Vinyl Mania : Le label Et Mon Cul C’est du Tofu – Première partie (3/5)

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La deuxième partie de notre série d’entretiens sera consacrée au label parisien Et Mon Cul C’est du Tofu ? ayant récemment cumulé les coups d’éclats avec fierté et assurance :  les différents LPs de Jessica 93, one-man band terminal de Bondy, ou encore la démo de Besoin Dead. Pascal, qui gère le label depuis 4 ans, [...]

La deuxième partie de notre série d’entretiens sera consacrée au label parisien Et Mon Cul C’est du Tofu ? ayant récemment cumulé les coups d’éclats avec fierté et assurance :  les différents LPs de Jessica 93, one-man band terminal de Bondy, ou encore la démo de Besoin Dead. Pascal, qui gère le label depuis 4 ans, est particulièrement attaché à la scène punk parisienne, avec tout ce que cela peut englober en terme d’engagement politique (au sens large du terme). Illustration d’une conscience affirmée dans les lignes qui suivent.

 

Pour commencer, peux-tu présenter rapidement l’histoire du label ?

Pascal : Mon Cul C’est du Tofu a commencé en 2009. Ça faisait déjà un moment que j’autoproduisais des disques pour tous les groupes que j’avais, particulièrement pour ceux des Louises Mitchels. À un moment donné, en discutant avec Geoff (ndr : guitariste des Louise Mitchels, mais aussi de Besoin Dead et Jessica 93) et d’autres personnes, on s’est dit que ce serait pas mal de tout simplement mettre un nom là-dessus et de commencer à travailler avec un groupe de personnes plus large que simplement sortir nos propres disques, parce qu’on avait déjà énormément de contacts avec des gens dont on pensait que la musique était intéressante et que ça valait le coup de relayer… Pas non plus nécessairement diffuser pour diffuser, mais en tout cas de faire en sorte que ça puisse exister. Du coup, la base financière du label vient de la caisse commune des Louises Mitchels, une somme qui a toujours fluctué mais dont je n’ai jamais eu besoin de personnellement renflouer.

Et depuis le début du label, vous en êtes à combien de références ?

On en est à 60 là, un truc comme ça.

Est-ce que chaque référence est sortie en vinyle ?

Non… je dirais que la moitié est sortie en vinyle, une très très faible partie en CD et le reste en K7.

D’accord, donc la majeure partie de ton catalogue est sortie en vinyle, ensuite la K7 puis le CD, en termes de quantité ?

Le CD est un format qui ne coûte pas cher mais qui est froid, un peu impersonnel. Je m’en sers principalement pour de la diffusion. En règle générale, quand je sors une compil, c’est en CD parce que j’en fais 1000, ça me coûte 60 centimes pièce et j’aime bien faire ce prix un peu provoc’ de les vendre à 2 euros, pour montrer aux gens que ça coûte pas cher à faire ; alors qu’on va acheter son CD à plus de 20 Euros à la FNAC. Dans ces 20 Euros là, il y a pas mal de sous qui passent dans les mains d’une multitude d’intermédiaires, et c’est ce que j’aime montrer. La K7 est intéressante pour des tout petits tirages : tu peux faire 50 K7, ça ne te reviendra pas à un coût unitaire hallucinant, et finalement, c’est pas nouveau que les gens se la réapproprie comme ça. Traditionnellement, les groupes faisaient leurs démos sur K7, donc, quelque part, on continue dans cette logique-là. On n’a pas mis la K7 à la poubelle et on la considère encore comme un objet qui, pour les petites séries, vaut encore le coup.

Pour le vinyle, c’est un peu plus compliqué, il y a plus de raisons au-delà de l’aspect pratique : il y a bien sûr le fait que ce sont des pochettes magnifiques parce que c’est sur du grand format (30 centimètres), tu peux vraiment faire quelque chose qui ressemble à un objet d’art. Il y a aussi un autre aspect très important, c’est que je ne fais absolument pas confiance au numérique pour conserver la musique. Je ne fais pas du tout confiance à ce format au niveau de l’archivage, que ce soient les disques durs, les CDs, etc. Ce sont des formats qui, on le sait très bien, ne durent pas dans le temps, alors que les premières galettes qui sont apparues il y a un siècle maintenant, marchent toujours. Un CD, au bout d’une dizaine d’année, si tu l’as un petit peu écouté, c’est mort.

Donc au-delà du format CD, c’est plus le numérique dans son ensemble que tu désapprouves.

Oui. Il y a bien entendu le côté de la dématérialisation qui nous fait peur, mais d’ailleurs pas que pour la musique. Pour les livres, pour l’apprentissage des enfants, il semblerait que les tablettes numériques, c’est de plus en plus fréquent dans les écoles aujourd’hui. Ça me fait extrêmement peur, à la fois au niveau cognitif, mais aussi au niveau de ce que ça va générer niveau du lavage de cerveau qui va commencer très jeune. Je vais revenir au vinyle par rapport à ce point-là, par rapport à la société néo-libérale, qui nous fait consommer de nouveaux produits censés être de meilleure qualité et qui, en fait, est de plus en plus de la merde qui va durer très peu de temps. C’est quoi la durée de vie d’une tablette numérique ? Est-ce que ça peut excéder dix ans ? C’est de l’obsolescence programmée. Au contraire, un bouquin, on se le transmet, ce sont des objets qui ont une histoire, qui vivent, où l’on annote des choses, où l’on surligne, où l’on corne des pages… Comment on corne des pages sur une tablette ? Le format vinyle, quelque part, c’est la même chose, c’est un format qui marche très bien, qui a une belle dynamique, et comme je le disais tout à l’heure, qui peut rendre vraiment des choses magnifiques au niveau des pochettes. C’est aussi un format pour lequel il y a énormément de platines qui ont été construites… et les jeter à la poubelle, ça me paraît être une aberration, alors que c’est du mécanique et pas de l’électronique : quand c’est cassé, on ne la jette pas à la poubelle, on la répare.

On peut voir, aujourd’hui, une espèce de regain du format vinyle. Cela est lié à des gens qui veulent retrouver quelque chose de plus pur et de plus profond dans la manière d’écouter de la musique. Est-ce que tu penses que, plus généralement, ce genre de geste veut également exprimer une certaine peur de progrès, par rapport à des choses qui avanceraient trop vite ?

Sociologiquement parlant, je ne sais pas ce que ça exprime, mais je pense qu’il n’y a malheureusement qu’une minorité de gens qui sont dans cette réflexion. C’est-à-dire, qui, entre guillemets, « refusent le progrès », en tout cas le progrès au sens où l’entend la société néo-libérale. En particulier, cette idéologie du progrès liée à l’idée de croissance infinie. Ils te vendent du progrès pour en réalité régresser vers des formats obsolètes. Alors, bien entendu, les gros labels se servent du regain du vinyle pour rebooster leurs ventes, même si c’est relativement ridicule, il y a ce côté « redonnons un blason honorifique au vinyle pour en faire de l’argent »… Personnellement, le retour du vinyle, je ne sais pas ce que ça veut dire parce que j’ai des vinyles depuis que je suis petit. Les premiers disques que j’ai entendu, c’était sur vinyle car il y avait une platine à la maison. J’ai encore des disques de la collection de mes parents, de la collection de mon oncle, de la collection de mes grands-parents. Du coup, on ne peut pas dire que c’est un retour pour moi, c’est juste que je reste fidèle à un format qui reste, pour moi, le format qui dure le plus dans le temps et qui est le plus beau.

A suivre…

 

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