You!

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Très attendu, le premier effort des Parisiens de You! voit enfin le jour après avoir habilement su faire monter la pression à coups de singles ravageurs et de clips faisant le tour du Net. Album de génie ou déception musicale ? Une question qui a partagé la rédaction et au-delà...

You! par L.

Oui, oui, ils sont Français ! You ! sonne comme un groupe de pop indé anglo-saxon ; mais attention, il ne faut pas non plus crier au génie. C’est vrai qu’ils partent avec le french handicap du rock, mais s’ils réussissent à le dépasser, ils devront faire leurs preuves en étant plus généreux.

À l’origine de ce projet, il y a Romuald Boivin, un graphiste parisien également compositeur. Après une soirée bien arrosée, il fait par hasard écouter son travail à José Reis Fontao, le chanteur du groupe Stuck in the Sound, lequel veut immédiatement poser sa voix dessus. Certaines prises auront donc été enregistrées en une seule fois, dans la chambre de Romuald, à l’aide d’un vieux micro et sans aucun artifice. Elles gardent en cela un aspect brut et organique alors que d’autres ont bénéficié d’un travail plus approfondi en studio. Ensuite, les morceaux ne datent pas tous de la même époque, et ça se sent. Autant d’éléments qui participent au déséquilibre qui caractérise le résultat final.

L’album démarre très fort avec To Disappear. Peut-être trop fort d’ailleurs. Single servi par un clip reflétant la déprime de toute une génération, la chanson réussit à donner plusieurs émotions intéressantes, notamment grâce à une guitare entêtante dont les notes courent sur une batterie coincée dans sa boucle comme un individu enfermé dans son quotidien. On touche là à quelque chose de sensible puisque d’une composition simple ressort un certain plaisir d’écoute. Malheureusement, ce système basé sur la répétition tue l’album. Il y a des idées exploitables, mais Romuald et José semblent s’en contenter. Hormis l’estivale Spring is Over, qui confirme l’apport majeur de la voix de José Reis Fontao, et Sisters, qui prouve que You! est capable de construire un morceau qui tient la route de la première à la dernière note, en conservant une identité sonore singulière et une belle atmosphère, le groupe bascule dans la facilité. Il tombe dans une sorte de fainéantise musicale qui n’apporte rien à l’album, à l’image de Know Your G. Certains titres sont faibles, tournent en rond ou ne sont pas finis (Never Seen a Girl, Thank You), et font perdre en homogénéité. Murder in the Nightclub montre que les deux amis et musiciens sont meilleurs dans les sons plus sales, mais ils auraient néanmoins pu faire évoluer l’ambiance au lieu de se satisfaire du minimum. Même reproche au titre qui ferme le disque : Good aurait mérité une progression complexe dont elle a le potentiel.

Cependant, même si une chanson comme Old Song est à mettre directement à la poubelle à cause de son début insupportable, de la voix féminine de Isabelle Lindqwister qui tente d’être sexy (n’est pas Alison « VV » Mosshart qui veut) et de la voix masculine modifiée (n’est pas Jack White qui veut), il reste quelques petites choses à sauver. Battles offre la même guitare électrique mélodique que sur To Disappear et la voix monte joliment dans les aigus ; Heart est un titre assez énergique qui plaira probablement ; et la mignonne Hello ressemble à la bande-son d’un road trip sous le soleil, mais ne dure que deux minutes trente, juste le temps du trajet appartement-métro pour commencer la journée sur le bon pied. Enfin, on trouve une certaine profondeur et une douce mélancolie dans I Hate You. Le chanteur insiste sur le mot « hate » aussi longtemps qu’on aurait envie de le hurler à la personne que l’on déteste le plus au monde. Et toute cette haine et cette colère se retrouvent résumées dans une chute plutôt bien réalisée.

Certes, You! est un groupe efficace sur les compositions courtes, et les chansons plus longues ne sont pas forcément gage de qualité ; mais là, on a l’impression d’écouter une ébauche de projet. Car, à force de tout miser sur des titres bruts, Romuald Boivin et José Reis Fontao perdent en sensibilité et en nuance. D’autre part, ce dernier devrait laisser le travail sur la dissonance aux rares qui la maîtrisent (comme Thom Yorke) et se concentrer sur la clarté et la puissance de sa voix.

Un premier album très inégal, donc, et décevant, mais qui laisse entrevoir un espoir d’accomplissement. Sur scène, les membres d’I Am un Chien, David Fontao (le frère de José) et Douglas Cavanna, rejoignent le duo, s’entraidant tous pour faire avancer leurs trois groupes respectifs, parce qu’avec eux, tout est une histoire de famille.

You !

You! par IsaTagada

Mars 2009, un podcast de JD Beauvallet, l’infatigable découvreur de talents des Inrocks, révélait un titre à écouter en boucle, en forme de drogue dure.
C’était I hate you, une tuerie musicale à hurler au génie portée par un clip d’une effarante modernité, à la fois malsain et hypnotique, dont ni la voix ni la mélodie n’étaient toutefois totalement étrangères.

Des mois plus tard, voici enfin le premier album du groupe, attendu comme peu d’autres. Avec, autant commencer par la fin, zéro déception à l’arrivée. À l’âge adulte You! puise dans toute cette bande une force qui ressemble pourtant à s’y méprendre à celle de l’adolescence, temps de l’invincibilité. Une force idéale pour partir à la conquête de l’auditeur et n’en faire qu’une bouchée. Du reste, ils ne s’en cachent pas les You!, clamant partout que You! c’est Toi! (forcément), et que l’album est une galerie de portraits parmi lesquels chacun trouvera automatiquement le sien.

À l’écoute, il y en a pour tous les goûts en effet, à condition qu’ils soient curiens, tout de même.

De la chanson vintage (mention spéciale pour Izzy de Rodeo Massacre, extraordinaire voix de Old Song, entre râle revendicatif et sensualité) à la new-wave (excellent Sisters) en passant par l’électro (Murder in the night club) ou un léger slow groove (Never seen a girl), c’est avant tout la profusion de tubes qui frappe l’oreille. I hate you, on l’a dit, mais aussi Battles, fascinent notamment par leurs boucles mélodiques obsédantes d’une irrésistible efficacité, tandis qu’une tendance lourde se dessine, qui fait toute la spécificité du projet en même temps qu’elle constitue une performance de taille : celle de réunir dans un seul et même son des beats saccadés accrocheurs, un dialogue guitare/basse plutôt rock, et une rythmique d’esprit funk qui agite automatiquement les corps.

[...]

En treize titres ravageurs You! est un doigt pointé droit sur toi pour mieux faire diversion.
Car You! c’est surtout Lui!, le génial Romuald au visage marqué par ses tortures internes, qui s’offre nu au regard du monde et attend le verdict public.

Un disque qui frise la perfection.

Parce qu’il a une âme.

Chronique complète à retrouver sur son blog : http://isatagada.blog.com/2010/09/10/chronique-dalbum-you/

You! par Laura

Cet album pourra déconcerter les puristes des rendus bien clean, bien lisses, mais souvent bien chiants, il faut le dire. Cependant les amateurs de DIY, quant à eux, apprécieront le côté un peu punk de l’enregistrement. Le tandem confiera d’ailleurs à SFR Musique « On voulait garder ce côté crade de la chambre de Romu, avec son micro dégueulasse. On a d’ailleurs eu un long débat pour savoir si on n’allait pas carrément garder les premières prises de voix, quitte à laisser les chants en yaourt, mais certaines chansons avaient trop de potentiel pour ne pas les rebosser derrière. » Tout est dit.

La galette commence tout naturellement par To Disappear, clipé il y a de ça quelques mois par José himself. Une chanson tel un concept puisque sa mélodie entêtante et sa mélancolie lancinante changent de visage une fois la vidéo incorporée au savant mélange. Mettant en scène leur ami et photographe, il s’agit alors un peu du deuxième effet Pierre Lapin. Une sincérité des images comme un plug-in pour ce titre déjà incontournable.

L’album semble alors être estampillé « bande originale de votre vie » puisqu’il y en a pour tous les goûts et tous les instants : la profonde et violente I Hate You ponctuée et sublimée d’un très sincère « Fuck You », la dansante et festive Heart qui est décidément bien trop courte, la badtrippante Battles etc. On se perd également facilement à rêvasser sur Spring is Over car même si l’intro nous fait salement penser à Faith de Geoge Michael, les riffs de guitares et la voix travaillée de José montrent que la formation tient la route. Murder In The Nightclub qui s’écoute seringue au bras. De l’électro/indus et une violence poussée à l’extrême qui a de quoi laisser pantois. Never Seen a Girl et sa mélodie simple et touchante, de quoi effeuiller son stock de pâquerettes en culotte et knee-socks dans sa chambre d’adolescente.

Alors pourquoi nous coller Isabelle Lindqwister en featuring sur Oldsong ? Pourtant l’expérience semble partir d’un bon sentiment, mais rien ni fait, la voix stridente de la chanteuse de Rodeo Massacre fait l’effet d’une craie sur un tableau noir. Courtney Love sort de ce corps !

Replay. Avance rapide. Retour en arrière. Next. On saute les pistes pour finir par y revenir.
On se balade d’une chanson à l’autre. Un album très schizophrène en soit. En nous. Un disque qui s’apprivoise patiemment. Si certains y verront de la simplicité, peut-être même de la facilité, d’autres, plus sensibles, ne s’y tromperont pas, et y liront une véritable sincérité addictive.

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En savoir +

You! You! (Kuskus), sortie le 27 septembre 2010.

MySpace du groupe : http://www.myspace.com/youthemusic

A propos de l'auteur

Image de : Disons-le tout de suite, L. est une passionnée. Barney Stinson a même dit de L. : « Her passion is always suited up ! » Au-delà d’une admiration sans limite pour Jónsi, Ian Curtis, Noel Gallagher, Jamie xx, Sheldon Cooper et Abed Nadir, cette Parisienne nostalgique des débuts de Muse n’a de cesse de satisfaire sa boulimie culturelle, au travers de salles obscures, de salles de concert et de festivals ; mais aussi en se plongeant dans une œuvre littéraire ou philosophique ; et en s'essayant à la photographie dans les rues de Montréal d'abord, celles de Paris ensuite. À l’affût de nouvelles découvertes, L. n’oublie pas qu’elle a été élevée aux vinyles, de Led Zep à King Crimson en passant par The Beatles. L. est musicalement amoureuse de Thom Yorke, mais L. est aussi une amoureuse des mots ; elle aime les lire comme les écrire, puisque la culture ne serait rien sans le partage. Aussi publie-t-elle ses impressions, ses critiques et ses coups de cœur sur son blog, nommé en hommage à la célèbre symphonie de Beethoven: Curse of the Ninth Symphony.

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