Yes Man

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Une énième comédie américaine bardée d'un scénario improbable ? Loin de là ! Film remettant en cause par l'humour une société américaine angoissée, Yes Man et sa batterie d'acteurs désopilants nous font faire face à une réalité et nous proposent tout simplement d'en rire. plutôt que d'en pleurer.

yesmanfrontCarl Allen, sous-fifre d’une banque, se contente de dire « non » à tout ce qu’on lui propose ou demande, que ce soit une pièce pour manger, une soirée ou même de répondre à son portable. Jusqu’à ce qu’un ancien camarade de classe, homme accompli suite à sa participation à une congrégation de Yes Men, lui fasse retrouver le goût de la vie. en disant oui à tout, vraiment tout.

Au premier abord, le contrat de lecture de Yes Man paraît peu convaincant : une histoire prétexte à mettre un héros comique dans des situations ambiguës, pour susciter le rire. Pourtant, ce film est bien loin de s’arrêter là. Notamment grâce à un scénario bien rôdé qui démarre sur des chapeaux de roue, on suit avec plaisir les péripéties de Jim Carrey, alimentées par des reprises calées au millimètre pour nous surprendre là où on pensait connaître l’échéance du film par la seule bande-annonce. Le contraste entre le No Man et le Yes Man est extrêmement bien mis en scène, du refus au doute jusqu’à la prise de conscience, par exemple lors du moment où Carrey s’imagine mort sur son canapé. Ce déclic surjoué nous fait doublement rire, et prépare la suite, encore plus rocambolesque.

Yes Man ne prétend pas être un chef d’oeuvre du cinéma, et pourtant, en se laissant joyeusement aller à l’immédiateté, on se prend au jeu, notamment grâce jeu d’acteur d’un Jim Carrey au mieux de sa forme. C’est en effet lui qui porte le film, bien épaulé par Zooey Deschanel (la fameuse héroïne de H2G2 ), très convaincante en prof de « running photography » (mystère à découvrir en allant voir le film !), et surtout par Rhys Darby, à mourir de rire en geek fan d’ Harry Potter .

Et cet humour est loin d’être en vain. Au fur et à mesure que le film dévoile les conséquences de ces « oui » à répétition, on réalise que l’utilisation du rire poussé à l’excès cherche avant tout à critiquer. En filigrane, le comique dénonce toute l’absurdité de cet extrémisme vers lequel tend parfois la société américaine, avec ses messes incantatoires rappelant une secte, ou encore la très actuelle théorie du complot.

Bien conscient de cette autocritique, le film crée des situations improbables qu’il désamorce en « happy end » (la scène de la guitare, ou encore la vendeuse coréenne, par exemple). Il crée en parallèle des scènes plus poussives, mais qui se voient pliées et rangées au placard, pour trop d’excentricité. En funambule sur cette corde sensible, entre le moral et l’immoral, le bien et le mal, Yes Man dissèque les rouages de cette société qu’on a souvent du mal à comprendre.

Finalement, au-delà d’une franche partie de rigolade, Yes Man est un film qui dénonce tout excès, quel qu’il soit, et comment le faire mieux que par l’humour ? On retrouve en Carrey un côté de Charlie Chaplin dans Les Temps Modernes, où l’ouvrier dépassé par la modernité en mange des boulons. De même, Carl encaisse les coups durs, et à nous d’en rire (beaucoup), et d’y réfléchir (un peu).

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Yes Man dans les salles depuis le 21 janvier

A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

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