Volt, star malgré lui

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"Une petite fille, son chien et un méchant avec un chat". Cela vous rappelle certainement un chef-d'oeuvre télévisé de votre enfance. La comparaison s'arrête heureusement là. Bolt, la dernière réalisation de Disney, est un road movie initiatique où notre héros à la voix peu crédible de Richard Anconina se prend pour son personnage de série TV, mais qui va devoir apprendre ce que c'est d'être un vrai chien et affronter des dangers bien réels, sans super pouvoirs.

volt-2 Bolt avec un B ? Oui, car si sur l’affiche française c’est Volt, durant tout le film, c’est Bolt . C’est d’autant plus dommage quand on sait que chez Pixar, on se coltine la traduction d’une bonne dizaine de langues, et qu’ici le public cible de 3-12 ans risque de se poser des questions.

Sur un plan purement technique d’abord : la 3D est efficace, les effets maîtrisés, l’animation correcte (parole d’ancien animateur 3D). Mais rien d’incroyable sur le plan graphique, sur les personnages, ou sur l’ambiance générale.

Les personnages secondaires animaux sont plus intéressants comme Rhino ( Gilles Lellouche ), le rongeur accroc aux séries TV dramatisant sa vie à l’aide de phrases choc. Omar et Fred quant à eux doublent tous les pigeons apparaissant par intermittence au long du film, ce qui sauve ce running gag, qui a déjà été tartiné à toutes les sauces.
Les personnages humains restent discrets et servent de prétexte à illustrer le décalage entre le monde des enfants et celui des adultes. Cela ne sert finalement pas à grand-chose et laisse un sentiment de ne pas être vraiment aller au bout des choses. passage déplacé ici

Pour les décors et ambiances, malheureusement rien de bien intéressant : une partie de l’action se déroule à New York. Est-ce bien utile d’utiliser une technique aussi créative que la 3D pour reproduire une ville telle qu’elle est ? Même sentiment pour l’unique chanson, plantée là comme si elle était prévue dans le contrat et qui sera vite oubliée.

Ce qui peut manquer dans ce film, c’est une identité représentant les dangers du héros : un méchant. Un classique Disney comporte un méchant. Ici, comme depuis que la 3D est de mise chez eux, le mal est éparpillé. Tantôt incarné par ce personnage humain, tantôt par cet endroit, mal identifié, il est un peu partout, mais finalement nulle part. Une construction scénaristique en vogue, mais un peu molle.

Justement, l’ennui principal de ce film reste le scénario. Il s’avère tout juste efficace et suffisant pour un film d’animation 3D pour enfants. Pas de longueurs, une continuité dans l’action et l’aventure, clairement lisible. Comme si tous les ingrédients d’une recette avaient été mélangés en quantité très précise pour correspondre à des critères dont l’efficacité serait prouvée. Le résultat est là : l’action est prévisible, très peu de suspense et un univers déjà vu. Dommage quand on se souvient que la séance commence avec 2 logos Disney en 3D. Benji La Malice racontait la même chose et était plus palpitant. Le concept du héros plongé dans un univers qu’il ne connait pas et dont il va devoir apprendre le fonctionnement pour s’en sortir sentait pourtant bon le Miyazaki .

18982383_w434_h_q80_copiePour une fois, intéressons-nous aux réalisateurs, 2 jeunes : Byron Howard un ex-animateur de personnages secondaires chez Disney (2D) (sur Pocahontas, Mulan, Lilo & Stitch ), mais qui a participé au scénario de Chicken Little, après quoi il aurait peut-être du retourner là où il était meilleur : à ses crayons. Et pour ce qui est de Chris Williams, là c’est le mystère. C’est en fait un acteur ( Scary Movie 4, Californication, 24 Heures Chrono ) qui se teste à la réalisation. L’heureuse surprise, c’est de trouver au générique John Lasseter (producteur exécutif ou réalisateur sur la plupart des Pixar ). Il n’est crédité ici « que » comme producteur exécutif, mais ne nous y trompons pas.

Après s’être fait licencié des studios Disney il y a 23 ans, il participa activement à l’histoire des studios Pixar pour en faire ce que l’on en connait aujourd’hui. En 2006, selon un accord particulier, Disney rachète Pixar . Lasseter en profite pour reprendre les rennes du studio Disney 2D, abandonné depuis 2 ans et s’attaque à un long-métrage prévu pour Noël 2009 : il est convaincu que cette décision d’arrêter la 2D était une erreur et que ce n’est pas la 3D qui va les sauver, mais plutôt de meilleurs scénarios, et arrêter les « suites de ». Il reste néanmoins présent sur plusieurs réalisations Disney ou Pixar, comme Volt sur pas mal de plans. Et effectivement, sa patte s’y retrouve partout, jusqu’au générique. Cela ne suffira pas à retrouver tout à fait la magie d’un des 2 studios, mais cela reste nettement appréciable.

Là où ce film prend tout son intérêt, c’est en le visionnant de la manière dont il a été créé : en 3D, dans les cinémas équipés.

Oui, en vraie 3D. En relief, en fait. Une technique qui jusqu’à maintenant était une attraction au Futuroscope et qui se propage petit à petit comme une tentative de bouclier anti-screener, et peer to peer. La troisième dimension du numérique en quelque sorte. Concrètement, cela signifie deux euros de plus sur le prix du billet, devoir porter des lunettes énormes ainsi que d’avoir la présence d’un léger voile gris par-dessus l’image, malgré la surluminosité du projecteur sensé compenser.

Là où la projection au Cinéma Publicis de L’Etrange Noël de Monsieur Jack en 3D était du bricolage, ici, on en prend plein les mirettes. La technologie est puissante, presque maîtrisée (ne pas trop pencher la tête sur les côtés) ! C’est la vraie nouveauté intéressante proposée par ce film. On est au coeur de l’action, les personnages existent, ils ont du volume, on peut clairement évaluer les distances. Seul le montage rapide du début fatigue les yeux, peut-être que davantage de plans-séquences aurait été plus confortables. Mais pour le coup, la simplicité d’utilisation et la qualité de l’image démontrent une vraie révolution cinématographique.

Pour résumer,  la technique de projection a beau être épatante, on peut rester assez déçu par le potentiel non exploité de ce film. En sortant, on se souvient d’une époque où on faisait la queue pour assister à un Disney … à la séance suivante, car les salles étaient pleines. On se souvient d’une époque où leurs chansons restaient en tête pour trois semaines, où la magie était là, sortant de nulle part, prenant aux tripes, même si on avait 12 ans, et où les méchants étaient charismatiques.

Souhaitons qu’à l’avenir, ils continuent leur avancée jusqu’à retrouver une qualité de réalisation digne du géant de l’anime qu’ils sont censés incarner, ce qui ne devrait plus être très long. Rendez-vous à Noël pour La Princesse et la Grenouille .

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A propos de l'auteur

Image de : Mathias est né de l'union du soleil et de la lune en -851 av JC. Après avoir enseigné l'art dramatique à Eschyle, l'amour à Cléopâtre, les maths à Pythagore, la culture des lauriers à César, la pâtisserie à Jésus, la sexualité à Jeanne d'Arc (mais ça ne lui a pas plu), la philosophie à JCVD et la coiffure à Lucchini, il tombe amoureux de Britney et tombe dans l'enfer de la spirale. Depuis, et tous les soirs, il enfile son plus beau reflex et part shooter à tout va, dans le désespoir et l'abandon de soi, oubliant sa honte, ses scrupules jusqu'à sa vie, arpentant les salles obscures aux hasards des rencontres; en se disant qu'un jour, il la retrouvera bien par hasard sur une scène sous les spotlights. Ainsi naquit une passion.

1 commentaire

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  1. 1
    le Mercredi 14 juillet 2010
    Tomy a écrit :

    Je suis pas d’accord, j’adore ce film. Moi les musiques me restent dans la tête et les paysages sont superbes. Même si je trouve nul le choix d’avoir pris une chanson de Myley Cyrus. Après le scénario même si simple, on s’en contrefout tant qu’il est bien et l’histoire est très sympa dans l’ensemble. Enfin le truc qui plait c’est justement une histoire avec des animaux. Le charisme du chien plaît et attache sans qu’on s’en aperçoit vraiment. Je suis d’accord avec toi que pour les taductions françaises qui sont nulles je prefere voir en VO.

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