Vinyl Mania : Le disquaire MusicFearSatan – 1ère partie (1/5)

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Augmentation de ventes d’année en année, apparitions de bacs de 33 tours dans certains rayons de grands supermachés de la culture, mise en place d’une journée spécifique dédiée au format vinyle (le Disquaire Day) : petit à petit, le LP semble se refaire une honorable place parmi le CD et le mp3, deux de ses plus grands ennemis ayant manqué de peu de le mettre au pas, puisque 300 000 exemplaires du format ont été vendus en France en 2012.

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Cette remise en forme du disque microsillon amène à se poser plusieurs questions qui, au-delà d’une légère métamorphose de l’industrie du disque, tend à remettre en cause la façon dont, aujourd’hui, nous écoutons de la musique. Même si, en volume, ce supposé retour ne s’affirme que très vaguement (le vinyle n’occupant toujours qu’un très faible 2% du marché mondial), son augmentation en valeur (745% d’augmentation depuis 2008) reste assez stupéfiante pour que l’on s’y intéresse, ne serait-ce que pour se poser plus généralement cette question: de quelle manière un format peut-il impacter la perception que nous avons de la musique ?

Une occasion idéale pour monter une courte série d’entretiens, avec trois acteurs de l’industrie musicale, afin de sélectionner différents points de vue sur ce que peut représenter aujourd’hui, en terme de choix symbolique, mais aussi politique, un support musical.

Le premier de ces trois entretiens à eu lieu avec Nicolas, tenancier du disquaire MusicFearSatan, spécialisé dans la plupart des sphères touchant, de près ou de loin, au rock, et particulièrement ses franges les plus dures : metal, punk, grind, sludge, psyché… MusicFearSatan est également un label avec de multiples références de poids, comme Year of no Light, Kongh ou, en début d’année prochaine, le nouvel album d’Hexis. En instance de déménagement, vous pourrez bientôt le retrouver à Paris dans le 11ème arrondissement, rue Richard Lenoir. L’interview sera ainsi publiée en deux parties, voici la première.

Discordance : Pour commencer, est-ce que, dans un contexte de crise du disque, tu es en progression de ventes ?

Nico MusicFearSatan : En progression de ventes ? Sur le format vinyle ?

Sur le format vinyle effectivement.

Par rapport à quand j’ai commencé le magasin ? On va dire oui… mais je suis aussi en progression sur les CDs je pense. L’année dernière j’ai fait un meilleur chiffre d’affaires qu’en 2011 par exemple. Disons que ce n’est pas uniquement le vinyle qui me sauve. Donc on peut dire que oui c’est en progression, après, par rapport au CD, je peux pas trop te dire…

Tu parlais de ton chiffre d’affaires, il est en progression de combien ?

25% à peu près. Mais le magasin n’est pas ouvert depuis très longtemps, je l’ai ouvert 4 mois en 2010 pour voir un peu, et je sais juste que 2012 est en augmentation par rapport à 2011, donc ça reste assez relatif.

D’accord… Donc ce ne sont pas les vinyles qui sauvent le magasin, ça c’est sûr…

Non non, moi le CD, j’en vends pas mal… je pense qu’après si tu veux des chiffres pour la comparaison CD/vinyle, je pense que je vends plus de CDs en magasin alors que sur le site – ça va peut être encore changer vu que Virgin disparaît, les grandes chaînes ont du mal – mais si tu veux un CD Relapse (ndr : label spécialisé dans tout ce qui est metal, grind, hardcore…) par exemple et que t’habites à Bordeaux ou à Nice, tu le trouves en magasin, à la FNAC, etc… Un vinyle Relapse, tu ne vas pas forcément le trouver… à Bordeaux peut-être, parce qu’il y a Total Heaven (ndr : célèbre disquaire indépendant bordelais), mais pas à Nice. Donc forcément, les gens sont plus enclins à commander des vinyles sur Internet lorsqu’ils ne trouvent pas les choses qu’ils veulent vers chez eux. Comme en général dans les grandes villes de province t’as un seul gros disquaire indé, il ne fait pas forcément tout ce que le mec veut… Par exemple, je ne vends pas de CDs à l’étranger… que des vinyles, parce que, même chose, à l’étranger, les CDs sont faciles à trouver. Les gens sont prêts à commander sur un site étranger des choses qu’ils ne trouvent pas chez eux. Après en France aussi je pense qu’on est un pays où le CD résiste pas mal par rapport aux autres pays.

Par exemple l’été dernier, il y a un an, je suis allé faire un petit festival en Allemagne, qui s’appelle le New Noise Festival, avec des groupes comme Alpinist, Birds In Row et d’autres, plutôt punk hardcore, de petits jeunes, où tout le monde est un peu looké pareil. Même t-shirt, tout ça. Et là, en fait, sur l’ensemble du festival , j’ai vendu cinq CDs… et à des français en plus ! J’ai même vendu plus de K7 que de CDs… En causant un peu avec les mecs de Bis Auf Messer (ndr : disquaire allemand), qui ont un magasin un peu similaire au mien, ils m’ont dit qu’ils avaient arrêté le CD parce que ça ne marchait tout simplement pas… J’avais du mal à le croire mais je me suis aperçu qu’ils n’avaient pas tort.

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D’accord, donc en France ça résiste un peu… Pourquoi selon toi ?

Parce que la France est un pays un petit peu à part à ce niveau-là aussi… par rapport à l’Allemagne qui a un esprit beaucoup plus anglo-saxon, comme le Benelux, qui sont plus à suivre des trucs nouveaux, les nouveaux mouvements, les groupes et labels du moment…

Après, ce n’est pas plus mal non plus, ça permet de mieux assimiler les nouveautés, d’avoir du recul…

Les français sont plus à acheter du Fugazi, du Husker Dü, du Black Flag, plus des classiques en fait par rapport aux dernières sensations, qui touchent plus le public anglo-saxon. Donc pour en revenir à ta question, après, dans le magasin, je pense que je dois vendre entre 30 et 35% de CDs et le reste en vinyle… mais en ligne c’est beaucoup moins… finalement, si tu fais la moyenne je pense que les CDs représentent un quart de ce que je vends…

Et pour ce qui est de la surface ?

Je dirais un tiers CD et deux tiers vinyle… après, ça ne prend pas la même place.

On parlait justement des pays anglo-saxons qui ont tendance à plus facilement suivre les modes et qui justement remettent le vinyle au goût du jour… Est-ce que tu penses que ce n’est qu’une mode passagère ou que les gens cherchent à retrouver quelque chose en consommant du vinyle ?

En fait ça dépend parce que je distingue tout ce qui est rock/indie rock des musique spécialisés… sur le métal et le punk par exemple, le vinyle ne s’est jamais arrêté… même si il y a eu un gros creux entre 1990 et 2005 où la plupart des gens ne sortaient presque plus de vinyles à ce moment-là… On voit d’ailleurs pleins de rééditions de vinyle aujourd’hui qui étaient sortis qu’en CD lors de cette période-là… Les gros labels sortaient à peine quelques vinyles, et quand ils le faisaient, c’était en licence… peu de gens achetaient du vinyle à l’époque… donc je pense vraiment à tout ce qui est punk/metal.

D’accord donc il y a aussi une question relative au style, dans le sens où chaque style de musique n’a pas forcément la même consommation de format…

Oui, carrément. Maintenant, je trouve par exemple qu’il y a une grosse augmentation de consommation de vinyles sur tout ce qui est indie rock/rock des années 90/2000 alors que pas tant que ça sur le punk/metal… et en plus le CD résiste pas mal dans ce style-là. Le public metal est très consommateur de CDs en fait, il se prend pas trop la tête sur le format.

Il y a aussi cette notion dans le punk hardcore de toujours se mettre en opposition par rapport au progrès ou ce qui paraît nouveau et frais.

Ouais, peut-être, je sais pas… au niveau de la consommation, il y a par exemple un type de public que je voyais jamais dans la boutique qui commence à se développer, c’est le public un peu bobo qui passe le samedi et qui se dit « ah y’a un vinyle de Radiohead ». Ils sont contents, ils rentrent et ils achètent le vinyle avec un autre de Blur. Ca leur rappelle leur 15 ans quand ils ont achetés le CD, et ils ont achetés une platine il y a un an ou deux… Pour ce public-là, on peut peut-être dire que c’est éphémère, ça va durer 5 ans et puis voilà.

À suivre…

Crédits photo : Krystian_o via Flickr (CC-BY-2.0)

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Le site de MusicFearSatan : http://musicfearsatan.com/

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