VV Brown : rencontre et concert. Lumineux.

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Élève modèle enivrante, la belle se fait animale avec élégance et transmet l'envie revigorante d'être tout cela : dévoreuse du monde, sensible extravertie, comme une fleur à la corolle bien affirmée. Et femme, simplement femme.

img_9144-ba74fUne première : So Music ! Organisait la venue de la diva au premier étage VIP de notre non moins connue Tour Eiffel… So Music !, création Universal MusicSociété Générale, qui propose à ses clients une carte donnant accès à de jolis événements VIP et achats privilèges au rayon musique. Voilà pour le décodage. Pour nous, une occasion en golden card de rencontrer la dame et de la voir à l’ouvre en suivant… Forfait réussi.

À posé dans Vogue, a été la femme de Marks&Spencer, a son site de vêtements vintage… Et bien non, elle n’est pas stupide, la belle chanteuse promise au succès universel. À l’origine d’un phénomène jouissif pop rétro roll, VV Brown vole en altitude, au-dessus de très longues jambes ambrées, et vous cloue par sa façon de trouver de la contenance à tout cliché potentiellement suspect.

Le regard en forme de houpette, elle est bien certaine de réussir son échappée publicitaire – vecteur de révélation première ici-bas – et ça, elle vous le claironne droit dans les yeux. C’est avec un amusement très fier qu’elle évoque également la ribambelle de propositions hip-hop dont on a pu l’affubler ces dernières années, toutes refusées, pour cause de rêve supérieur. De rêve ‘d’autre chose’, dit-elle très élégamment.

Regard doux, sourire gourmand, traits adorables. Elle est très belle, posée là simplement, un peu recroquevillée sur elle-même, comme intimidée encore par les étapes d’une vie qu’elle porte pourtant si bien à la réussite… On la sent la féline, la vérité est là : même les mains enfouies dans un manteau resserré, même assise en petite boule, elle est grande et au-delà d’elle-même, et elle le sait bien.

Travelling like the light, c’est une idée qui vient des sciences physiques de la matière. À l’image de ma vie, elle voyage beaucoup, tout en restant entière toujours, jamais rien de ne se perd au cours de ses voyages. En physique quantique, l’énergie est toujours reconvertie. C’était pour donner l’idée de ces trajectoires et de cette plénitude. Et de sa vitesse. Bien lady. D’ailleurs, tout semble bien avoir été à la vitesse de la lumière, pour vous… » Mais c’est étrange, car tout n’a pas été si rapide pour moi avant… Pour les gens peut-être oui, au moment où ils m’ont découverte, mais en réalité, cela m’a pris beaucoup de temps, pour arriver où je suis .

img_9160-c232dEt en effet, depuis l’horizon 27 ans, elle peut se retourner rapidement pour apercevoir une petite fille isolée dans une famille très loin de l’art, très proche des bêtes (une ferme). Très heureuse, cela dit, et jamais aucun mot dédaigneux pour ce qu’elle défend comme une enfance agréable… Puis les aléas d’une carrière de brillante avocate (comme on l’y voit bien), délaissée pour des rives incertaines musicales, sonores, et peut-être… chants de sirène trompeurs. Seulement, voilà. Du plus profond de cette gorge, a jailli, et jaillit toujours (on l’entend, même de l’extérieur), une petite voix qui y voit clair et qui appelle au projet artistique. Sans équivoque, quelles que soient les lumières cérébrales et studieuses.

À l’écoute, c’est encore plus clair. Outre le refrain d’un Shark In The Water qui n’avait pas besoin d’attendre son matraquage radiophonique pour avoir été entendu déjà cinq cent cinquante-cinq fois, outre (aussi) une incapacité évidente à pondre une ballade sentimentale correcte (ne pas écouter I love you sous peine de déception amoureuse avancée), son album est entièrement voué aux énergies humaines, aux charmes sensitifs, à la générosité honnête et musicale.

Voix profonde et sucrée, blues, pop, gospel, rock. C’est de la gentillesse d’un autre temps, savoureusement délayée dans de l’huile de voiture d’aujourd’hui. Car elle est Anglaise bien contemporaine, VV Brown, il n’y a aucun doute, vitesse et foule et contradiction. Elle précise très justement :  » Je crois que cet album s’écouterait volontiers en conduisant, oui… Mais en traversant des espaces urbains « . L’amour comme message musical, cet album ?  » Il est très lumineux, très énergique, mais les paroles sont en contradiction très sombres. Je crois qu’il est le résultat d’un état que je traversais à ce moment-là, suite à une blessure amoureuse. Et le prochain album peut être très différent. Alors, je ne sais pas, si c’est vraiment un message d’amour, un message tout court d’ailleurs.  » Plutôt un polaroïd classieux de l’instant émotif ?  » Et féminin, c’est si vrai ça, oui, je parle aux femmes, comme une femme, d’une sensibilité de femme. Je leur donne un pouvoir, c’est quelque chose de très féministe « , répond-elle les yeux brillants à la suggestion.

img_9260-39b36Avec ça, l’artiste se décline en plusieurs formats.  » Je ne veux surtout pas être unidimensionnelle, mais bien avoir tous ces prismes d’expression, pour être plus complète « . Un roman graphique, c’est son tout nouveau tout prochain bébé annoncé, en collaboration avec le dessinateur David Allain : elle y laisse entrevoir questionnements et mises en doute de la célébrité…  » La musique y serait extrêmement abstraite, rien à voir avec ce que l’on connaît d’elle. Je suis un peu touche-à-tout, et chaque forme d’art est différente, mais pourtant, tout est tellement pareil. Tout vient de mon âme, d’une seule âme, et prend sens pour moi, et tout concorde, musique, écriture, mode. Je ne veux pas faire qu’un seul genre de musique, mais plusieurs « …

Madame Brown serait-elle un peu trop sûre d’elle-même ? Sans doute, mais on ne peut s’empêcher d’y croire, tant c’est authentique et mérité, on le sent bien, même si la sauce est partiellement en devenir.  » Toute petite, je crois que j’étais trop profonde, trop intense, et que ça faisait peur aux autres enfants « … Alors, on passe sans haine, sur les affirmations de son propre génie, quand on lui demande si ce n’est pas contradictoire, de passer d’une enfant qui campait en dehors du cercle pour voir les choses seules et autrement, à une femme au centre de la scène :  » Maintenant je suis sous les projecteurs. Mais d’une certaine façon, je suis toujours à l’extérieur du cercle, et je me garde ces moments de déconnexion, de création, seule avec moi-même et mon regard. Je ne peux pas me conformer entièrement « . On suggère alors que c’est peut-être là la condition même de la créativité… Réponse, toujours sur une pluralité d’intonations qui trahissent l’intelligence :  » Je pense oui, parce qu’au centre du cercle, on est consumés par ce que font les autres, même s’il faut rester ouvert « .

Après tout, c’est peut-être en y croyant que cela devient vrai. Confirmation dans la foulée, avec le show de la créature !  » Ce soir, c’est un peu un rêve qui devient réalité « , a-t-elle glissé à la fin de notre entrevue. À bord de la Tour Eiffel, la diva naissante propose un concert dynamique, sensuel, énergisant. Elle amène le show jusqu’à l’idéal qu’elle a projeté en l’air, parfaitement incarnée grandeur nature, même dans cette petite salle cosy, conviviale, et rétrécie sur des airs d’égalité jolie plus que de preuve grandiose.

Comme son album, la densité charismatique en plus, c’est coloré, stimulant, entraînant. Une voix très confiante, solidement posée sur ses portées, détoure la chose avec précision et application, tout en laissant pénétrer l’air d’une variante séduction. Quelques improvisations bienvenues ci et là, même si on aurait peut-être souhaité plus encore de claquage de brides et d’orgasme libératoire.

Élève modèle enivrante, la belle se fait animale avec élégance et transmet l’envie revigorante d’être tout cela : dévoreuse du monde, sensible extravertie, comme une fleur à la corolle bien affirmée. Et femme, simplement femme. Les Parisiens de la Tour Eiffel ne demanderont aucun rappel, pauvres sauvages sans élégance fidèles à eux-mêmes. Oui oui. Pour cours de bestialité raffinée, prendre contact avec VV .

Crédit photo : Mathias Lamamy

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Roman graphique City Of Abacus, prévu pour mai-juin

Le site So Music ! : http://www.somusic.fr
Les fringues de la diva : http://www.vvvintage.com
Le site : http://vvbrown.com

A propos de l'auteur

Image de : Les mots ! Pigiste en culture pour plusieurs organes de presse écrite et web, cuvée 1986 (Bordeaux), vit à Paris. Retient de sa prépa lettres, une philosophie très nietzschéenne : l'art est mensonge et c'est tant mieux. Aime les mots. Aime toutes les formes d'art et surtout la musique (pop, rock, électro, blues, folk, classique), la littérature et la photo (contemporaines et déstructurées), le cinéma (japonais, films d'auteur). Ecrit un peu de tout, interviews, critiques, chroniques, portraits, dossiers, live reports, et poèmes, nouvelles, romans (inconnus à ce jour) : tout ce qui dit le monde au travers de prismes, sans jamais avoir la prétention de le traduire précisément. Jamais satisfaite, toujours amoureuse. Blog culture : http://spoomette.over-blog.com

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