Wisin y Yandel au Zénith – Le show reggaeton

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Le reggaeton en aura mis du temps à s’installer en France. Plus de vingt ans après ses débuts dans les rues de Porto-Rico, il est enfin à l’affiche des plus grandes salles parisiennes permettant à ses artistes majeurs de répondre à l’appel désespéré que leurs fans lancent depuis plusieurs années, et ils sont plus nombreux que l’on pourrait le penser.

C’est ainsi que le groupe Facebook « On veut un concert de Wisin y Yandel en France » annonçait le 16 février dernier, avec une euphorie mal contenue, l’arrivée en France du « duo dinamico » pour une représentation unique au Zénith, en clôture de sa tournée européenne.

Organisé par Barrio 68, en partenariat avec Latina, l’évènement a été massivement suivi par le public latino et amateur, résolu à porter haut et fort ses couleurs, tout en acclamant ses idoles. Définitivement, la venue d’un groupe comme Wisin y Yandel çà ne se rate pas. Associés depuis 1998, ceux qui changent de surnom à chaque nouvel album, passant ainsi de Los Líderes à Los Extraterrestres pour aujourd’hui revenir avec l’appellation Los Vaqueros, forment partie de la trilogie suprême, avec Daddy Yankee et Don Omar, des références du reggaeton, celles qui font systématiquement la différence au milieu de la vague dense de chanteurs qui pullulent dans le genre, pour le meilleur comme pour le pire. En piochant au hasard dans leur discographie, il y a peu de chance d’être déçu, les deux originaires de la petite ville Cayey maitrisent leur domaine et s’y connaissent en tubes. Après un temps de succès locaux et régionaux, leur carrière a littéralement décollé en 2005 avec la sortie de leur album Pal’Mundo et elle n’a pas traversé de trou d’air majeur jusque-là. Chanteurs prolifiques (plus de vingt albums produits depuis 2000), ils ont également créé leur propre maison de disques, WY Records, et réalisé des collaborations prestigieuses avec de multiples artistes, latinos comme Tito El Bambino, Cosculluela ou Tego Calderón, et anglo-saxons comme Akon, T-Pain ou tout récemment 50 Cent. Les meilleurs n’attirent que les meilleurs…

20 heures sonnantes ce dimanche 10 avril. C’est un Zénith plein à craquer qui est prêt à accueillir les Portoricains les plus célèbres du mouvement musical urbain qui enflamme l’Amérique latine et lui a donné une nouvelle voix sur la scène internationale. Comme lors du concert du « Big Boss » Daddy Yankee en octobre dernier, la première partie est assurée par le mix reggaeton d’un autre duo connu des spectateurs parisiens, DJ El Dany et DJ Jim Enez, avec pour fonction de chauffer le public dans l’attente des stars. Mission accomplie, car la salle est rapidement transformée en discothèque géante au son des platines et des cris qui émergent de la foule, dans l’euphorie du clou de la fête qui se prépare. Au bout d’une demi-heure, Roberto Burgos, l’animateur de la soirée, apparaît sur scène pour annoncer l’entracte et les lumières se rallument nous renvoyant à notre attente. Et elle sera longue… Une heure après, la joie a fait place à l’énervement que des huées se chargent de communiquer clairement. Recevoir des artistes latinos, dont une grande majorité souffre de « retardite aigüe », est une activité qui s’avère très lucrative : l’ennui, l’impatience et la chaleur tropicale qui règnent de la fosse aux gradins poussent à tuer le temps un verre à la main et quantité circulent ce soir-là.
Les techniciens opèrent les derniers arrangements, Roberto revient pour donner le top départ et le noir se fait enfin sur les quelques 6000 personnes qui se lèvent comme un seul homme pour ne rien manquer de l’entrée des stars. Les musiciens donnent le « la » et, sur la musique de l’Intro de leur dernier album, l’écran géant de fond de scène retransmet les premières images du film d’introduction spécialement conçu pour la tournée Los Vaqueros El Regreso, bel exemple de storytelling et de la volonté de constituer un mythe Wisin y Yandel, les cow-boys originels qui règnent sur le reggaeton. Le décor est planté et les deux « légendes » déboulent sur scène, prêtes à démontrer que leur réputation n’est pas usurpée, au son du titre Abusadora, extrait de leur album La Revolución, sorti en 2009.

Image de Wisin y Yandel au Zénith À partir de là, la machine WY est lancée et rien ne peut l’arrêter. Le public n’en demandait pas plus pour se déchainer et reprendre en cœur les paroles bien connues, ce qu’il fera jusqu’à la fin.
S’il ne se distingue pas par ses prouesses vocales (la musique est parfois si forte que les voix ressortent peu), le duo régale ses fans d’un show étourdissant et de qualité, digne des grands professionnels. Accompagnés de sept musiciens et d’une troupe de huit danseurs et danseuses qui officie sur les chansons les plus dynamiques pour en rehausser l’efficacité, Wisin y Yandel occupent l’espace et ne ménagent pas leur souffle pour en donner à voir toujours plus à leurs fans. Ils jouent d’ailleurs la carte de l’interactivité constante avec eux en intervenant après chaque thème pour dialoguer, les faire réagir ou présenter ce qui va suivre. Devant une foule aux nationalités diverses, ils se font les ambassadeurs d’un seul peuple et d’un courant musical dont la particularité est d’unifier la diversité latine en une même communauté. Bien qu’ils viennent de Porto-Rico, ils arborent avec fierté les différents drapeaux qui leur sont lancés, comme autant de symboles d’une identité multicolore qu’ils revendiquent avec force. Manifestement, à en croire les cris, les Colombiens et Péruviens sont les plus nombreux ce soir, mais les autres latinos, de Cuba au Honduras, ainsi que les Espagnols ou Portugais, ne sont pas en reste.

Comme avec toutes les bonnes choses, les minutes filent et le temps s’envole au fil des succès qui ont jalonné le parcours du grand W (prononcer « Doble-Ou ») et du plus petit Y (« Y griega), artistes complémentaires tant dans le style que dans le talent. On a ainsi le plaisir d’écouter Rakata, Pam Pam, El Telefono, Ahora Es, Sexy Movimiento, et une vieille collaboration comme Mayor Que Yo, chantée en 2006 avec Baby Ranks, Daddy Yankee, Hector « El Father » et Tony Tun Tun, un classique du genre. Ces titres sont l’occasion de redécouvrir l’essence première du groupe, tourné résolument vers « l’Electroflow », un courant du reggaeton fusionné avec de la musique électronique, réhaussé ici par les synthétiseurs et le DJ. Ils ont néanmoins évolué avec la tendance et jouent eux aussi la carte du romantisme, déjà présente dans leur duo avec Aventura, Noche de Sexo (2006), sur les notes de Besos Mojados, Lloro Por Ti et Estoy Enamorado, qui cartonne actuellement à la radio.

Un instant de douceur, un changement de tenue plus tard et la folie repart de plus belle, le perreo est à l’honneur avec des rythmes rapides et des déhanchés sensuels des artistes, danseurs comme chanteurs, qui explosent sur Mirala Bien. Chaque tableau est prévu et au bout d’une heure et demie, sur les derniers accords de No Dejemos Que Se Apague, issu de l’album Los Vaqueros 2, WY quittent la scène un instant pour laisser au public le soin de les rappeler et reviennent, sans trop se faire prier, interpréter deux titres, Irresistible et Te Siento. L’écran géant affiche alors le compte à rebours qui précède le final, joué sur Zun Zun Rompiendo Caderas, leur nouvelle exclusivité, et, dans un ultime échange, Wisin y Yandel envoient valser leurs chemises, se retrouvant ainsi torse nu. Dans le partage avec le public, ils seront vraiment allés jusqu’au bout. Ils auront eu le dernier mot et su démontrer que, s’ils peuvent être accusés d’une légère mégalomanie (mais qui ne l’est pas dans le reggaeton ?!), ils ne peuvent en aucun cas être traités d’amateurs tant leur performance renversante a été à la hauteur de nos espérances. Qu’on se le dise, à Paris maintenant, la revolución reggeaton est bien lancée !

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A propos de l'auteur

Image de : Après avoir mastérisé dans la section Médias du CELSA, c'est exilée temporairement, pour des raisons romanesques (mais pour encore quelques mois) dans la Patagonie argentine, que je comble les lacunes de ma piètre éducation politique en me plongeant dans l’œuvre des grands penseurs latino-américains, tels que José Marti et le Che Guevara, et que j'affine mon esprit critique au contact d'une société reléguée au dernier plan de notre fameux ordre mondial. Passionnée de culture latine et de radio, je combine les deux en présentant sur une fréquence communautaire locale une émission de débat et de musique dédiée à l'Amérique du Sud. Même de si loin, je garde les yeux sur ce qui s'écoute en France et, grâce à Discordance, je peux contribuer modestement à montrer que la musique en espagnol vaut mieux que son image de machine à produire des tubes de l'été.

4 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 17 avril 2011
    WY a écrit :

    L’article est super bien composé merci d’avoir mi notre groupe facebook dedans =)

  2. 2
    Jessica
    le Dimanche 17 avril 2011
    Jessica a écrit :

    Merci beaucoup et la citation avait son importance ;)

  3. 3
    le Lundi 18 avril 2011
    WY a écrit :

    =)

  4. 4
    le Mercredi 27 avril 2011
    T-PAIN a écrit :

    Está re bueno todo, aguante los vaqueros !!!!

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