Violent Days – Lucile Chaufour

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"C’est quoi être Rock'n’ Roll en 2009 ?" A constater les mètres carrés de mots qui tapissent mensuellement les colonnes du courrier des lecteurs de Rock & Folk, la réponse est visiblement loin d’être évidente. Avec ce premier long métrage, la réalisatrice Lucile Chaufour nous donne sa version des faits, en format grand écran : un docu-fiction en noir et blanc qui décortique sous tous les (grands) angles, le quotidien Rockabilly des milieux ouvriers du Havre.

Toute la musique qu’ils aiment

violent_days_image01A l’heure où on fait volontiers passer pour Rock’n'Roll un film où la jeunesse dorée du XVIeme s’en va déverser sa gouaille branchouille sur la scène du Nouveau Casino, Lucile Chaufour prend la tangente de la génération Rock’n'Lol et va chercher le Rock à sa source : dans la grisaille des banlieues oubliées et dans le ronronnement infernal du travail à la chaîne.

Caméra au poing, elle capture le quotidien d’individus pour qui « être Rock’n'Roll en 2009″ n’est pas une question mais un moyen de vivre, voire de survivre.

 » Qu’est-ce qu’il me reste quand je n’ai plus rien ? Le Rock’n'Roll.  » Réflexion démago s’il en est, mais lorsqu’elle se trouve lancée par un métallo comme ça, entre la chaleur pleine de souffre, la presse incandescente et les cernes d’une nuit de travail, on veut bien croire que s’habiller comme Elvis et vivre comme James Dean, ça peut effectivement avoir des fins cathartiques.
Le Rock’n'Roll, c’est le supplément d’âme qui assure de ne pas être fondu dans la masse du métal qu’on travaille, de ne pas devenir aussi vide que le regard du patron du bistrot du coin (« Le bonheur ? oui sûrement, bof, j’y pense pas trop vous savez. »).
Traduction : la vie est dure, oui, mais nous, on a le Rock en assurance vie.

Très vite, on s’aperçoit d’ailleurs que l’intérêt de ce film réside moins dans l’hommage qu’il fait à la culture populaire des années 50 américaines, que dans les portraits ordinaires de gens qui ont besoin de se sentir extraordinaires. A la manière d’un Depardon urbain, Lucile Chaufour va à la rencontre de ces gens, qu’elle laisse librement s’exprimer face caméra.
Ils se livrent et se délivrent avec une honnête et une simplicité déconcertante, qui rappellent les grands moment de Strip-Tease (France 3 – tendance  » le perroquet et la soucoupe « ). En effet, derrière les obsessionnels compulsifs de la banane et de la suédine bleue, on découvre des êtres rongés par les mêmes angoisses que le voisin d’en face, pour qui les rockers ne sont qu’une bande de crétins qui remuent les hanches plus ou moins en rythme.

violent_days_image02Finalement, ils sont Rockabilly, mais ils auraient très bien pu être autre chose, le tout c’est de se sentir différent de la masse et exister dans un groupe où on a ses repères (esthétiques, vestimentaires, musicaux.).
A trop vouloir échapper à la norme, ils se fondent dans un autre moule, mais un moule quand même (tous la même coupe, la même musique, les mêmes potes) sans pour autant échapper aux plaies qui saignent les milieux défavorisés : chômage, violence, racisme, drogue, guerre des gangs, tout y passe, sans concession.
Traduction : la vie est dure, et le Rock’n'Roll n’assure même pas la vie.

Du coup, ambiguïté du point de vue : on n’arrive absolument pas à savoir si la réalisatrice porte un regard attendri, navré ou admiratif sur le sujet qu’elle filme. Elle les décortique, les dissèque, les creuse pour en faire ressortir tout les paradoxes, et du coup sonne moralisatrice.
« Regardez donc ces pauvres gens, non seulement ils vivent dans la misère mais en plus ils ne voient pas que les efforts qu’ils font pour y échapper ne font que les y ramener avec plus de force. », semble-t-elle-dire.

En témoigne la partie fiction du docu-fiction : dans un noir et blanc épuisant, la caméra suit les peines de coeur et les drames psychologiques d’une Monroe des banlieues, aliénée par le machisme de ses camarades et ne trouvant pas sa place dans cette mascarade passéiste, le tout entrecoupé de longs plans séquences contemplatifs dont le cinéma français nombriliste a le secret. Sheitan filmé par Phillippe Garell, y’a plus rock n roll quand même.

Conclusion : il aurait fallu que Lucile Chaufour fasse soit du docu, soit de la fiction, mais pas les deux ensemble. Parce qu’au final le spectateur ne sait plus à quel saint se vouer. Et c’est dommage : le sujet était intéressant, épineux et il aurait pu en sortir de très belles choses, autres que la B.O.

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Violent Days, de Lucile Chaufour
Dans les salles depuis le 16 Septembre 2009
Avec Frédéric Beltran, Franck Musard, François Mayet…
1h44min
Drame musical français, 2004.

http://www.imdb.com/title/tt0443281/‘>AlloCiné->http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=59701.html] | [Imdb
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18818922&cfilm=59701.html‘>Bande-Annonce

A propos de l'auteur

Image de : Mercy Seat n’aime pas trop s’exposer. C’est mauvais pour sa peau de toute manière. Elle préfère se terrer dans les coins obscurs des salles de cinéma de quartier et les recoins des salles de concert. Qui sait sur quelle perle rare elle pourrait tomber au détour d’une rétrospective : un Scorcese inédit, la Nuit du Chasseur en copie neuve, Sailor et Lula redux ? Elle chine par-ci par-là des bouts de Nick Cave et de Johnny Cash, de Queens of the Stone Age et de White Stripes, rêve d’un endroit qui ressemble à la Louisiane (mais en moins chaud), et pense que si Faulkner et Shakespeare avaient vécu à notre époque, ils auraient fait des supers films avec Tarantino et Rodriguez.

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