Wire au Point Ephémère

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Vous l'avez remarqué, avec les blousons perfecto, les chemises à épaulettes et le maquillage provoc, les années quatre-vingt sont de retour. Ce soir au Point Ephémère, on croise même des punks des vrais. Alors oui, il y a les punks quinquas, la crête grisonnante et l'air un peu triste depuis que leur chien est mort; mais il y a aussi les bébés punks, les néos si l'on veut, lèvres rouges sang, cheveux courts blond platine et blousons cloutés. Comme à l'époque, en moins crade. Simple effet de mode, de la même manière qu'on aimait les chemises à fleur seventies il y a cinq ou six ans? Ou regard orienté par des crises similaires?

En tout cas, ce qui tombe bien c’est que les monstres sacrés de la musique punk, qui avaient la vingtaine à l’époque, sont encore suffisamment fringants aujourd’hui pour taper sur des trucs on stage, et ne sont pas assez vieux pour que la joie en émanant soit émoussée par le discours élégiaque sur leur fraîcheur surprenante, qui entoure les Stones et autres vieux de la vieille quand ils ont la mauvaise idée de tourner aujourd’hui. On a vu récemment les Vaselines s’offrir le plaisir d’un deuxième album après plus de vingt ans d’absence, aussi stupide et jouissif que les ados de Glasgow qu’ils furent à la fin des années quatre-vingt. Gang of Four aussi, qu’on avait pu voir il y a quelques années s’amuser à détruire un micro-onde sur scène (c’était plutôt rigolo, surtout dans le cadre d’un festival des Inrocks plein de bandes de sales jeunes inintéressants au possible qui faisaient gentiment tralala, c’était le milieu des années 2000), Gang of Four donc qui est revenu récemment avec des nouvelles chansons. Pas toujours géniales, certes, mais dans la continuité d’une révolte née du thatchérisme glauque et des déceptions de la social-démocratie.

Wire, dans tout ça, le versant un peu intello, un peu arty du punk (ça a l’air d’un oxymore, mais ils ont suffisamment de rage pour que ça ne gêne pas trop), a fait son retour en 2008, et vient de sortir un douzième album. Colin Newman arbore pour l’occasion un béret qui fait phalluchard ou facho, on ne sait pas trop, c’est sans doute plein d’ironie post-moderne. Un petit nouveau aussi vient faire ses armes, le tout jeune guitariste Matt Simms, dont l’air de surfeur cool au cheveux longs détonne un peu, mais pour ce qui est du son, il semble avoir compris l’essentiel. Tout le monde est bien énervé, et ça balance du lourd.

Le groupe propose une setlist équilibrée, mélangeant le neuf et le vieux. Aucun hit, puisque Wire n’a jamais vraiment conquis les ondes, mais une succession de titres gonflés à bloc, assez sombres, souvent plus new wave que vraiment punks. Il s’en dégage une ambiance inquiétante, une angoisse sourde, et la petite salle du Point Ephémère, blindée de monde, se prête parfaitement à ces grands coups de batterie. Une salle qu’on imagine enfumée alors qu’elle ne peut plus l’être, pleine de vieux hipsters et de jeunes curieux.

Regardant le public hocher la tête en communion, on se demande ce que l’on va chercher dans ses années quatre-vingt. Années d’abondance, mais aussi de déshérence, années où l’étau se resserre autour d’une jeunesse qui se devine déjà bientôt sacrifiée, alors qu’elle avait cru, dans les quelques décennies précédentes, prendre le pouvoir. Années de bêtise et de saleté, d’une esthétique de la destruction. Mais années en tout cas d’une recherche esthétique dans un contexte qui a priori ne s’y prête guère – tout va bien, la gauche revient au pouvoir et on touche une retraite correcte. Le punk, c’est le jeune qui dit merde parce qu’il n’a rien d’autre à dire. C’est ce que fait Wire ce soir, et il le fait plutôt bien. Quant aux rares jeunes dans le public, on est curieux de savoir ce qu’ils en pensent.

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Site officiel : http://www.pinkflag.com/

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Image de : Live from Paris

2 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 19 février 2011
    Malaparte a écrit :

    Bonsoir,
    Si je puis me permettre, il y a quelques erreurs dans votre texte que j’aimerais corriger. Tout d’abord, ce n’est pas Colin Newman qui portait un béret sur scène, c’était le bassiste, Graham Lewis, qui certes a une tête qui pourrait faire peur tant il ne semble pas commode, mais de là à utiliser le mot de facho…

    Par ailleurs, Wire ne s’est pas reformé en 2008 (ou fait son retour, comme vous l’indiquez) mais en 2002, à l’occasion de la sortie de 2 EP intitulés Read & Burn (1&2), suivis de l’album Spent en 2003. Le précédent album du groupe, qui s’était déjà séparé en 1981, datait de 1991, album sur lequel le batteur n’apparaissait pas.

    Quant au terme de punk accolé à Wire, c’est un vrai piège, car à part le tout premier album, Pink Flag, Wire a toujours joué une musique difficile à classer, entre post-punk, expérimental (album de 1978, 1979, 1990 et 1991), électro-pop/new wave (en gros les années 1980) et électro-punk pour les années 2000.

    Dernière chose: Matt Simms était déjà à la guitare lors du passage du groupe l’année dernière, et pour l’anecdote, lors de la tournée anglaise de 2008, c’était une jeune femme qui était à ce poste, une certaine Julie Campbell aussi connue sous le nom de Lonelady…

    Cordialement,

  2. 2
    le Dimanche 20 février 2011
    Salomé Hocht a écrit :

    Hello,
    Merci pour ces remarques, effectivement confondre Newman et Lewis c’était un lapsus, désolée… Et ok pour la date de retour aussi, même si après un silence de six ans on a le droit de parler de reretour, mais j’aurais dû être plus précise.
    Pour ce qui est de l’étiquette punk, j’y tiens même si cela implique d’entendre le terme dans une acception assez générale d’histoire culturelle, et pas juste comme définition d’un style musical. Les débats sur les classements génériques peuvent être sans fin, et en ce qui concerne Wire, je concède sans problème que ça ressemble souvent, effectivement, à de la new wave ou à de l’électro-punk. Mais le côté bête et méchant encapsulé dans le punk, ils ne l’ont jamais vraiment perdu…

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