We Are Wolves

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Le trio Montréalais We Are Wolves rôdait dans les contrées françaises en mai : nous les avons vu fureter à l'ombre d'une salle de concert rennaise, l'occasion de tailler une bavette sur leur troisième album, leur définition de la pop et l'art contemporain.

Alexander Ortiz, Vincent Levesque et Antonin Marquis frappent de nouveau cette année avec la sortie outre-Atlantique d’Invisible Violence, troisième du nom après Non stop je te plie en deux et Total Magique. Ce dernier comportait quelques uns des tubes qui ont fait le cocktail de la réussite de We Are Wolves : electro-rock, distorsions, refrains accrocheurs, goût prononcé pour l’ésotérisme et l’énergie contradictoire d’un mélange d’amour et de haine (Fight & Kiss).

Comment se présente le cru 2010 des loups magiques ?

Plutôt pas mal si on en croit les refrains punchy de Paloma et de Blue, l’évolution du chant d’Alexander Ortiz façon Pop Levi sur Golden Hands, même si on regrette les chemins un peu faciles empruntés par Near Fear, titre qui lasse au bout de quelques écoutes. On sent toutefois que le groupe a abordé ce nouvel album en souhaitant construire son entreprise avec soin.

Sur la scène de l’Ubu à Rennes, en cette chaude après midi de mai, la fin du concert vire à la grand messe WAW, le public monte sur scène pour un dernier titre en plein délire électrique. Il faut dire que le trio avait su ménager les troupes : « On est super heureux de jouer en Bretagne, on attendait ça depuis longtemps. A Montréal, on a servi dix ans dans un bar breton, et ce ne sont vraiment pas les meilleures personnes avec qui faire la fête si on veut se lever le lendemain ! ». Si les titres de Total Magique sont toujours aussi efficaces, les nouveaux morceaux tirent leur épingle du jeu. Wire raffle la mise ( « I could be your man, I could be your wife » pour le refrain entrainant, des guitares très New Order période Ceremony pour la mélodie), le petit train de Summertime pas loin derrière.

Plus tôt dans la soirée, on s’entretenait avec We Are Wolves du nouvel album, de la pop et de leur concert au Musée d’art contemporain de Montréal.

En 2007, vous considériez Total Magique comme votre premier véritable album après Non stop je te plie en deux. Quelle nouvelle étape avez-vous franchie avec Invisible Violence ?

Vincent : On a réussi à être plus proches de nos idées en termes de composition. C’était un défi différent qu’on s’est donnés, on voulait être plus mélodiques. Et je pense qu’on a réussi.

Vincent, dans une interview avant la réalisation de l’album, tu disais vouloir faire quelque chose de plus produit ?

V : Plus produit pour nous, mais ça reste un truc assez rough (brut, ndlr).

A : On est arrivés plus près de ce que l’on voulait. Les sons se placent mieux et existent dans un environnement, plutôt que ce soit complètement lancé et que tu saches pas comment t’y prendre.

Les titres ont été créés pour le studio ?

A : Il y avait des chansons qui existaient déjà pendant qu’on jouait Total Magique, deux ou trois chansons écrites entre deux tournées, et trois chansons qui ont été écrites pour travailler en studio.

V : La plupart ont été créées pour l’occasion, dans l’idée de sortir un nouvel album.

L’album commence avec Paloma et des paroles en espagnol, quelle énergie associez-vous à cette langue ?

A : Le fait que ce soit en espagnol, c’est simplement parce que c’est une chanson pour ma fille, qui s’appelle Paloma. J’ai grandi en espagnol avec mes parents, c’était une façon de lui communiquer cette tradition, de génération en génération, en espérant qu’elle puisse parler l’espagnol elle aussi.

L’album a été enregistré dans les studios de Radwan, Hotel2Tango, et avec l’aide d’un membre de Wolf Parade. Qu’est ce qu’ils vous ont apporté ?

Image de We Are Wolves Ubu V: Une vision plus pop que, souvent, on n’ose pas avoir. Un regard extérieur sur les structures des chansons. Parfois pour nous, le moment fort d’une chanson ce n’est pas le même que pour un autre auditeur. Radwan nous a amené…beaucoup d’humour aussi !

A : Il a une vision assez différente de la musique en général, il a travaillé et joué avec différents groupes, que ce soit du hardcore ou de la musique pop française ou intellectuelle…il y a tout une approche qui fait que notre vision, plus la sienne, plus les idées d’Hadji et Arlen de Wolf Parade, ça a donné quelque chose de différent.

Comment se traduit l’aspect plus pop de votre musique ? Moins de distorsions par exemple ?

A : Nous on la considère comme plus pop, mais je me demande jusqu’à quel point…

V : Ca arrive souvent qu’on veuille quelque chose de plus pop mas c’est clairement notre définition de « pop ».

A: Sur cet album, on a peut-être des mélodies pus accessibles, plus accrocheuses. Le son reste granuleux et saturé. On a des chansons plus down tempo aussi, ne serait-ce que 20 BPM de moins, c’est beaucoup pour nous. Bon, pour quelqu’un qui écoute Vivaldi, ça va vite !

Dans le clip de Blue, on dirait que vous avez poussé à fond la symbolique ésotérique des triangles…

A: Plus qu’avec un autre vidéoclip, tu trouves ?

Je trouve que ça se matérialise plus dans l’espace. Comment avez-vous travaillé avec les danseurs ?

A : Ca a été tourné dans les Laurentides. Un de mes amis a un chalet dans le nord. On a trouvé deux danseurs qui sont à l’Université Concordia à Montréal, celle où nous étions également. J’ai un ami avec qui ont a fait des clips qui travaille à Concordia aussi, qui avait accès à du matériel et qui connaissait des danseurs.

A Montréal, la scène des arts visuels est assez présente, notamment par des festivals Elektra et Mutek. Ca vous intéresse ?

A : Oui, mais je ne pense pas que ce soit nécessairement une scène qui soit reliée à nous.

V : Malgré le fait qu’on s’intéresse à des artistes qui font partie de cette scène.

A : On a jamais joué dans un contexte de Mutek..

Vous n’aviez pas fait un concert au Musée d’art contemporain de Montréal ?

V: Oui, c’est sûr qu’on est proche des arts mais Mutek par exemple est un truc de nouveaux médias, très précis et pas vraiment représentatif de l’art visuel en général.

A: Même si on arrive à incorporer des éléments des arts visuels dans nos performances, il n’y a jamais de projections qui sont synchées (synchronisées, ndlr) avec la musique.

Vous aviez des têtes de mort en carton d’ailleurs sur scène lors de précédents concerts, vous les avez gardées pour cette tournée ?

A: On ne les a pas gardées car c’est difficile en avion. Mais on va les ressortir et les retravailler.

Qu’est ce que vous écoutez sur la route en ce moment ?

A : Leonard Cohen, John Lennon, on écoute Vangélis aussi ! (Rires) C’est rare qu’on écoute des choses vraiment heavy sur la route. Peut-être que le prochain album va être vraiment spirituel.

V : Ou peut-être qu’au contraire on va arrêter d’écouter des trucs heavy pour pouvoir en jouer !

Vous avez déjà des idées pour le nouvel album ?

A : Oui des idées, des concepts, on a déjà deux chansons qu’on travaille en ce moment…On les a jouées au Musée d’art contemporain. L’une d’elles est beaucoup plus slow, beaucoup plus longue aussi. Elle dure six minutes et elle est très minimale.

V : Un peu méditative.

A : Chantée avec une voix douce…

Quelle forme avait votre concert au Musée ?

V : Il y a deux étages dans le Musée, et c’était dans la salle du bas qui est une salle multimédia où il y a en général des projections. C’est une salle noire. Une scène a été construite pour l’occasion. On a fait une petite installation en hommage à Joseph Beuys, un artiste allemand qu’on aime beaucoup. On a recréé une performance qu’il avait faite à New York. C’était lui et un coyote dans une galerie pendant une semaine. On s’est trouvé un coyote, qui n’était évidemment pas vivant, puis on a pris un ami pour jouer Joseph Beuys, ainsi qu’un theremin.

A : Ce serait cool qu’on retrouve la vidéo…

Vous êtes en tournée avec Warpaint, vous avez discuté avec elles ?

Antonin : On est en tournée deux semaines et demi, et on a joué quatre soirs avec elles.

V: Elles sont super cool et très bonnes musiciennes. Elles sont meilleures que nous !

A : On n’est pas des vrais musiciens…on a un certain plaisir à dire ça aussi…

Vous jouez depuis combien de temps ?

A : Ca fait longtemps qu’on joue mais on a appris en jouant.

Vous êtes autodidactes, quoi…

A : On peut dire ça ! (Rires)

Merci aux loups, à Dare To Care et à l’Ubu


Retrouvez la playlist vidéo de We Are Wolves en rubrique Focus Track.

Crédit photos du concert à l’Ubu (21.05.2010) : Philippe Remond

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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