V pour Vendetta

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En ces temps de révolte populaire, on peut dire que V pour Vendetta tombait à pic pour motiver les troupes. Dans une Angleterre sous dictature, un étrange justicier masqué ne vit que pour une chose : se venger, et restaurer la liberté...

Londres, plus ou moins 2040…

vendetaLa ville est, comme bien souvent dans ce genre de films, en proie à un régime totalitaire et impitoyable. Ce qui implique un dirigeant tyrannique (le Chancelier Adam Sutler, interprété par John Hurt ), une milice inhumaine, un symbole du régime omniprésent, des médias mis au service tout entier du pouvoir, de la corruption, de la propagande et puis tout le reste….

Evey ( Natalie Portman ), jeune effrontée ne respectant pas le couvre-feu, manque une nuit de se faire violer par deux membres de la police secrète mais se voit sauvée par un mystérieux héros surnommé V ( Hugo Weaving ) et portant un masque, une cape, un chapeau et… une perruque à frange.

Si vous trouvez, au premier abord, cet accoutrement ridicule, il faut vous rappeler qu’il est l’héritier direct du héros de la bande dessinée du même nom d’où est tirée le film. Ecrite par Alan Moore et dessinée par David Lloyd, cette dernière a vu le jour dans les années 80, d’où un style un peu rétro, mais assez bien renouvelé dans le film.

Qui plus est, notre histoire débute un 5 novembre, soir où l’on fête outre-Manche la Guy Fawkes Night . Guy Fawkes, qui a inspiré le masque de V , était un révolutionnaire qui tenta de faire sauter la Maison du Parlement de Londres en 1605, mais qui fût arrêté un 5 novembre. Ceci expliquant donc cela…

Revenons-en à Evey. Ses parents (qui avaient rejoint les rebelles avant la réduction des Etats-Unis en pays sous-développé et l’instauration du régime fasciste au Royaume-Uni) ayant été exécutés, elle file droit et n’ose pas protester contre la dictature du Chancelier. Mais, croisant V , elle va sentir s’éveiller en elle une conscience politique indéniable. Par des moyens certes discutables, mais d’une efficacité imparable.

Il faut dire que V n’est pas homme à tergiverser. Quelque part entre Zorro, D’Artagnan et Batman, il n’est pourtant pas un super héros, mais est l’incarnation d’une idée pure : la Vendetta. Le sang versé en réponse à une injustice. Oil pour oeil, dent pour dent. Face à lui, Evey, toute en émotion, paraît n’être qu’un pion habilement manipulé…. Pour la bonne cause certes, mais manipulé tout de même. Il en ira de même pour le spectateur, à qui on présente une relation entre l’homme et la jeune femme pour le moins ambiguë. Père, maître, camarade de lutte, ami, amant, les intentions de V à son égard ne sont jamais bien définies et ses actions nous laissent bien souvent un goût amer en bouche.

C’est d’ailleurs cela qui peut séduire le plus dans V pour Vendetta . Avec ses personnages troubles, son héros équivoque, à la fois tueur sans scrupule et sauveur, il échappe au manichéisme pourtant courant dans ce genre de film. Un blockbuster intelligent, qui donne à réfléchir, c’est assez rare pour en profiter.

Cet aspect est certainement dû à l’impulsion des frères Wachowski, créateurs célèbres de la fameuse trilogie Matrix . En effet, ils avaient déjà entamé la rédaction du scénario dans les années 90 juste avant de se lancer dans la saga qui les a occupés pendant 10 ans.
V pour Vendetta est tout imprégné de leur univers, puisque c’est James McTeigue, leur premier assistant que l’on retrouve à la réalisation. L’esthétique s’en ressent forcément: les tons froids, la dureté des bâtiments, l’austérité de la ville. La souveraineté de l’Elu, filmé comme un sauveur. Les dialogues secs et didactiques….

Car oui, V pour Vendetta est un film à message, noir mais plein d’espoir. Tout révolutionnaire en perte d’espérance se doit ainsi d’aller le voir, ne serait-ce que pour s’entendre dire cette phrase simple mais évidente : Le peuple ne devrait pas avoir peur du gouvernement. Le gouvernement devrait avoir peur du peuple.

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Site officiel : http://wwws.warnerbros.fr/vforvendetta/

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A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

5 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 24 avril 2006
    Pascal a écrit :

    Ca y est je l’ai enfin vu ce fameux V pour Vendetta…. Après que certaines critiques se soient déchaînées sur le film en le taxant de parodie opportuniste et de blockbuster pour apprentis altermondialistes, le meilleur moyen était de s’en faire sa propre idée….

    Globalement je suis assez d’accord avec ta critique en remarquant néanmoins que le film échappe de peu au piège de la démagogie et du politiquement « faussement » incorrecte. Si le personnage de V est trouble à souhaits et que ses méthodes sont délicieusement immorales, le chancelier est un peu trop caricaturale à mon goût, tout comme les scènes mettant en scène le peuple anglais prenant peu à peu conscience du régime dans lequel il vit. Manichéisme absent du film ? Pas entièrement…

    Mais au final V pour Vendetta sonne très juste, et cette fable engagée nous renvoit aussi bien des échos du passé que d’événements plus récents. Il donne à réfléchir sur nous mêmes et c’est déjà beaucoup au final.

    Rajoutons à cela quelques scènes d’anthologie et une esthétique très soignée, il serait donc très bête de s’en priver…

  2. 2
    VIOLHAINE
    le Lundi 24 avril 2006
    VIOLHAINE a écrit :

    Ouaip, je l’avais oublié, ce chancelier diabolisé…
    Mea culpa .
    Mais après, reste l’interprétation du spectateur : certains ont taxé le film de pro-terroriste. (! )
    Cependant, c’est vrai qu’il est constamment sur la tangente – politiquement correct ou corrosif, on dirait qu’ils hésitent…
    Je reconnais avoir peut-être été trop clémente.
    Mais oui, ça vaut quand même le coup d’oeil !

  3. 3
    le Lundi 24 avril 2006
    Kyra a écrit :

    oh yeah, on voit les comm’ sur la 1ère page, quelle classe :-) )) Pascal, tu mérites un sucre d’orge en forme de V (histoire de rester dans le sujet)
    hihi

  4. 4
    VIOLHAINE
    le Mardi 25 avril 2006
    VIOLHAINE a écrit :

    Jsuis d’accord, c’est la classe totale.
    Bra-vo.

    (:

  5. 5
    le Mardi 25 avril 2006
    Pascal a écrit :

    Trop clémente je ne pense pas…
    Mais c’est vrai que le film se cherche un peu par moment…

    Pour les commentaires en première page, c’est l’application de mes bonnes résolutions du début d’année :o ) Mais j’accepte avec joie ton sucre d’orge, Kyra….

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