Yan Wagner – La Rencontre

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Forty Eight Hours, c’est le titre du premier album de Yan Wagner, sorti en octobre dernier sur le label Pschent. Un disque aux couleurs électro-pop, produit par Arnaud Rebotini et truffé de références, à travers lequel l’artiste s’assume véritablement en tant que chanteur, laissant le soin à ses synthés de mener la danse.

Autodidacte, mélomane autant inspiré par The Chemical Brothers que Miles Davis ou DAF et New Order, il distille aujourd’hui ses compositions armé de ses cordes vocales sorties d’outre-tombe qui rappellent de très près Ian Curtis. Originaire de Paris, c’est pourtant à New York que Yan Wagner a fait ses armes.

yan Wagner

Yan Wagner. Avec un nom pareil, tu étais prédestiné à la musique ?

À vrai dire, je n’ai pas pensé à faire de la musique tout de suite. Mes parents ne m’ont jamais mis dedans. Je n’ai aucun lien avec le compositeur Wagner. C’est après avoir assisté à un concert des Chemical Brothers en 1997 au Bataclan que j’ai eu le déclic ! J’ai pris une grosse claque ! À la suite de ça, je me suis renseigné sur ce qu’il fallait faire pour faire comme eux. Au fur et à mesure, j’ai commencé à acheter un synthé puis un séquenceur et d’autres matos pour composer.

En fait, tu es autodidacte ?

Oui, en quelque sorte, mais j’ai quand même pris des cours de piano parce que j’avais envie de jouer avec mes potes. J’avais plein d’amis autour de moi qui se mettaient à faire de la musique : de la basse, de la guitare…On voulait faire un groupe pour pouvoir jouer avec d’autres gens. J’ai pris quelques leçons, pas beaucoup, mais ça m’a quand même vachement servi. Ensuite, plus tard, j’ai fait un an dans une école de musique. C’était horrible ! Je n’ai même pas fini l’année. C’était tout l’inverse de l’idée que je me faisais d’une école. Je ne partageais pas grand-chose avec la plupart des élèves. C’était de l’argent jeté par les fenêtres donc j’ai préféré arrêter.

C’était une école de musique classique ?

C’était une école de musique actuelle. Ils appellent ça comme ça. En fait c’est très orienté vers le jazz. Le classique, ce n’est pas mon truc. J’aime bien en écouter, mais je ne voulais pas trop bosser ça. Et puis, la rigueur du classique, c’est difficile. Il faut commencer très petit, sinon tu ne vas pas très loin. J’aimais bien le côté ouvert du jazz. Et puis, j’ai appris beaucoup au niveau de l’harmonie. Tout ce qui touche à la théorie, c’était des bases que je n’avais pas du tout donc au final je n’ai pas tout perdu. Ça m’a surtout ouvert les yeux sur ce que je ne voulais pas faire.

Avant ta carrière solo en tant que Yan Wagner, tu as joué dans différents groupes. Tu peux nous en dire plus ?

J’ai joué dans des tas de groupes. Surtout en tant que clavier. Après, il y a eu un duo électro, Chairs on Backs, assez proche de ce que je fais maintenant, surtout au niveau de la méthode. Ensuite, il y a eu Flying Turns, dans lequel j’étais chanteur pour la première fois. Ça m’a énormément appris, en particulier sur comment occuper l’espace sur scène, sur ce qu’on doit faire quand on a juste un micro. Dans ce projet, je ne composais pas les morceaux, je faisais simplement les parties de voix donc c’était intéressant de se positionner par rapport à ça. Ça m’a beaucoup apporté pour redéfinir le live. Maintenant, je suis uniquement chanteur sur scène. C’est un rôle que j’aime bien, que je recherche. C’est mon expérience au sein de Flying Turns qui m’a permis de comprendre que je pouvais le faire.

Ton album a été produit par Arnaud Rebotini. Comment s’est passée votre collaboration ?

On s’est rencontré il y a presque deux ans au Social Club où on faisait une date ensemble.. On s’était bien marré. Il est venu me voir assez spontanément. On a discuté un peu et pour déconner à un moment il m’a dit qu’il voulait produire mon disque. J’étais super excité à cette idée de collaboration. J’étais allé voir son studio plusieurs fois. Je lui avais fait écouter mes morceaux au fur et à mesure qu’ils étaient prêts, avant même qu’on scelle quoi que ce soit. Le courant est très bien passé. Donc je me suis dit, c’est bon c’est lui ! Ensuite, il y a mon label (Pschent) qui est entré en jeu parce qu’il fallait quand même des moyens pour enregistrer le disque. Tout travail mérite salaire. Quand il y a eu un deal avec mon label, j’ai tout de suite parlé d’Arnaud Rebotini. Pschent était tout à fait d’accord. Tout s’est très bien passé. Il y a eu des petites galères au début. Pendant une semaine ou dix jours, ça a été difficile. Il a fallu trouver un terrain d’entente, trouver le son du disque. Pour moi c’était très dur. Je n’avais jamais fait ça. Je n’avais jamais confié mes morceaux à personne. Il a donc fallu que je me fasse violence pour déléguer. Mais étant donné que c’était Arnaud et que j’ai énormément confiance en lui, ça s’est vite débloqué. Arnaud a facilité les choses parce qu’il est vraiment généreux. Il proposait plein de choses, mais il m’écoutait aussi. Il n’est pas avare de son temps.

Vous aviez la même vision du disque au final ?

Dès le début j’ai compris qu’il avait compris ce que je voulais faire. Au final, on ne s’est pas trop pris la tête. Il y a des gens qui galèrent pendant des mois sur un disque et ils finissent par tout faire reprendre par quelqu’un d’autre. J’ai eu la chance que tout se passe bien pour moi. On avait énormément discuté en amont donc je pense que ça nous a aidés. On s’est bien entendu, c’est l’essentiel !

Et au niveau de la composition du disque, ça s’est passé comment ?

Vu que c’est un premier album, elle s’est étalée sur une période assez longue de deux à trois ans. J’avais plein de morceaux donc j’ai pu choisir. Ça c’est un luxe ! Sachant que les morceaux ont évolué, donc ça a favorisé des choix plutôt que d’autres. Pour ce qui est des paroles, généralement c’est quelque chose qui vient en même temps que la musique. Je fais des petits ajustements après quand je me rends compte que c’est vraiment trop con, je change des trucs. Les paroles ce n’est jamais un truc auquel j’ai fait très attention. C’est souvent des images ou une phrase qui me vient en tête et que je travaille après. Mais maintenant, j’ai envie de creuser davantage mes textes et de fournir un peu plus de matière.

Il y a un duo avec Étienne Daho sur ton album. Comment s’est passée cette collaboration ?

J’ai rencontré Étienne à la Cité de la musique dans le cadre de la tribute Jacno pour laquelle on a joué tous les deux. Au départ, je ne pensais vraiment pas avoir d’invités sur le disque. J’étais même plutôt contre. L’idée de faire trop de featurings, ça m’ennuie et je trouve ça un peu dangereux. Mais quand j’ai rencontré Étienne, même si je n’ai pas pensé tout de suite à un duo, devant son humilité et sa facilité de dialogue, je me suis dit pourquoi pas lui proposer. J’avais un morceau en français qui n’avait pas la même forme que les autres et je voulais en faire quelque chose.

Ce qui est fou dans ce morceau, c’est que vous avez tous les deux pratiquement la même voix.

L’unisson, c’est une idée d’Étienne. Moi je ne voulais pas trop chanter sur ce morceau. Je voulais juste faire des refrains. Mais bon, on le reconnaît tout de suite quand même. Au début, on sait que ce n’est pas moi qui chante.

Yan Wagner

Le retour de la new wave, t’en penses quoi ?

On parle d’un grand retour de la new wave en France et ailleurs, mais moi je trouve que c’est beaucoup plus vrai aux États unis par exemple où il y a des labels spécialisés. Minimal Wave par exemple, ils ne sortent que des trucs européens pratiquement. Ce qui est super bien d’ailleurs. On sent que les Américains sont nostalgiques d’un truc qu’ils n’ont pas connu, très européen. Mais en France je n’ai pas l’impression qu’il y ait tant de groupes que ça qui se revendiquent de cette scène. C’est un peu facile de parler de retour de la new wave. C’est un raccourci ! Dès qu’il y a du synthé, c’est parti ! Après, je pense que ça revient sans arrêt. Quand The Hacker est arrivé, il faisait référence à plein de groupes comme ça dont Kas Product. Mais des références, ça fait quinze ans qu’il y en a ! N’empêche qu’on est dans une période où ça revient à fond. De toute façon, ça tourne. Il y a toujours des cycles.

Tu as passé un an aux USA. Parle-nous de ton expérience.

C’est là-bas que j’ai fait mes premières dates tout seul. C’est quelque chose que j’avais envie de faire depuis longtemps. C’est très facile de jouer à New York. De semaine en semaine, je jouais un morceau, puis deux, puis trois… Ça ne l’a pas fait tout de suite, mais on ne m’a pas fermé de portes non plus. Au contraire, après chaque date il y avait quelqu’un qui me disait «tiens, t’as qu’à venir jouer à tel autre endroit ».

Et au niveau du public, tu as ressenti des différences ?

Sûrement. Après je ne connais pas très bien le reste des USA. Il y a plein de scènes différentes
aussi. D’une façon générale, c’est un peu plus enthousiaste à NY. Les gens dansent plus facilement. Je me rappelle d’endroits dans lesquels j’ai joué où il n’y avait que trois personnes, mais elles dansaient toutes. C’était mortel ! À Paris, c’est plus difficile. À moins que ce soit un mec défoncé ! Et encore…

Tu penses que NY t’a aidé pour être programmé à Paris ?

La première fois que j’ai joué à Paris, c’était à l’International. Je ne connaissais pas cet endroit. Le programmateur avait vu que je rentrais de NY et ça lui a plu. Je pense qu’il y a eu une sorte d’exotisme qui a joué en ma faveur ! Nul n’est prophète en son pays !

La première fois que je t’ai vu en live, c’était au festival des Inrocks. J’ai pris une grosse claque. Quel a été ton ressenti à toi par rapport à ce concert ?

C’était très bien. J’avais vachement peur à cause du public et du reste de l’affiche, notamment Biolay. Le plateau était assez incohérent, mais en fait c’est peut-être mieux de faire ça parce que personne ne te connaît vraiment.

Du coup, tu as touché un autre public…

L’énergie dans la salle c’était un peu mou. Ça ne dansait pas, mais à partir d’un moment, vers le quatrième titre, à la fin des morceaux j’ai senti qu’il y avait quand même du répondant. Et ça fait vraiment plaisir ! J’étais très content surtout que c’était le troisième concert qu’on faisait dans cette formule-là. On est de plus en plus à l’aise.

Cette formule à trois sur scène, elle va rester comme ça ?

Pour l’instant, on va rester comme ça et on va encore la travailler. Je pense qu’elle peut être poussée vachement plus loin. Il faut que chacun soit à l’aise dans son rôle. Pour l’instant, pas de batterie. Mais pourquoi pas plus tard. Ça va évoluer, mais ça va rester à trois. Après, on va probablement investir dans plus de matos.

Tu as déjà le temps de penser à de nouveaux morceaux ?

Oui, carrément ! L’album a été signé fin mars dernier. Il y a eu huit mois entre la fin du mixage du disque et sa sortie donc oui, j’ai eu le temps d’avancer sur le prochain album. Même si j’ai eu des concerts entre temps. Je bidouille tout le temps.

Est-ce que tu envisages de chanter en français ?

Non, je ne pense pas. Ce n’est pas trop mon truc. Je ne suis pas vraiment à l’aise avec le français. Toutes les idées que j’ai pour l’instant sont en anglais. Sur certains morceaux, le français peut se justifier, mais c’est plus une question de musicalité de l’ensemble. Et je n’écoute pas trop de musique en français. Ça me fait un peu chier. Et quand je chante en français, j’ai une sorte d’extra préciosité qui arrive. Je n’aime pas trop ma voix en Français. Si le français s’impose, il ne faut pas se forcer à le faire en anglais, mais je n’ai pas non plus envie de me forcer à faire des morceaux en français juste pour m’ouvrir des portes.

Crédits photo : Sabine Rock’n Fool

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A propos de l'auteur

Image de : Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

1 commentaire

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  1. 1
    le Vendredi 11 janvier 2013
    Tlaloc a écrit :

    Superbe album de Yan Wagner, grand succès pour Forty Eight Hours sur le dance floor au nouvel ans :)

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