Zola Jesus – Stridulum II

par |
Comment cultiver la noirceur sans être glauque ? Zola Jesus a trouvé la partition magique.

Image de Zola_Jesus_Stridulum_II_Cover Il y a un an, on s’enivrait des mélanges gothico-électroniques de Fever Ray, entre chamanisme et froideur détachée. On reprend donc le chemin de l’école gothique avec Stridulum, deuxième du nom, que l’Américaine Nika Roza Danilova nous livre alors que l’on commence juste à se lasser du soleil estival (enfin, imaginons). Après un premier album sorti en 2009, Amsterdam, Zola Jesus reprend ici les six titres de l’EP Stridulum sorti plus tôt cette année pour y ajouter trois morceaux inédits, Tower, Sea Talk et Lightsick.

Dès l’ouverture, Zola Jesus nous happe avec Night. Ce n’est pas prudent, mais on quitte alors les sentiers balisés pour s’aventurer dans les sous-bois. On suit la voix de Nika sans trop se méfier, car c’est bien l’important, l’habillage étant plutôt lo-fi : la chanteuse de 21 ans a un passé à l’opéra et sa voix garde de ces années une puissance et une profondeur qui sont mises en avant tout au long de Stridulum II. Si certains titres sont imprégnés de noirceur (Trust Me), d’autres ont l’immédiateté de refrains pop, sur ce I Can’t Stand martelé par un rythme lourd. Bien qu’on retrouve des beats synthétiques sur Stridulum et Tower, Zola Jesus se rapproche davantage de la scène new wave et industrielle que de l’électro.

Il est beaucoup question d’errances nocturnes, des images de déambulations qu’on retrouve dans le clip de Sea Talk réalisé par Jacqueline Castel, qui dit s’être inspirée des actions des somnambules. On ressent surtout un sentiment de solitude, cherchant la sortie de cette forteresse intime sur Run Me Out, à l’ambiance pesante, ou depuis une Tower d’ivoire : « It feels like I’m the only one » résonne contre les murs. Oui c’est dramatique, mais non, ce n’est pas ridicule. Bien sûr, il y a de la réverbération et des claviers 80’s, mais pour une fois on ne s’en écœure pas. Stridulum II, malgré son côté un peu rapiécé par l’ajout de titres à un EP existant, est finalement cohérent. La progression nous amène au superbe Sea Talk, et à force d’imagination on prend le large, même si c’est à bord d’un bateau dans un lavabo. Les espoirs comme les craintes sont, eux, infinis.

Zola Jesus, Stridulum II (Souterrain Transmissions), sortie le 6 septembre 2010.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article