Wim Delvoye – Une expo de merde

par Ousk?|
Le jeu de mot est facile, c'est vrai, mais tellement tentant qu'on pouvait difficilement y résister pour illustrer l'exposition monographique consacrée à l'artiste Belge qui se tient au Casino du Luxembourg, du 30 septembre au 6 janvier.

cloacaSi l’oeuvre du désaxé belge est relativement vaste, c’est son très fameux Cloaqua, ou  » la machine à merde  » qui est ici mise a l’honneur. Réminiscence de la grande époque du ready-made, le principe de cette énorme machine, entre science et art, est simple : elle reproduit le fonctionnement de l’intestin humain, transformant la nourriture qu’on y introduit en excréments plus vrais que nature.

Wim Delvoye n’en est pas à son coup d’essai puisque son oeuvre scatologique ne s’arrête pas au Cloaqua, l’artiste ayant déjà exposé toute une série de mosaïques en crottes et en saucissons. Il s’inscrit, mine de rien, dans une longue tradition d’oeuvres merdiques : du  » canard automate  » de Jacques de Vaucanson, qui reproduisait le même cycle, à la fameuse ‘ merda d’artista ‘ de Piero Manzoni, en passant par les séries de photos de Gilbert&George .

Enfant du Dadaïsme, adorateur de Marcel Duchamp, lorsqu’on l’interroge sur son oeuvre, Wim Delvoye réponds que  » C’est une ‘shit machine’ qui pue, pète, et se nourrit de plats cuisinés. Cloaca touche beaucoup. Ce sont les biotechnologies. C’est la finance, c’est l’économie, c’est la mondialisation, c’est l’industrie, l’innovation. Mais aussi la créativité. C’est aussi une métaphore pour la créativité. Mais c’est une métaphore pour la vie et la fragilité de notre vie.  »…

À méditer donc….

On appréciera, ou pas, le côté cynique de l’oeuvre. Machine crée par l’artiste pour créer des oeuvres à sa place, en sachant que les merdes de Wim Delvoye sont cotées en bourse (si si, vraiment) et que, contrairement à la société de consommation à outrance qu’il critique dans une démarche très marquée par le pop-art, (ne serait ce que pour ses nombreux détournements de logos), il a eu le mérite d’assumer de vouloir nous vendre de la merde. En effet, les excréments produits par Cloaqua ont été mis en boîte et vendus sur Internet, accompagné par un faux spot publicitaire incitant l’acheteur à acquérir ces merdes en boîte, qui feraient alors de lui un collectionneur d’avant-garde à la pointe de la mode.

cloaca_quattroCertains trouveront tout ça aussi inutile que stupide, d’autre subsersif et génial, reste que l’exposition vaut le coup d’oeil, d’autant plus que, comme on nous l’annonce fièrement,  » Pour la première fois, sur les 7 cloaquas présentés, deux fonctionneront simultanément. L’un appartenant à la première génération ( Cloaca new and improved, de 2001) l’autre à la dernière ( Personal Cloaqua de 2007.)  »…

S’ajouteront aux 7 machines, 200 dessins originaux, des photographies 3D, des radiographies, des maquettes, quelques spécimens d’excréments sous vide, et un Cloaqua shop proposant au fan de la première heure des t-shirts, sacs et papier toilettes estampillés Cloaqua .

En plus de tout ça, Cloaqua soutient l’économie locale, puisque les machines seront exclusivement nourries par les restaurants du coin. Et bon appétit bien sûr !

En savoir +

Site de l’exposition: http://www.casino-luxembourg.lu

Le site officiel Cloaca: http://www.cloaca.be/

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