Wu Lyf – Go Tell Fire To The Mountain

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Le premier album apocalyptique du mystérieux groupe mancunien.

World Unite, Lucifer Youth Foundation

Wu Lyf est un groupe de Manchester qui lutte contre un système qui ne lui convient pas. Ses membres ont créé Lyf Recordings pour travailler en indépendants. C’est tout ce que l’on dira d’eux. Car leur souhait, en toute sincérité, c’est que les médias cessent de faire couler de l’encre et apparaître des pixels pour tenter d’analyser le mystère qui entoure le groupe. Peut-on les blâmer ? De plus, aucune comparaison ne sera faite et l’on ne cherchera pas à savoir si Go Tell Fire To The Mountain est un album hype ou non. Ce qu’il faut retenir, c’est que la musique entre post-rock et heavy-pop de Wu Lyf, on peut l’aimer sans comprendre pourquoi : elle parle aux sens et aux profondeurs de l’âme.

Enregistrée dans une église, cette musique du diable revêt une intensité saisissante et un son particulier. Les dix morceaux ont été retravaillés en studio pour parvenir à des sonorités plus brutes, moins vaporeuses, mais l’espace est là : on n’étouffe pas malgré la dimension sacrée et mélodramatique de l’ensemble. Même quand le possédé Ellery Roberts entre en transe et transmet le tourment de sa voix hurlée et plaintive, et que la batterie explose, la guitare, salvatrice, se fait festive et légère. Go Tell Fire To The Mountain est un premier album furieux et dense. Et dans la lucidité noire qu’il propose, quelques rayonnements surgissent ; il fait un peu mal tout en soulageant l’esprit, à l’image du premier morceau à l’introduction funéraire, L Y F. Orgue, guitare, batterie avant que le chant n’apparaisse, éraillé : on entre progressivement dans l’ambiance et l’on sent déjà la volonté de Wu Lyf de faire naître l’espoir du chaos, qui hantera tout l’album.

Ensuite, Cave Song dévoile un mélange énergique entre batterie puissante, jolie mélodie de guitare, voix criée et chœurs salvateurs ; Such A Sad Puppy Dog se caractérise par une montée en puissance aussi belle que sa descente est douce ; et Summas Bliss mêle orgue et batterie suivis de deux guitares qui se parlent et se confondent. La construction de cette dernière est intéressante par les moments qu’elle laisse à l’auditeur pour qu’il se reprenne et se lâche à nouveau. Vient la plus longue composition, We Bros (6:27), avec laquelle les membres de Wu Lyf prouvent qu’ils sont également capables de sauver l’auditeur d’une descente indie rock aux enfers grâce à des rythmes afro-pop.

Avec Spitting Blood, on passe à la deuxième partie de l’album : on est plus familier avec l’univers du groupe mancunien, on peut donc profiter pleinement des surprises qu’il réserve, de la joie qu’il réussit à transmettre sans mièvrerie. Le début de la chanson suivante, Dirt, traduit d’ailleurs sur trente-cinq secondes la recette magique de Wu Lyf : une évolution prenante. Il ne s’éternise pas sur le plaisir d’une trouvaille sonore (rythmique, mélodique…), mais ce plaisir se meut en un autre. Enfin, si Concrete Gold sonne comme une fin d’album, tout en émotion, en sensibilité, dans une ambiance enfantine, il faut encore passer par l’oppressante 14 Crowns For Me & Your Friends avant d’entendre Heavy Pop, chanson joliment conclusive dès les premières notes.

Go Tell Fire To The Mountain est un premier album harmonieux et homogène, mais déchirant, exténuant et apocalyptique. Il n’est pas révolutionnaire, mais ce n’est pas une copie non plus, et c’est là sa grande force. On attend donc Wu Lyf et son euphorie obscure à Rock en Seine avec une grande impatience.

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A propos de l'auteur

Image de : Disons-le tout de suite, L. est une passionnée. Barney Stinson a même dit de L. : « Her passion is always suited up ! » Au-delà d’une admiration sans limite pour Jónsi, Ian Curtis, Noel Gallagher, Jamie xx, Sheldon Cooper et Abed Nadir, cette Parisienne nostalgique des débuts de Muse n’a de cesse de satisfaire sa boulimie culturelle, au travers de salles obscures, de salles de concert et de festivals ; mais aussi en se plongeant dans une œuvre littéraire ou philosophique ; et en s'essayant à la photographie dans les rues de Montréal d'abord, celles de Paris ensuite. À l’affût de nouvelles découvertes, L. n’oublie pas qu’elle a été élevée aux vinyles, de Led Zep à King Crimson en passant par The Beatles. L. est musicalement amoureuse de Thom Yorke, mais L. est aussi une amoureuse des mots ; elle aime les lire comme les écrire, puisque la culture ne serait rien sans le partage. Aussi publie-t-elle ses impressions, ses critiques et ses coups de cœur sur son blog, nommé en hommage à la célèbre symphonie de Beethoven: Curse of the Ninth Symphony.

3 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 30 août 2011
    isatagada a écrit :

    Ton article est magnifique et donne envie.
    C’est d’autant plus pénible que ces gars là m’ont rendue froide au possible à Rock en Seine… Je ne me souviens de RIEN de leur presta musicale. Seule demeure une vague impression de secte…
    Je tâcherai quand même d’écouter l’album. A cause (ou grâce à) ton article.
    Bravo :-)

  2. 2
    L.
    le Mercredi 31 août 2011
    L. a écrit :

    Merci beaucoup !
    Je faisais partie des premiers rangs furieux de la fosse, et ce concert à Rock en Seine a confirmé ce que je pense d’eux et de leur musique. Peut-être faut-il connaître cet album avant de les apprécier en live…

  3. 3
    le Vendredi 2 septembre 2011
    Fred a écrit :

    Sympa le groupe, sympa l’album, énorme sur scène, a suivre avec grand grand intérêt !

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