Vengeance – Johnnie To

par Duck|
Francis Costello, un cuisinier parisien, se rend à Macao pour venger sa fille dont la famille a été décimée. Sur place, il fait la rencontre de trois mercenaires qu’il engage, en échange de toute sa fortune. Ensemble, ils vont enquêter sur les mystérieuses raisons de ce massacre…

vengeance_logo_imageComme d’habitude chez Johnnie To, le scénario n’est pas le point fort du long métrage. Chaque élément de l’histoire n’est qu’un prétexte à la débauche visuelle dont le cinéaste a le secret. Cohérent sur la première moitié du récit, le film s’enfonce par la suite dans une cascade de ridicule et de grosses ficelles scénaristiques.
Bien sûr, l’essentiel n’est pas là, mais évidement dans les séquences d’action chorégraphiées au millimètre et toujours plus originales et jouissives les unes que les autres.

Quelques scènes restent gravées dans la mémoire du spectateur bien après que le générique de fin a commencé à défiler. La rencontre silencieuse entre Costello et les mercenaires, hommage appuyé au cinéma de Melville, démontre toute la maitrise visuelle et rythmique dont To sait faire preuve. Développant son sens du détail jusqu’à l’extrême, afin de créer un suspense fondé uniquement sur des plans de coupes et des gestes d’une précision chirurgicale, le réalisateur pose les bases d’un cinéma au sein duquel le style et la forme prennent le pas sur le fond.

Au niveau de l’action, la scène de gunfight au coeur d’un terrain vague rempli de bottes de papier recyclé est un bel exemple de spectaculaire made in Hong Kong.
Mais le véritable joyau de ce film, la séquence qui justifie à elle seule l’achat d’un billet de cinéma, reste la scène finale. Dans celle-ci, un tueur amnésique essaie tant bien que mal de traquer un ennemi dont il oublie le nom et le visage au fur et à mesure de ses pérégrinations. Jouant une nouvelle fois sur les petits détails, To captive sans un bruit, sans un mot. Il arrive à maintenir l’intérêt du spectateur sur une séquence qui s’étire en longueur, en faisant preuve d’une clarté et d’une lisibilité étonnante. Cette séquence, techniquement très complexe, aurait sans doute été très confuse si elle avait été exécutée par quelqu’un d’autre.

vengeance_logo_image02La bande d’acteurs habituelle du réalisateur ( Anthony Wong, Simon Yam, Lam Suet .), s’en sort comme d’habitude avec brio. Il y a comme d’habitude une impression de complicité entre les protagonistes du récit. Au milieu de ce groupe déjà bien formé, Johnny Hallyday peine à trouver ses repères. Il reste convaincant mais il est sans doute un cran au-dessous des acteurs chevronnés qui l’entourent.

La filiation avec le cinéma de Jean-Pierre Melville est évidente. Le héro du film s’appelle Costello, tout comme le tueur froid interprété par Alain Delon dans Le Samouraï, et semble avoir le même passé que celui-ci. Il s’agit en fait d’une suite non officielle assez particulière, dans laquelle le baroque de To se mélange étrangement au rythme lent des films de Melville .

Au final, Vengeance est une oeuvre inaboutie, totalement gratuite, mais extrêmement jouissive. Johnnie To confirme sa place de grand maître du cinéma d’action.

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Vengeance, de Johnnie To
Dans les salles depuis le 20 mai 2009
Avec : Johnny Hallyday, Sylvie Testud, Simon Yam
1h48min
Honk-Kongais, 2008

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=140284.html‘>Fiche AlloCiné
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18880970&cfilm=140284.html‘>Bande-Annonce

2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 9 juin 2009
    Loïc a écrit :

    En ce qui me concerne, une phrase m’est restée en mémoire bien après avoir vu le film : « ça veut dire quoi, se venger, quand on a tout oublié? »

    Quelques scènes sont réellement superbes. Je pense notamment à celle que tu as citée (le terrain vague) mais aussi à Costello, seul dans sa chambre d’hôtel, qui écrit sur chacune des photos du dossier.

    Petits potins :
    - à la base le rôle de Costello devait revenir à Alain Delon, qui a changé d’avis et l’a refusé.
    - à propos de Melville, Johnnie To envisagerait d’adapter Le cercle rouge, dans lequel Johnny devait initialement tenir le rôle finalement donné à Gian-Maria Volonte à cause d’un caprice des producteurs qui voulaient un acteur italien.
    - devinez qui interpréterait dans ce remake l’ex-flic Jansen, rôle joué par Yves Montand en 1970?

  2. 2
    le Mercredi 10 juin 2009
    guillaume a écrit :

    J’ai à peu près la même opinion que toi sur ce film, vraiment impressionnant et assez singulier. Il faut acrocher au parti pris de johnnie to mais quand c’est le cas, on s’éclate.
    Rien que la scène d’ouverture donne le ton.
    La scène dans le terrain vague m’a immédiatement fait penser à Spartacus, et il est clair que vengeance est bourré de références.
    Un excellent film en tout cas

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