Zenzile

par Electronic Brain Food|
Pawn Shop leur huitième album est sorti en septembre dernier et marque une nouvelle étape de leur évolution musicale amorcée avec Living in Monochrome. Rencontre à Nantes avec Mathieu, le bassiste du groupe, juste avant un concert de leur tournée estivale 2010 pour un échange emprunt de lucidité et respirant la sincérité.

Comment est né Zenzile ? Quelle est l’histoire de votre rencontre ?

Image de Zenzile C’est une bande de copains, tous issus d’Angers ou de sa région, certains avaient fait leurs armes dans des groupes avant Zenzile, au début on a commencé à trois, tout le line-up actuel s’est mis en place en deux ans, mis à part le guitariste qui a changé deux fois. En 1998 on a rencontré Jamika avec laquelle on a travaillé à distance, pour qu’elle s’installe il y a quatre ans à Angers.

Dès les débuts, vous avez pu trouver une ligne directrice sans divergence entre tous les musiciens ?

Ce que le dub permet, c’est la liberté, rien ne t’empêche de faire un pont rock métal, après la question c’est comment tu fais pour marier toutes ces influences ? Le dub est à la base un style instrumental. Ce n’était pas notre but de faire un projet 100 % instrumental. On a commencé comme ça puis l’envie est venue d’intégrer des chants, d’où les collaborations avec des chanteurs, des chanteuses.

Après 13 ans d’existence, qu’est-ce qui a marqué le virage du dub au rock avec l’album Living in monochrome ?

L’envie d’évoluer. Avec le changement de guitariste et l’arrivée de David au chant, on a refait un travail en acceptant la sensibilité musicale des nouveaux arrivants. On ne voulait pas absolument respecter la ligne directrice précédente du groupe. Après que ça plaise ou non, c’est un autre problème. C’est aussi pour ne pas se répéter. Quand tu restes dans les mêmes carcans, pour surprendre c’est assez dur.

Ça vous a fait du tort vis-à-vis du public fidélisé ?

C’est dur à évaluer. Oui je pense qu’il y a pas mal de gens fans du côté dub. Il y en a également quelques-uns que l’on a captés et qui ne nous suivaient pas forcément avant. C’est tombé avec la période actuelle où les gens achètent moins de disques. On est un groupe ancien maintenant, ça fait 13 ans. Au niveau de la promo, on regarde les choses d’une manière relativement sage, on peut continuer à faire ce que l’on aime.

Après une brève écoute de Pawn Shop » on a pu déceler quelques skanks, est-ce un retour aux sources ?

C’est plus au niveau du traitement. Le seul truc sur lequel nous n’étions pas satisfaits par rapport à l’album précédent, c’était d’avoir beaucoup de featurings et on s’est retrouvés confrontés à le présenter en live. C’est cool d’avoir Tricky, mais il manquait la moitié des collaborateurs quand on passait sur scène. Le nouveau disque n’est pas plus dub que ça : sur 10 morceaux il y en a 8 chantés. Dans les influences il y a tout de même des réminiscences, même si la production n’est pas poussée dub. On a enregistré live puis une partie en « re-re ». Sur les disques d’avant on reconstruisait les morceaux au mix. Le nouvel album est beaucoup plus brut, les compos sont plus cadenassées.

Vous avez toujours l’essence militante que l’on trouve dans les albums du passé ?

Image de Zenzile L’essence militante nous regarde plus au quotidien, dans les choix de vie que l’on fait. Je ne peux pas raccourcir le fait d’être militant au fait d’être musicien : il y a des profs plus militants que des musiciens et inversement, des mecs qui bossent sur des chantiers plus militants que des profs, des chômeurs plus militants que des mecs qui bossent. Ça dépend de comment tu conçois ton rapport aux autres et à comment tu te places dans la société… Pour Zenzile, il n’y a pas de message. Ceux qui chantent ont eux un contenu artistique personnel : Jamika a des choses à revendiquer en tant que femme, que black, qu’américaine. On est content de servir de vecteur musical pour ça et de bosser avec des anglophones parce que ça sonne.

Ça peut toucher aussi plus de monde ?

On ne calcule pas les démarches pour savoir qui ça peut plus toucher ou moins. On a essayé de faire quelque chose qui nous corresponde. Il y a des compromis, car évidemment il en faut, mais il ne faut pas dissoudre son propos musical dans trop de compromis, car là on peut perdre en profondeur musicale.

On va revenir à la tournée qui s’achève à la fin de l’été 2010, est-ce qu’il y a des dates que vous attendez plus que d’autres ?

On part dans les pays de l’Est : Slovénie, Croatie, Hongrie, Tchéquie pendant dix jours. On passe 90 % du temps en concert en France, économiquement c’est ce qui nous fait vivre. Partir à l’étranger, c’est un peu se racheter une virginité en tant que groupe : ça recharge les accus à bloc, car la plupart des gens ne t’ont jamais vu et ça change du train-train, c’est plus léger. En général ça nous conforte dans le fait que ce que l’on fait c’est relativement international. En juin on part en Chine, au Laos et au Vietnam.

Quels autres pays connaissent Zenzile ?

Très bon souvenir au Mali en Afrique, car Angers est jumelé avec Bamako, il y a eu un vrai échange culturel, on a rencontré des musiciens et on a joué pour les gens de la rue. C’était gratuit dans ce qui s’appelle la maison du peuple, le public a vraiment aimé l’accent reggae, dub et tous les effets. Le Mali c’est vraiment un lieu de culture très très riche avec les maîtres de kora, les Touaregs…

À quelle question aurais-tu aimé répondre ?

On nous demande souvent « Vous n’en avez pas marre, vous n’êtes pas fatigués ? » Tant qu’on prend du plaisir à ce que l’on fait, non. Avec le concert, et c’est ça qui est énorme, ça passe ou ça casse. Faire de la musique ne fait pas de nous des gens d’exception, ce n’est pas parce qu’on a une once de succès qu’il faut perdre le sens des réalités… De toute façon, la réalité tu y es ramené très vite.

Des anecdotes croustillantes sur la foultitude de concerts que tu as pu faire ?

Grand moment de solitude et très dur quand on avait fait un concert au Kosovo : le pays sortait de la guerre et il n’y avait rien. La programmation était faite de groupes de rap du coin, la moyenne d’âge du public était de 17 ans et on a pris quelques caillasses sur scène, pas dans la gueule, mais ça remet les choses en places, j’étais à deux doigts de l’abandon, mais on a fini le concert…

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