui, les branchés croient être cools, libres, avant-gardistes, créatifs or ils sont progressivement devenus l’exact contraire. Le grand public qui les regarde de loin pense qu’ils sont légers ou simplement ridicules, et donc inoffensifs. Or ils sont précisément LOURDS. Au sens où ils transforment de manière irrémédiable la société. Ce livre tente de décrire comment et pourquoi. Seules les personnes qui veulent en être s’intéressent à ce petit monde. Malheureusement, les sociologues n’étudient pas ces groupes, les journalistes et les philosophes les méprisent. Je crois qu’ils se trompent, la branchitude est un objet éminemment moderne et riche d’enseignement.

D’ailleurs dans votre livre, vous semblez faire un distingo clair entre les « branchés » tels que les années 80 les ont connus, et ce qu’on désigne comme la « hype » que vous détestez au plus haut point.

Les branchés d’hier – des années 90 – ou d’avant-hier – des années 80 – étaient les héritiers d’une tradition subversive. Leurs innovations artistiques et sociales, ont dérangé puis fait évoluer la société. Si on remonte plus loin, on les retrouve dans les bordels qui ont diffusé du jazz au début du siècle, dans les saunas new-yorkais homos où des DJ diffusaient les premiers disques de disco, dans certaines librairies parisiennes, dans les squats, dans l’immeuble de Radio Nova… La coupure a lieu à la fin des années 90 et au début des années 2000. Ne créant plus rien, ils n’ont plus assuré plus leur fonction de « passeur ». Aujourd’hui, ils s’observent, ils composent leur personnage puis se vendent. L’avance qu’ils ont sur le reste de la société n’est plus que commerciale, ils savent juste ce qu’il faut acheter avant les autres et ils l’achètent. Entre branchés, la concurrence est rude, nous avons les mêmes références, les mêmes envies. Il nous faut donc tenir à distance le grand public, ces ploucs incultes.

On vous a reproché de façon assez convenue de cracher dans la soupe, puisque vous continuez à fréquenter ce milieu. Mais aussi de ne vouloir régler des comptes qu’avec le milieu parisien en parlant de choses que lui seul serait sensé vivre et connaître. Qu’est-ce qui fait pour vous, qu’on doit absolument dépasser ce postulat de départ pour aller voir plus loin ?

Pour pouvoir parler précisément de cette soupe, il faut l’avoir goûtée, et pas qu’une fois. Le parti pris est avant tout JOURNALISTIQUE. La branchitude est un terrain qu’il faut comme n’importe quel autre – le milieu hypique, les cités… – décrire de l’intérieur. Celui-ci étant très codé et en grande partie inaccessible au commun des mortels, il faut aller en son centre et raconter ce que l’on voit. Or que voit-on ? Une violence sociale exacerbée, de l’inculture, la primauté des intérêts particuliers, du cynisme et une profonde servilité. Décrire cela revient déjà à être critique. Dans ce milieu, chacun survit socialement et économiquement grâce à son appartenance à celui-ci. Il y est très mal vu de remettre en cause cet équilibre car la branchitude se nourrit du silence et des louanges. Ainsi, la décrire devient « critiquer », raconter devient « régler ses comptes ». Regarder ce spectacle de l’extérieur ne permet pas d’en saisir les mécanismes. Il faut donc passer par cette étape pour comprendre quelle société ces personnages perdus font advenir. C’est cela qui est en jeu. Les deux derniers chapitres s’appellent « Les branchés du futur » et « Celui par lequel le malheur arrive », ce sont les plus désespérés mais aussi les plus lucides. Derrière les sourires dans les magazines, les événements privés, les codes vestimentaires et musicaux, nous assistons en fait à la fabrication d’une domination. Dans le livre, j’étudie chaque élément : les flyers, les artistes phares, l’économie du milieu, les baby rockers, les fluokids, Facebook… Autant d’objets signifiants que peu de gens prennent pourtant au sérieux.

En avançant dans votre livre, on a l’impression que le problème majeur de la hype, c’est qu’elle ghettoïse et paradoxalement qu’elle normalise, entre autres, l’espace urbain. Et pas seulement à Paris !

arnaud-sagnardOn assiste à deux mouvements : d’un côté, les branchés ferment les portes de leurs cercles pour rester entre eux et conserver le peu d’avance qu’ils ont sur le grand public et de l’autre, ce grand public les observe fascinés depuis les fenêtres que lui offrent les médias. Ces fenêtres ne sont rien d’autre que des miroirs déformants. Décrire ce qu’il se joue réellement à l’intérieur, au Baron ou aux soldes de presse Kitsuné effraierait les lecteurs. Alors on enjolive, on s’arrête à la surface, on tait l’essentiel et on préfère diffuser les photos des personnes trop contentes d’être entrées à l’intérieur, souriant, s’embrassant… Ce sont les gens qui font la queue devant l’entrée qu’il faut interroger et ceux qui n’entreront jamais. Ce spectacle, on le voit à Moscou, Miami, Paris mais aussi à Clermont-Ferrand. Ce modèle est en extension, les villes de province y succombent à leur manière, petit à petit. Et ce faisant, ce petit monde supprime ce qui diffère de lui. Dans le livre, je parle d’« altéricide » – de la disparition de l’altérité – le mot n’est pas trop fort. Bien sûr, on ne s’en rend pas compte au premier abord car on s’amuse dans ces lieux : on boit, on se drogue, on drague… Certains ne s’en rendront sans doute jamais compte car ils ne connaissent pas autre chose. Il suffit pourtant de commencer par observer les décors et les visages des gens. La conformité physique et sociologique y est saisissante.

Vous faites le constat d’un milieu qui récupère la vitalité et l’originalité de l’underground pour en garder une version lisse et au final hyper consensuelle. Pourquoi la « hype » est-elle dangereuse à ce point pour la vie culturelle et artistique ?

Pendant longtemps, les branchés ont repéré les créations de l’underground, se les ont appropriées puis les ont diffusées vers le grand public. D’où un rôle important de passeur. Aujourd’hui, ils sont coupés de l’underground et n’ont rien à offrir, ils recyclent des vieilleries. Pire, ils vident de son contenu ce qui est authentique. J’étudie par exemple comment le graff et les tags sont transformés en autocollants pour chambre d’enfant des quartiers chics. Le danger réside dans la fabrication d’un environnement culturel et artistique centré sur le confort et la sécurité où le design, l’architecture, la mode triomphent. Cette esthétique dénuée de sens convient parfaitement au marché. Fabriquer du néant permet aux artistes et à leur petit cercle d’exister. Le philosophe Yves Michaud parlait d’« art gazeux » au sujet de l’art contemporain, sans substance ni sens. Depuis, on assiste à l’éclosion d’un nouvel art procédural : au vide vaporeux, les branchés ajoutent le culte de leur personnalité, de la promotion, de la communication. Bref, c’est le triomphe de la flatulence.

Vous évoquez Inland Empire, encensé par la presse branchée alors qu’objectivement c’est l’un des films les plus atroces de David Lynch. En quoi cette oeuvre est un symptôme du rapport très ambigu que la hype entretient avec la culture ?

Le problème n’est pas que le film soit nul mais qu’il soit impossible de le dire ou de l’écrire dans ce milieu. Le faire ce serait attaquer une icône et surtout remettre en cause le fragile équilibre (« Tu m’encenses et en retour, je valide ton statut ») qui permet à chacun de grimper sur l’échelle de la hype. Le branché ne sait que célébrer les artistes de sa famille. Le sens critique a disparu au profit d’une véritable liturgie. Or historiquement, ce sont eux qui ont été les moteurs de la critique, de la remise en cause des conventions artistiques et culturelles. Aujourd’hui, ils développent seulement un second-degré inoffensif.

Au final ce qui vous désole le plus, c’est qu’on croit les nouveaux branchés à l’avant-garde alors qu’il apparaît que leur curiosité est extrêmement limitée.

C’est même de l’incuriosité puisqu’ils ne connaissent rien mieux que les millions de signes et de codes qu’ils produisent. Aller vers l’inconnu, l’autre, c’est comme franchir le périphérique, rigoureusement impossible. Le plus drôle c’est bien qu’ils scrutent en permanence leurs semblables, leurs oeuvres, ils ne soient pas plus conscients de leur mimétisme et de leur aveuglement. Avec un peu de recul, il est pourtant aisé de se rendre compte qu’ils sont de superbes prototypes d’hommes-marchandises.

Actuellement vous travaillez pour le magazine GQ . Vous n’avez pas hésité à égratigner ce type de publications dans le livre, notamment Technikart ou Jalouse dont les coulisses de la rédaction que vous racontez sont à faire frémir ! Ils vous en voulu de faire ça alors que quelque part, ils restent vos employeurs ?

planche2Les réactions sont diverses. Certaines publications avec lesquelles je suis pourtant sévère comme les Inrockuptibles ou Elle ont défendu le livre ou ont signalé son existence. D’autres l’ont mal pris comme Technikart . Je viens de rencontrer le patron du Vice Magazine français, malgré ce que j’écris de la philosophie de Vice, nous en avons parlé en toute liberté. Actuellement, le mensuel AdBusters s’intéresse au livre. Et si la presse venait à se déchaîner sur celui qui exerce son oeil de journaliste sur elle, ce ne serait pas la première fois. Il suffit de voir comment Le Canard enchaîné réagit à la publication d’un livre sur cette publication.

Chez les branchés, les choses se démodent assez vite. Vous n’avez pas peur que votre livre subisse le même sort puisqu’il décrit des phénomènes qui risquent d’être rapidement dépassés ?

Les manifestations de ce que je décris vont bien entendu changer, un genre musical, un groupe ou une mode vestimentaire va succéder à un autre mais les tensions qui les génèrent non. La tyrannie des branchés change de forme mais elle se renforce. La similitude entre les branchés rencontrés à Vancouver, Lyon ou Singapour est saisissante. Je croise plein de petits branchés qui ont déjà assimilé le cynisme des vieux briscards : une marque qu’ils méprisent sponsorise tel événement, ils s’en foutent, ils y vont quand même, ils ne peuvent entrer dans un lieu qu’à la condition d’accepter d’y être photographié, qu’importe, il faut se montrer et sucer pour accélérer son ascension dans la hype… L’idée même qu’on puisse y trouver autre chose, y apprendre des choses, découvrir des gens, créer des mouvements – ce qui fait pourtant son intérêt – a parfois complètement disparu.

Pour finir, quelle est pour vous la meilleure chose à faire pour résister à la « tyrannie des branchés » ?

La branchitude est un art de l’horizontalité : on crée un réseau, on accumule les friends sur Facebook, les invitations pour des soirées, les numéros de téléphone, les bons plans, les couches de vêtements, de marques, de codes, de signes… Je me demande s’il ne serait pas utile de cultiver un art de la profondeur. Je veux dire par là que : qui aime l’électro-rock d’ Afrika Bambaataa se mette à explorer à fond ce domaine, qui adore les chemises à carreaux se documente dessus, qui connaît la culture du skate, des mangas, la creuse… C’est ainsi qu’on pourrait sortir de l’accumulation vaine au profit de l’approfondissement. La verticalité, l’exhaustivité c’est du temps qui ne se perd pas. A force de creuser, on va bien découvrir de nouvelles connaissances, de nouvelles sciences. L’underground, c’est ce qui est dessous, ce qu’on ne voit pas mais qui est là quand même. Cela n’a pas disparu, nous avons toujours des yeux pour le voir et des mains pour les plonger à l’intérieur. Nous sommes juste occupés à regarder ailleurs.

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Vous êtes sur la liste ? Enquête sur la tyrannie des branchés, Arnaud Sagnard, Editions du Moment, 2008, 298 pages

Arnaud Sagnard co-dirige également la revue Irreverent : http://www.irreverent.fr/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

21 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 9 décembre 2008
    Julia a écrit :

    « Les réactions sont diverses. Certaines publications avec lesquelles je suis pourtant sévère comme les Inrockuptibles ou Elle ont défendu le livre ou ont signalé son existence.  »

    Tout ce qui fait parler de soi est bon à prendre ;)

    Je suis tombée récemment sur un bouquin intéressant aussi sur le sujet, « Petite philosophie du jet-setter » par Christophe Puyou (Milan)

  2. 2
    le Mardi 9 décembre 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Cracher sur la « branchitude » et adopter une contre-attitude, c’est intrinsèquement faire partie du mouvement.

    N’en déplaise à M’sieur, j’adore David Lynch et je suradore « Inland Empire », une de ses oeuvres clé.

    En fait je ne comprends pas l’intérêt d’un tel livre, si ce n’est de se vêtir d’un macfarlane de pseudo rebelle en crachant dans la soupe, dans l’intention qu’une autre élite achète la purée en se croyant grande rebelle. Quel sujet philosophique intense :) )

  3. 3
    le Mercredi 10 décembre 2008
    Arnaud Sagnard a écrit :

    Si on analyse pas les avant-gardes, on ne peut pas comprendre la société à venir. Je ne m’en fous pas de savoir pourquoi aujourd’hui ni vous ni moi ne peuvent entrer dans certains lieux. Si dans dix ans, on vous refuse l’entrée d’un restaurant parce que vous n’êtes pas sur la liste ou que vous n’avez pas le bon look, il ne faudra pas vous étonner. Il est facile de mépriser cette population par pur réflexe, il est plus difficile de l’analyser et de la comprendre. C’est bel et bien un sujet philosophique intense. Serge Daney disait qu’il faut étudier les mauvais objets aux yeux de la population ou des intellectuels, il citait le tennis de McEnroe en exemple. C’est ce qu’ai essayé de faire.

  4. 4
    le Mercredi 10 décembre 2008
    kyra a écrit :

    La verticalité, un art que l’on devrait pratiquer plus souvent… et pas uniquement dans ce domaine. A force de trop s’éparpiller, on perd en substance, on se fantômise, et ce n’est pas très beau à voir.
    Fessebook, Myshit : même combat.
    Merci, cette itw était intéressante.
    Cheers.

  5. 5
    le Mercredi 10 décembre 2008
    Arno Mothra a écrit :

    C’est de la tergiversation pure et simple, sans aboutissement. D’ailleurs j’avoue que de voir des gens cracher dans la soupe qui les a nourris (Technikart, ou Karl Zéro, pionnier de la hype et de la subversion version Télétubbies pour attardés se croyant rebelles sous prétexte d’écouter le Mouv’) me provoque toujours une certaine aversion. Quant à GQ pardonnez-moi mais comment peut-on se vanter intègre en travaillant pour une telle revue ? Vos lecteurs sont bien des hommes se calquant sur les nouvelles tendances, non ?

    Je regrette que l’incohérence travestisse l’analyse (et surtout la réflexion). Pourquoi ? Parce que l’homme a toujours eu besoin de ces matricules et de ces codes du langage : vous n’en faites pas exception puisque intrinsèquement à travers ce défi facile (il ne s’agit pas de philosophie, Cioran était un philosophe, par exemple) vous tentez de comprendre pourquoi vous ne souhaitez pas rentrer dans ce rang-là (? grosse confusion car vous vivez de ce système apparemment), et surtout vous érigez en quoi ne pas rentrer dans cette tendance vous rend intéressant. Le propos me parait égocentrique. Vous rentrez vous aussi dans la « hype » comme vous dites car vous la défiez, à travers un livre en plus (censé être lu, dans l’intention de débattre, etc ; le principe s’avère quasiment le même puisque vous tentez de récupérer un public et des moutons qui penserons de même, comme pour tout).

    Vous parlez « d’hommes-marchandises » : mais nous sommes tous des marchandises. Vous vous habillez ? Vous posez pour des photos ? Vous êtes édité ? Vous lisez la presse ? Vous écoutez de la musique ?
    Quelle alternative proposez-vous contre cette hype ? Aucune. Car dans votre dernière réponse, tout s’y rejoint : si un gamin s’intéressant au skate se doit d’explorer tous les horizons de sa passion, il rentrera forcément dans sa « hype » à lui, en devenant d’ailleurs progressivement réfractaire à tout ce qui ne la concerne pas.

    Et je reviens à votre façon de jauger les Inrocks (que je ne supporte pas), concernant le dernier David Lynch, encensé sous prétexte de préserver la superbe du magazine : expliquez-moi pourquoi les Inrocks a pris le parti de livrer des critiques dithyrambiques sur des films grand public comme certains avec Cornillac, comme Ratatouille, ou comme Rocky Balboa ? Il ne s’agit pas de « hype » me semble-t-il, si ?

    Je vous cite : « On assiste à deux mouvements : d’un côté, les branchés ferment les portes de leurs cercles pour rester entre eux et conserver le peu d’avance qu’ils ont sur le grand public et de l’autre, ce grand public les observe fascinés depuis les fenêtres que lui offrent les médias.  »

    Il en est de même pour toutes les mouvances : les punks, les bourgeois, les aficionados du skate (…), et j’en passe. Quant aux médias en question, vous parlez des vôtres au moins ?

    Merci de votre réponse, en tout cas.

  6. 6
    le Mercredi 10 décembre 2008
    Arnaud Sagnard a écrit :

    *Concernant le fait de « cracher » sur la presse qui me nourrit, j’y bosse et je tente de l’étudier et d’en tirer des enseignements critiques. Généralement on y bosse, on en tire son argent, on en pense pas moins et on en tait les défauts. Pour ma part, je prends le risque d’écrire ce que je pense et d’en subir les conséquences. Et surtout, ça permet de parler de cette presse et de ce milieu en connaissance de cause. Plus d’infos donc pour le lecteur.

    * Concernant GQ, mon employeur. Ce que vous appelez « une telle revue » – je suppose à cause des pages de pub, des séries de mode…- m’a permis en un an d’envoyer des reporters et photographes au Guatemala, au Pakistan, à NYC, en Angola, au Tibet… Et de faire travailler un certain Roberto Saviano, menacé par la mafia dont tout le monde parle et à qui personne ne commande de papier. Bref, ce que plus grand monde ne fait dans la presse. Intégrité, je sais pas, journalisme, certainement.

    *Dans le livre, je parle des médias pour lesquels j’ai bossé et de mon cas personnel, il suffit de le lire pour s’en rendre compte.

    *L’alternative en question est évoquée dans le dernier chapitre et vaudrait à elle seule un deuxième livre. Celui qui développerait aujourd’hui une culture verticale (qu’elle soit manga, emo…) aurait, à mon sens, peu de chance d’entrer dans la hype.

    * Quant aux Inrocks, je leur reproche surtout d’avoir, pour un magazine musical, raté les deux seules révolutions du genre qui se sont déroulées sous ses oreilles, le hip hop et la musique électronique.

  7. 7
    le Mercredi 10 décembre 2008
    kyra a écrit :

    Je ne prends pas partie, mais Arno as-tu lu le bouquin ? Tu sais bien qu’une itw ne permet pas toujours d’aller -justement- en profondeur, et de dévoiler toutes les clefs de l’analyse… Alors bon, de là à sortir les crocs en assenant un raisonnement certes bien construit, mais fondé sur pas mal de préjugés, c’est peut-être un peu prématuré, non ?

    ok, je sors. Je vous laisse à vos plumes/scalpels, les querelles virtuelles me soûlent en ce moment. Et que l’on patauge dans une mare ou dans l’autre, c’est toujours aussi crade.

    Cheers.

  8. 8
    le Mercredi 10 décembre 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Puisqu’il en faut, je vais citer le sommaire du dernier GQ (je cite, « mensuel masculin consacré à la mode »), totalement hors hype, avec Georges Clooney et Brad Pitt en couverture, dignement Photoshopés :

    « Musique avec Britney Spears ;
    Beyoncé Knowles

    Enquête : où diner avec les stars

    Mode : 8 détails qui font la différence

    Accroche de couverture : Brad et Georges, ils sont beaux, riches, drôles et stylés, et ils veulent changer le monde, comment leur ressembler ?  »

    Franchement… Je ne parlerais pas non plus des rubriques consacrées au sexe, ou les décos de salon etc. Ni du titre racoleur avec Roberto Saviano. Ni de Beigbeder, antithèse suprême de la hype, c’est bien connu : Beigbeder c’est un peu le George Bataille des années 2000 n’est-ce pas ? :)

    Pour les Inrocks (qui est un magazine culturel et non musical, et qui propose sur son site des articles de Pharell Williams, Justice, Birdy Nam Nam et Eminem), nous sommes bien du même avis, mais ça ne change rien à vos propos précédents : vous n’avez pas dit que les Inrocks évincent délibérément des courants culturels, mais plébiscitent toujours les mêmes choses (bonnes ou non) pour faire briller leur apparat d’intellos bobos parisiens. C’est tout à fait différent !

    Et le discours est à côté de la plaque : les lecteurs de Hard’n'heavy constituent, eux aussi, pour exemple, une élite : le magazine, comme tous les magazines spécialisés, n’est pas non plus ouvert aux musiques électroniques et au hip-hop. D’ailleurs dans GQ, dans la section musique, allez-vous parler de Punish Yourself, Mindless Self Indulgence, Cradle Of Filth, Gogol Ier, ou du Klub des Loosers ? Ou pour parler électronique, irez-vous consacrer quelques pages sur Kraftwerk, Front 242 ou Throbbing Gristle ?

    Quant aux mangas et à la tendance émo, cela fait plusieurs années que c’est devenu une industrie et une mode à part entière.

    PS – nous n’aimons pas la hype, ceci-dit il se trouve un joli logo « Kodak » sur votre photo.

    Kyra non effectivement je ne me fie pas au livre mais à l’interview, comportant à mon sens des propos extrêmement convenus (et contradictoires surtout). Après je développe mon avis, rien de plus ;)

  9. 9
    Pascal
    le Jeudi 11 décembre 2008
    Pascal a écrit :

    Well, well, well…

    Tout d’abord merci à Arnaud Sagnard d’avoir pris le temps de répondre aux questions de Dahlia ainsi que de son passage ici même pour poursuivre le débat.

    @Arno, je vois partiellement ce que tu veux dire. Mais s’attarder sur GQ en particulier n’est pas forcément le propos de l’intw. Stedim avait fait un article assez chouette à l’occasion du lancement du premier numéro: http://www.discordance.fr/GQ.html
    Il m’arrive de l’acheter occasionnellement, et bien sûr que c’est bourré de pubs, mais les dossiers et intws sont relativement bien ficelés.

    Je n’ai pas encore lu le livre, et effectivement en lisant le pitch la première pensée qui vient à l’esprit est d’accuser son auteur de cracher dans la soupe. Mais les questions de Dahlia et les réponses d’Arnaud prouvent justement que cela va bien au delà. Arnaud fait sûrement preuve de cynisme. Mais il faut aussi preuve d’un certain courage en ne se cachant pas sous un pseudo quelconque (Cf Madame, Monsieur Bonsoir).

    Et surtout il applique de façon conséquente la verticalité qu’il entend défendre. Il fait d’un sujet dont on pouvait craindre un traitement superficiel et racoleur, une analyse sociétale pointue.

    Je préfère de loin avoir l’avis de quelqu’un « de l’intérieur », qui bosse dans le milieu depuis des années, qui avance à visage découvert et qui visiblement a envie de faire bouger les lignes, plutôt que celui d’un journaliste muni d’une caméra cachée qui passe 10 jours au sein d’une rédaction sous une fausse identité comme ce fût le cas dans la fameuse émission de Pujadas sur France 2….

    L’une de mes questions à Arnaud Sagnard serait de savoir ce qu’il pense de Chronicart qui selon moi tente d’appliquer la verticalité dans les sujets qu’ils traitent. Et pourquoi il n’écrit pas pour eux.

    Et pour finir, je ne suis pas sûr d’avoir compris l’allusion au logo Kodak de la photo. Pour tout dire, c’est moi qui ai choisi l’image à mettre en une à partir des différentes photos reçues pour l’article. N’y voyez là surtout aucune arrière pensée de ma part…

  10. 10
    le Jeudi 11 décembre 2008
    Arnaud Sagnard a écrit :

    Concernant le dernier post d’Arno, je tiens juste à répondre que si une accroche de couv’ « racoleuse » vous paraît plus importante que de faire travailler un journaliste menacé de mort par la camorra, on ne peut pas s’entendre. Mieux vaut en effet rester à juger des livres qu’on a pas lu du haut de son siège dans sa chambre.

  11. 11
    le Jeudi 11 décembre 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Ca n’a pas manqué, il faut absolument qu’on vous prenne pour un héro ! Bravo ! Moi je tiens juste à répondre que vous n’avez aucun argument : me dire de dégager pour aller lire votre bouquin 3 fois de suite, c’est ridicule. Surtout après votre incohérence avec les Inrocks, les mangas et les émos, et la contradiction entre vos propos et le nouveau GQ. Un tel creux ne m’incite heureusement pas le moins du monde à vous lire.

    Pascal : Ce qui me choque ? Qu’on prenne Arnaud Sagnard pour un héro avec un sujet aussi facile et surtout inutile. Dans les commentaires, Arnaud me parlait des problèmes pour rentrer dans les restaurants… Pourquoi ne pas faire un débat sur les maghrébins qui ne peuvent pas mettre un pied dans certains clubs ou plus évasivement certains lieus ? Le racisme banalisé et impuni dans un pays comme la France me parait hautement plus dangereux et important que des taches contentes d’écouter des cd « hype » en se blanchissant les narines.

    Arnaud ne se cache pas sous un pseudo car il sait pertinemment que ce sera tout à son avantage (il n’hésite pas d’ailleurs à accentuer ce « petit détail »), et que dans certaines presses, quoiqu’il advienne, on aime aussi les trublions.

    Faut-il impérativement acheter un bouquin ou un cd d’un artiste ou d’un journaliste pour réagir aux propos démesurés de son interview ? Oui ? Dans ce cas je ne comprends pas le raisonnement. Alors toutes mes excuses Arnaud Sagnard, votre oeuvre m’apparait d’emblée comme transcendante et formidable et je ne manquerai pas d’allumer un cierge en vous lisant. Sur ce, vive Eric Laurent.

  12. 12
    le Jeudi 11 décembre 2008
    Dahlia a écrit :

    Arno, c’est quand même incroyable que tu puisses être qqn d’adorable en privé et que tu pètes à ce point les plombs dès que tu t’exprimes sur le net. Je t’en prie, apprends à canaliser, merde!

    Tu trouves ce sujet facile et inutile? Je ne trouve pas qu’il soit inutile de montrer que New-York (il y a tout un chapitre qui lui est consacré dans le livre) qui était l’avant-garde, la pointe de l’underground, qui a produit parmi les meilleurs artistes de la contre-culture soit aujourd’hui une ville aux bars lounge à la sex and the city, ces même bars qu’on peut retrouver à Paris, Londres, qui envahissent les centre-ville et semblenet clamer, t’as pas de pognon, dégage… On souligne juste que lorsque le consumérisme prend le pas sur la créativité, c’est un nivellement par le bas qui guette et un risque accru d’exclusion parce que ça va s’étendre, c’est un cercle vicieux sans fin.

    Ce fameux nivellement par le bas qui pousse aujourd’hui les politiques à dire « on va supprimer la culture générale au concours de la fonction publique parce que comme ça, ça égalisera plus les chances. » Sans réfléchir une seconde au fait que la culture générale c’est du travail qui doit se faire en amont dans l’éducation, mais aussi le milieu scolaire etc… Mais bon, il faut du rendement, du profit appliqué même à ça! C’est à gerber des fois cette façon de penser!

  13. 13
    le Jeudi 11 décembre 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Mais je ne parle pas du livre bon sang mais des réponses à l’interview, loin d’être focalisées sur New-York que je sache !

    En quoi est-ce péter les plombs ?

    Ton commentaire est évidemment très juste en ce qui concerne les politiques, mais honnêtement je ne vois pas le rapport avec les réponses de l’interview. Si le rapport est à faire avec le livre, dans mon sens Arnaud Sagnard le vend mal, car à travers l’interview ce n’est absolument pas le message que ça me fait passer. Sur ce, dernier post de ma part là-dessus.

  14. 14
    le Jeudi 11 décembre 2008
    Dr Hilarius a écrit :

    si la Hype est devenue aussi insignifiante, est ce que ce n’est pas d’abord parce que les contre-cultures et les ploucs incultes mais curieux n’ont plus besoin de passer par un entonnoir (et a fortiori celui de la hype) pour se rencontrer facilement ?

    ce qui serait, plutôt, une bonne nouvelle.

    pour le reste, le coup de la marge subversive qui s’est diluée jusqu’à devenir une institution marchande qui exploite son passé glorieux qu’on ressasse indéfiniment pour le plus grand nombre : bon, ouais … mais déjà vu avec le rock, le hip hop, etc

    évidemment, si on en reste à un début avec Adam et Eve et une fin avec la Hype … on fait un film catastrophe. Mais les derniers mots de l’interview laisse bien entendre que ni la curiosité, ni l’underground ne sont morts. Y aura des suites … elles ne naîtront sûrement pas dans des lieux commerciaux : mais qui est assez naïf pour les y chercher ?

  15. 15
    le Vendredi 12 décembre 2008
    kyra a écrit :

    ok Arno, merci pour la précision ;)

    En tout cas, tout ceci est bien instructif. Certains auteurs n’apprécient pas la critique, surtout quand elle vise juste. Et c’est bien dommage. De là à dire qu’il y a pétage de plomb, faut pas exagérer. Arno a l’audace et la franchise de dire ce qu’il pense, et apparemment il se heurte à un mur.

    Bref. Cette itw et ce qui en a découlé ne m’a pas donné envie de lire le bouquin. CQFD.

    Et heureusement qu’il ne faut pas obligatoirement acheter un CD ou un bouquin pour réagir à des propos lâchés en itw. Je salue néanmoins Arnaud Sagnard d’avoir pris le temps de répondre dans les commentaires, mais bon, sans plus. Ce livre ne changera pas la face du monde. Il y a des combats bien plus graves ici-bas. Ca fera son petit buzz, des portes s’ouvriront, d’autres claqueront, et puis ça cramera comme un fétu de paille avant de retomber dans la poussière de l’oubli. Tu parles d’un phénomène…

    Cheers.

  16. 16
    le Dimanche 14 décembre 2008
    NOBODY a écrit :

    C’est pas un papier sur NO2L GODIN ???

  17. 17
    le Lundi 15 décembre 2008
    Scritch a écrit :

    Tout ceci repose sur un postulat faux : croire que les chébrans ont été un jour (même un seul) à l’avant-garde de quoi que ce soit, alors qu’ils n’ont jamais rien fait que récupérer (et parfois, il est vrai, promouvoir) le travail des autres.

  18. 18
    Ambroise Colère
    le Mercredi 17 décembre 2008
    Pacush Blues a écrit :

    boycottons Arnaud Sagnard, c’est hype.

  19. 19
    le Vendredi 19 décembre 2008
    c4n4r a écrit :

    Un débat intéressant… sur un milieu qui lui ne l’est absolument pas.

  20. 20
    le Vendredi 16 octobre 2009
    FM a écrit :

    Il faudrait sa poser la question de savoir aussi si la verticalité prônée par A.S. ne heurte pas de plein fouet le principe horizontal du web : il me paraît difficile de croire que l’underground n’a pas muté sous l’effet panoptique du web : on peut tout voir et savoir, si l’on y consent et qu’on y passe du temps. D’où le fait que le hip est digéré par la hype en 2 temps, 3 mouvements, accélération qui ne laisse plus le temps à l’underground de produire un discours et surtout une culture autonome, vierge de toute « tache commerciale »…

    et si je voulais faire mon hater, je dirais qu’il serait aussi très intéressant d’expliquer enfin et en toutes lettres comment « les magazines de la hype » dépendent en tout connaissance de cause des marques et donc multiplient les publirédac’au point que souvent les 3/4 des contenus (cf le cas Jalouse) sont des façons directes ou indirectes de plaire aux services marketing et d’envisager leurs budgets avec la faim de l’affamé aux abois, sans les annoncer à leurs lecteurs de moins en moins nombreux.
    La vraie économie des mag « branchés » ou et surtout « mode » et également « musique » (les Inrocks n’ont parlé de hip hop qu’à peu près au moment où les maisons de disques ont signé leurs 1ers artistes rap, contrairement au Libé des années 80 d’ailleurs, ou le Nova d’avant évidemment…) que les esprits les plus affûtés (très souvent intégrés au milieu, insiders pour parler hipster) repèrent au 1er coup d’oeil.
    Parler de ça par contre, contrairement au fait de théoriquement cracher dans la soupe, provoquerait une mise à l’écart automatique du milieu.
    Blacklist directe d’après ce que je crois, et sais.

  21. 21
    le Mercredi 10 décembre 2008
    sebastien a écrit :

    ce livre m’a rappelé une histoire pour enfant que j’avais lu dans mon enfance. une histoire ou des imposteurs proposent leur services en tant que couturiers au roi de france, mais au lieu de depenser l’argent a acheter de beaux tissus,ils le garde et font croire au roi qu’ils ont conçu un tissu que seule les sots ne voient pas , et pour ne pas passer pour un sot le roi dit qu’il trouve le vetement magnifique et s’en va parader en ville nue devant ses sujets,qui se mettent un par un a crier « le roi est nue comme un ver!! »
    et la le malaise s’installe bien sur ha ha

    tres bon bouquin ca fait du bien un peu de lucidité sur ce milieu fabriqué de toutes pieces
    pour faire la gloire de ceux qui le construisent.
    bonne continuation.

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