Yellow Submarine, un road movie « not as rosy as on the surface »

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On a tout dit sur les Beatles, tout écrit. On a probablement écouté, joué leurs titres plus que n’importe quels autres artistes. Et pourtant, à moins d’être Beatlemaniac, d’avoir les derniers t-shirts sortis chez H&M et de guetter les prochaines venues de Sir McCartney en France, il est assez rare pour la jeune génération de connaître autre chose des Fab Four que quelques bribes d ’All you need is love finissant en Imagine all the people mal à propos.

On en est à cet âge où seuls les hipsters se targuent de connaître Rubber Soul sur le bout des doigts. Un sondage démontrerait que même dans ces cas-là, avoir été jusqu’à plonger dans l’univers cinématographique des Beatles reste exceptionnel.

Nothing is Beatleproof

Ode au pouvoir de l’imagination, Yellow Submarine fait pourtant partie de ces classiques que l’on devrait obligatoirement visionner une fois dans notre existence quel que soit notre âge.

Pour les plus petits, l’histoire légère des Beatles s’en allant délivrer les habitants de Pepperland des vilains Blue Meanies se suffit au premier degré. Un univers fou et magique qui change radicalement des réalisations lisses des magnats de l’entertainment pour enfants.

Pour les lecteurs plus exigeants, outre la mine d’information sur la personnalité des Beatles, le film recèle de nombreuses pistes d’explorations. De même qu’Alan W. Pollack, musicologue auto-attitré des Liverpudliens  le souligne, pour le titre éponyme, Yellow Submarine, le film, tire sa forme d’un allègement de la forme au profit du geste et du sens.

Maybe we’re all part of a giant submarine fleet

Véritable manifeste du psychédélisme, l’œuvre est un mélange ultra coloré de diverses techniques. Magnifiquement rénové à la main, image après image, ce cocktail de collages, vidéos et dessins, sans respect d’échelle ni de perspective, n’est pas sans rappeler celui plus tardif de Terry Gilliam. La nouveauté de la technique n’enlève pourtant rien de l’innocence mystique où les icônes de la pop culture de Marylin à Frankenstein, fréquentent les abstractions les plus insensées. Présentée comme une guerre du bien contre le mal, la narration qui s’emmêle dans de multiples et menus détours, n’a pour objectif que de détacher le spectateur de toute règle apparente. Au final, la seule leçon du film et que la musique et a fortiori l’art en général reste la solution ultime aux problèmes humains. Belle leçon que celle de cette génération à cheval sur deux décennies majeures qui prône le pouvoir de l’esprit, des mots et de l’imagination : il suffit de le vouloir pour voir changer les choses.

It’s all in the mind

Yellow submarine dépasse également l’acte social de ces enfants des 60s. C’est aussi et surtout un très grand hommage aux odyssées intérieures comme celles de Lewis Carroll, Le chaos musical de l’album éponyme, surréalisme sonore s’il en est et les effets d’optiques hypnotiques jouent dans la perte des repères pour mieux remettre ces derniers en question. Perdu, le spectateur n’a comme dernier recours que la réflexion au sens propre du terme. Se raccrocher au soi à l’image de cet « ego man », l’egg man sensé caricaturer la part la plus intime de Lennon. Ce concept du « nowhere man », the Boo, ce petit homme ne ressemblant à rien sinon un satire solitaire, nous force à nous contempler dans tout la simplicité et la complexité de l’être. De jeux de mots sémantiques ou visuels en calembours, il décortique la mécanique du langage jusqu’à amener des considérations métaphysiques sur le temps ou encore la place de l’homme dans la société.

Gare néanmoins à ne pas se perdre dans la folie, à devenir cookookatchou. La pomme, double symbole antédiluvien du savoir et du groupe anglais, rappelle par son omniprésence tout au long du voyage que la connaissance est un fardeau particulièrement lourd.

Yellow Submarine navigue dans des eaux tellement riches que cet article prendrait des pages pour être plus exhaustif. On laissera les amateurs partir à la pêche aux autres fils d’exploitation de ce film à l’occasion de l’édition du Blu-ray.

Yellow Submarine
Blu-ray chez EMI
20,99 €

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A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

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