Vinyl Mania : Le disquaire MusicFearSatan – Deuxième partie (2/5)

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Suite et fin de notre premier entretien consacré au vinyle, en compagnie de Nicolas de MusicFearSatan.

(Première partie à lire ici)

As-tu l’impression que le phénomène de retour du vinyle est récupéré par les majors, avec des évènements comme le Disquaire Day ?

Bah un petit peu oui… Après, le Disquaire Day, ce n’est pas forcément les majors, il peut y avoir des gros labels indés qui participent mais oui… de toute façon je pense que les majors, à court terme, ne sortiront plus de disques, plus de nouveautés. Ce sera principalement de la gestion de catalogue qu’ils vont faire, un peu comme les grands studios de cinéma…

Plus aucune prise de risque en fait… vu que le marché s’enfonce.

Voilà, c’est ça, plus de nouveaux groupes ou très peu… donc je pense qu’il y a une vraie mode sur ce style rock/indie rock. Par contre, pour ce qui est punk/metal, je ne pense pas que ce soit vraiment une mode, plutôt un retour vers des choses qui n’auraient pas dû disparaître…

Sur des labels de ce style, je pense qu’à court terme, les ventes de vinyles et de CDs vont s’équilibrer alors qu’il y a dix ans, ça représentait à peine 5% des ventes de CDs… c’est pour ça que les labels en sortaient de temps en temps, pas tout le temps… et ils laissaient ça à des petits labels. Pas mal de labels n’étaient pas intéressés par le vinyle… maintenant, ça va mieux. Je connais un peu les mecs de Relapse, ils me demandaient carrément si je voulais sortir l’édition vinyle d’un album parce que ça ne les branchait pas. Maintenant, ils te disent « on sait pas, on va peut-être le represser nous-mêmes »… Et sur les nouveautés, maintenant, c’est direct le vinyle.

Donc on peut tout de même sentir un vrai changement…

Voilà, il y a quand même un vrai changement, qui a mis un peu de temps, mais depuis deux ans, ils ont compris que ça marchait et que les vinyles, il faut toujours les represser… à une époque c’était juste un pressage de 1000 copies et puis basta… ça allait intéresser les mille mecs qui attendaient ce vinyle-là dans le monde et puis c’est tout. Maintenant, pour des groupes comme Electric Wizard ou Converge, les labels n’ arrêtent pas de les represser tout le temps… à l’époque, c’était exceptionnel, maintenant les labels maintiennent le vinyle à flot.

 

Et la symbolique de l’achat d’un vinyle pour toi ça représente quoi en fait ? Pourquoi les gens achètent du vinyle selon toi ?

Des raisons qu’on a évoqué tout à l’heure en fait, la pochette, le grand format… Après, un truc qui m’a marqué, c’est que les 45 tours marchent très peu par rapport aux grands formats LP/2xLPs et j’ai remarqué que les gens n’aiment pas trop les splits aussi… les gens aiment bien tenir entre les mains un 2xLP qui leur a coûté cher, ils seront plus heureux avec ça, ils en auront pour leur argent…

Un véritable objet de collection en fait…

Ouais, c’est ça, t’as de gros disques à exposer chez toi, du coup les gens viennent chez toi, voient le disque et en déduisent que t’es un vrai mec cultivé… et des fois les gens veulent pas acheter de splits parce qu’ils connaissent pas le groupe sur l’autre face alors qu’il y a pas mal de groupes qui sortent de très bon splits en fait… il y a un split de Baroness avec Unpersons qui est sorti entre leur deux premiers LPs avec les meilleurs morceaux de Baroness dessus, mais le secret va être gardé pendant des années alors que Baroness était à la mode et le vinyle était à la mode. Les gens préfèrent acheter l’album parce que ça leur parle plus. Le 45 tours, c’est très dur, je sais que par exemple la première journée au Hellfest cette année, j’ai vendu un seul 45 tours.

J’aime bien ce format parce que le groupe est limité dans le temps, il à deux petites faces pour tout lâcher, ses morceaux les plus convaincants…

Ouais… mais il y a pas mal de groupes qui ne respectent plus cet esprit-là en fait… au lieu de mettre un bon titre maintenant, ils mettent une chute de studio ou quelque chose comme ça… alors qu’il y’a des groupes anglais qui ont toujours eu la culture de la B-side par exemple. Oasis se faisait souvent critiquer par la presse pour mettre leurs meilleurs titres en B-side, qui auraient pu largement figurer sur un album, ou même limite à la place de la face A sur le single, donc c’est vraiment une culture…

… Qui s’est perdue au fil du temps ?

Non par forcément… C’est plus une culture de travail sur la discographie…

Avec du coup un vrai respect de la discographie…

Oui… avec les fans obligés de tout acheter quoi. A l’époque, tu ne pouvais pas tout télécharger, je m’en souviens, quand tu voulais des B-sides dans les années 90, il fallait acheter le single en import et attendre des semaines…

Il y avait une vraie démarche…

Un peu la chasse au trésor effectivement… Après, pour en revenir à ta question, c’est un peu un effet de mode aussi au niveau d’un retour à ce qui peut paraître vintage, quoi…

Mais justement pourquoi est-ce qu’il y a ce retour vers le vintage ? Pourquoi les gens regardent en arrière comme ça ? Est-ce que c’est une réaction face à la technologie ou au progrès ?

Il y a une réaction par rapport au CD déjà, c’était quelque chose de cher et les gens se sont aperçus petit à petit que c’était pas grand-chose… Après pour moi la vraie raison de l’achat d’un vinyle, c’est que ce support est le format premier de la musique, c’est comme en littérature, avec les livres grands formats qui, s’ils marchent bien, sont réédités en poche, avec le poche qu’on pourrait rapprocher du CD en fait…

Pour le coup, ce que j’apprécie dans un vinyle, c’est avoir les premiers pressages, pas nécessairement colorés ou américains, mais, par exemple, j’ai des premiers pressages français de Black Sabbath ou Led Zeppelin de mon père, c’est cool tu vois je les mets à côté de groupes comme Kadavar, il y a une certaine continuité finalement avec les premiers pressages de chaque LP, tu vois…

Oui, ça constitue une espèce de petite histoire en fait…

Oui, exactement : les deux groupes ont 40 ans d’écart et pourtant tu peux les placer côte à côte à partir du même format, j’aime bien avoir tout dans le même format. Et du fait que c’est le format premier de la musique, tu peux être sûr que ton LP ne sera pas obsolète dans 20 ou 30 ans, contrairement à un CD ou à un mp3, t’es sûr d’avoir le bon format qui va résister au temps. C’est vraiment le format premier de la musique.

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