Villeneuve – Dry Marks of Memory

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Villeneuve, ou la démonstration musicale que la douceur peut être noisy.

Image de Villeneuve - Dry Marks of Memory Son nouvel album Dry Marks of Memory, commence comme une ballade pop rock Sixties, aux accents country. Mais ne vous-y fiez pas, la recherche de Villeneuve ne s’arrête pas là. Car, oui, il s’agit bien ici d’une quête. Plus précisément d’une course, dans et contre le temps. Et autant vous dire que le garçon a de la ressource.

Le producteur parisien qu’il est avoue aimer autant la culture populaire que les genres plus pointus. Ce grand écart se ressent à l’écoute de cet album : il y fait des allers-retours assumés entre pop des 60’s, rock des 80’s, où le folk côtoie une pop symphonique et émouvante tout en bondissant de sons vintage en arrangements futuristes. Nous voici lancés dans la course.

Car Benoît, de son petit nom, cherche à nous donner LE son, mixte et intemporel. Électro, planante, sa musique prend des airs de AIR, (elle est facile), s’arrange en folk douce, s’accompagne d’un piano… puis surprend par une envolée rock, presque symphonique. C’est un jeu et un contraste perpétuel entre mélodies flottantes, aériennes, et orchestration parfois lourde, à grand renfort de batterie et de guitares électriques. Toutes ces influences se mélangent et font de chaque morceau une création brute et unique en son genre.

Ainsi, mention spéciale pour Words of Yesterday, une magnifique ballade 60’s qui monte en puissance jusqu’à devenir rock. Grâce à la voix chaude de Liz Green, on flirte même avec la soul. On croit pourtant surprendre Alela Diane, ou Moriarty. À retenir aussi, la participation de Nili, de Lili Wood & The Prick, qui pose son chant rauque sur une autre ballade, façon slow romantique, The Sun.

L’album s’appelle donc Dry Marks of Memory. Effectivement, les souvenirs en question ont beau être douloureux, l’heure n’est plus aux pleurs et à la tristesse, mais bien à la reprise en main et à l’affirmation de soi, au retour dans la course, certes avec parfois quelques rechutes dans le passé et sa nostalgie. Les compositions de Villeneuve peuvent ainsi se faire plus sombres, presque dérangeantes dans leur profondeur, et partent alors vers un rock électro noisy et mélancolique. Sa musique, grandiose, s’enflamme, monte en puissance et nous délivre la poésie flippée de Benoît.

Ainsi, Death Race, grandiose morceau instrumental de 8’46, conclue l’album en démarrant en trombe d’une touche rock, en urgence, qui va progressivement se calmer, pour repartir vers une explosion finale d’accords de guitare lancinants, qui tiennent la course avec un rythme effréné.

On était pourtant prévenus: la pochette de l’album porte la mention Electric light from head to feet, the heat, the flesh, the lust in your eyes. Et c’est vrai: cette musique nous traverse comme une décharge électrique brûlante, des pieds à la tête, jusque dans la chair. Villeneuve réussit alors à nous faire partager son envie, sa soif avide et urgente de dire et de transmettre.

C’est un peu ça, la musique de Villeneuve : une course entre les genres, les époques, les tempos, sans jamais vraiment se (re)poser. On y assiste le souffle coupé, et on la finit avec lui, (es)soufflé.

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A propos de l'auteur

Image de : Rennaise de 25 ans, j'essaye de faire en sorte que la vie ne soit qu'une longue succession de musique (rock, folk, un peu d'électro), de ciné, de bouquins, d'art, d'écriture, de festivals et de voyages. Et sinon, quand j'ai cinq minutes, je travaille dans la communication culturelle. Normal, quoi.

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