Volpone : chenapan, chacripouille, sacré vaurien.

par Caroline S.|
Après Shakespeare, c’est Ben Johnson (1572-1637) que Nicolas Briançon décrasse en mettant en scène un Volpone de tous les diables.

Dans cette pièce terrible de 1606, les acteurs s’en donnent à cœur joie et le public rit (jaune). Une sortie idéale par les temps qui courent. Contemporain de Shakespeare, Ben Jonson a apporté sa pierre à l’édifice dramaturgique anglais en signant comédies et mascarades satiriques dans lesquelles évoluent des personnages archétypiques et aux intentions toujours douteuses.

Volpone, « le renard sournois », ne fait pas exception. Dans la Venise décadente du XVIIe siècle, le très riche Volpone feint l’agonie afin de duper trois gentilshommes, Voltore (« le vautour »), Corbaccio (« le corbeau ») et Corvino (« la corneille ») qui convoitent son héritage et le couvrent de cadeaux somptueux pour s’assurer sa préférence. Aidé de Mosca, son valet et auto-proclamé « parasite », le vieux grippe-sou manigance et se délecte des tréfonds de bassesse jusqu’où il arrive à pousser, sans trop de difficulté, ces trois oiseaux de malheur. L’amour d’un fils, la vertu d’une épouse, tout peut être dépensé pourvu que son nom soit couché sur le testament du siècle. Et c’est un peu médusé que l’on assiste à la violence, tant physique que sociale, qui se déchaîne contre ceux qui ne se soumettent pas à cette loi toute puissante du marchandage.
Grinçant.

Tel qu’il a été adapté par Nicolas Briançon et Pierre-Alain Leleu, le texte de la pièce offre des clins d’œil assez appuyés au zeitgeist actuel, jusqu’à évoquer DSK ou l’abolition de la prostitution. Cela pourrait être grossier si les comédiens n’étaient pas si bons. Roland Bertin fait de son Volpone une sorte de Jabba le Hutt cabotin qui tient plus du gastéropode que de l’homme tandis que le Mosca de Nicolas Briançon, tout en raideur et en froideur, apporte un équilibre vraiment bien vu à ce drôle de couple maître-valet. Le reste de la troupe ne démérite pas, surtout Anne Charrier, au timing parfait, et Barbara Probst qui défend parfaitement bien son personnage ingrat de vierge effarouchée.

Le reste de la production est tout aussi léchée : décor imposant, lumières et ambiance sonore lugubres, serviteurs-danseurs inquiétants… L’ensemble contribue à ce sentiment général de malaise qui fait de la pièce non seulement une bouffonnerie à l’humour corrosif, mais aussi une fable dont la morale finale (très beau monologue de Mosca/Briançon) va sans doute plus loin que les intentions initiales de l’auteur.

À une époque où même les champions ne sont plus des héros, constater que l’hypocrisie, la cupidité et le matérialisme dirigent le monde depuis des siècles tient de la naïveté, pour ne pas dire de la niaiserie. Heureusement, ni Nicolas Briançon ni a fortiori Ben Jonson ne sont des donneurs de leçon et l’énergie de la pièce est bien plus jubilatoire que sentencieuse.

Volpone ou le renard de Ben Jonson,
mise en scène Nicolas Briançon, adaptation Nicolas Briançon et Pierre-Alain Leleu.
Avec Roland Bertin, Nicolas Briançon, Anne Charrier, Philippe Laudenbach, Grégoire Bonnet, Pascal Elso, Barbara Probst, Matthias Van Khache et Yves Gasc.

Au Théâtre de la Madeleine, à 20h30 du mardi au samedi, 17h le samedi et le dimanche.
Réservations au  01 42 65 07 09
Site : http://www.theatremadeleine.com/spectacle/piece/volpone

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